Tour du monde

Allemagne

Allemagne
Allemagne

Dans l'inconscient collectif, l'Allemagne est la patrie des musiciens. Cette renommée est le fruit du travail inspiré de quelques compositeurs d'exception - Bach, Haendel, Gluck, Beethoven, Weber, Mendelssohn, Schumann, Wagner, Brahms, Strauss (Richard !), ... - ayant essentiellement vécu entre les années 1700 et 1900, à l'exception du dernier nommé. Ne soyez pas surpris de l'absence, dans cette liste, de Haydn, Mozart, Schubert, Bruckner, Mahler, Schönberg, Webern, ..., car ils sont autrichiens et, malgré une langue commune, cela fait une réelle différence.

L'Autriche - j'y reviendrai le moment venu - se distingue de l'Allemagne par quantité de traits historico-géographiques et religieux dont les plus patents sont une relation privilégiée avec la Hongrie et une fidélité à l'église catholique. Le doux raffinement qui a de tous temps caractérisé sa capitale - je ne parle pas des viennoiseries légendaires - est à cet égard en contraste flagrant avec la rigueur des écoles d'Allemagne septentrionale.

La rivalité austro-allemande s'est exprimée au travers d'un mouvement de balancier faisant osciller, par deux fois en 200 ans, le centre de gravité de l'Europe musicale entre Leipzig et Vienne.

A quoi peut bien être due cette prospérité insolente des germains dans un art dont la poésie semble a priori éloignée de l'ordre et de la discipline qu'on leur reconnaît habituellement ? Serait-ce dû au pouvoir rhétorique de la langue de Goethe et Schiller seulement terni, le temps du 3ème Reich, par une bande d'illuminés incitant avec quelque "succès" un peuple cultivé à poursuivre des chimères dont il ne mesurait manifestement pas le pouvoir dévastateur ? Dans un portrait rediffusé récemment sur Arte, Philippe Herreweghe rappelait le pouvoir incantatoire du discours hitlérien dont la parfaite vacuité semblait gommée par le mystère de l'éloquence, du geste et du verbe.

L'Allemagne ne tire en tous cas pas son hégémonie musicale du fait d'avoir offert son berceau à cet art : de fait, la musique savante occidentale est née en France et c'est en France et en Belgique actuelle qu'elle a passé le plus clair des 500 ans de son enfance (1100-1600). A peu près aphone dans le concert européen pendant tout ce temps, l'Allemagne ne s'est véritablement éveillée qu'au 17ème siècle. En 1700, la machine était lancée, ne s'enrayant que 200 ans plus tard, à la "faveur" de deux guerres sans merci.

Bach a Eisenach
Bach a Eisenach
Beethoven à Bonn
Beethoven à Bonn

L'Allemagne est avant tout redevable de sa suprématie musicale à deux génies incommensurables, Bach et Beethoven, qui se présentent comme les piliers de leur art. Veuillez noter que, sans remonter à Adam et Eve, les Bach sont originaires de Slovaquie (ou de Moravie ?) et les Beethoven des Flandres belges, une belle leçon de tolérance à tirer quant aux mérites d'une immigration intégrée. Ils représentent l'alpha et l'oméga ou si l'on préfère l'ancien et le nouveau testament de la Musique :

  • Bach fut tout entier tourné vers la synthèse du passé. Ses oeuvres fièrement statiques, la Messe en si, les Passions, les Cantates ou les chefs-d'oeuvre ultimes (Clavier bien tempéré, Offrande musicale, Art de la Fugue, ...), ont trouvé naturellement leur place pour l'éternité. L'absence quasi totale d'évolution stylistique n'a jamais ôté une parcelle d'intérêt à cette musique qui défie le temps. Une partition de Bach ne possède, à l'écoute, ni commencement ni fin autres que ceux que la durée du concert impose : elle pourrait se déployer à l'infini sans que l'oreille proteste. Ecouter en boucle une oeuvre de Mozart, ce serait prendre le risque de l'usure; rien de semblable avec une musique de Bach : elle peut progresser indéfiniment sans risquer la moindre corrosion. Le mystère de cette inoxydabilité demeure largement non élucidé mais on peut penser qu'une structure hautement arithmétisée préserve cette musique d'une compréhension prématurée toujours cause de précarité.
  • Beethoven fut tout entier tourné vers l'avenir. Dynamique à l'extrême, il fut le premier artiste à introduire la notion de prise de risque, aujourd'hui essentielle en art, allant jusqu'à se payer le luxe de deux révolutions décisives, à 15 ans d'intervalle. En 1803, l'Héroïque (Symphonie n°3) a atomisé le monde classique en y introduisant la conscience individuelle, ce "je" typique du romantisme. Se serait-il contenté de ce coup d'éclat qu'il compterait parmi les grands musiciens de son siècle mais il a fait beaucoup plus. Après quatre longues années de silence (1814-1817), il est revenu à son art, enjambant le romantisme qu'il venait d'initier et ouvrant les portes de l'avenir. Personne n'a retrouvé la recette des dernières sonates et des derniers quatuors : il nous faut les accepter tels qu'ils sont, des chefs-d'oeuvre intemporels, ni classiques ni romantiques ni d'ailleurs modernes ou alors, faudrait-il préciser, éternellement modernes.

Note. Beethoven n'avait pas 57 ans quand il est mort, en 1827, et d'aucuns se sont interrogés sur ce qu'il aurait écrit s'il avait vécu davantage. En 1826, il achève le plus grand effort jamais accompli par un musicien : donner du fil à retordre aux interprètes des générations futures. 1826, c'est l'année du dernier Quatuor, le 16ème, déjà plus concis que les 5 chefs-d'oeuvre qui ont précédé; le rondo qu'il écrit encore comme nouveau finale du 13ème, à la demande de l'éditeur, Artaria, effrayé par la Grande Fugue prévue initialement, retombe carrément sur terre : certes la technique est intacte mais le pilotage est devenu automatique. La vérité, c'est que Beethoven ne pouvait aller plus loin, comptant déjà deux générations d'avance sur ses contemporains : poursuivre aurait réclamé un effort de concentration que sa santé ne lui permettait plus. La question posée en entrée doit donc être définitivement considérée comme vide de sens. A la mort du compositeur, le monde musical a fait la seule chose envisageable, reprendre le chemin du romantisme naissant, en ignorant provisoirement les dernières oeuvres du Maître.

Quantité de musiciens plus ou moins supérieurement doués ont oeuvré dans le sillage - voire dans l'ombre - de ces deux génies : une poignée de musiciens de tout premier plan, Haendel, Gluck, Weber, Mendelssohn, Schumann, Wagner, Brahms, et une multitude de petits maîtres comme on en a connu dans tous les pays voisins, sauf qu'ici, leur nombre impressionne. La vocation de ce site étant de mettre l'accent sur l'oeuvre des compositeurs négligés, le lecteur voudra bien ne voir aucun jugement de valeur dans la disproportion des paragraphes consacrés aux uns et aux autres. Vous noterez, en particulier, la présence totalement arbitraire de quelques pochettes de CD qui m'ont plu ou simplement agréablement surpris. Elles ne suggèrent en aucun cas une priorité d'acquisition, tout au plus une volonté permanente de réserver un sort favorable à quelques musiques injustement oubliées; bien sûr, il en existe beaucoup d'autres !

Le Moyen-Age

Hildegard von Bingen
Hildegard von Bingen

L'Allemagne balbutiait encore quand la France faisait résonner ses cathédrales des musiques les plus savantes. Un nom a cependant très tôt fait exception et curieusement, c'est celui d'une abbesse, Hildegard von Bingen (1098-1179). Elle est née une deuxième fois lorsque le CD a redécouvert son oeuvre que d'aucuns trouvent austère, ce qu'elle était d'ailleurs destinée à être ! Aujourd'hui que le phénomène de mode s'est un peu calmé, il nous reste de beaux témoignages d'un art restauré par des ensembles plus ou moins bien intentionnés : l'interprétation de O clarissima Mater est classique tandis que celle de O Pastor Animarum surajoute un accompagnement instrumental plus ou moins fantaisiste, à la recherche d'une atmosphère planante ou "New-Age".

Heinrich von Meissen
Heinrich von Meissen

L'abbesse Hildegard a été un cas isolé. Cela ne signifie nullement qu'on ne faisait pas de musique Outre-Rhin mais qu'elle était essentiellement populaire, confiée à des Minnesänger itinérants. Walther von der Vogelweide (1180-1230) (Her wiert uns dürstet also sere) fut l'un des plus fameux et son Palästinalied, militant pour la 5ème Croisade, est parvenu jusqu'à nous, parfois récupéré, comme ici, par le groupe Qntal. Neidhart von Reuental (vers 1180-1245) (Ich sahe die haide) fut son plus valeureux contemporain.   Quant aux Meistersinger, en particulier Heinrich von Meissen (1250-1318) et Hans Sachs (1494-1576) (ce dernier davantage Maître-poète que Maître-chanteur), ils s'organisèrent plutôt en corporation.

La Renaissance

La (Re)naissance musicale allemande mit du temps à se mettre en place : la tradition populaire ne constituant pas un ferment suffisant, l'importation de la science franco-flamande se révéla nécessaire. Les allemands apprirent vite et bien comme en témoigne l'art brut mais consommé de Heinrich Finck (1444-1527) (Missa Dominicalis) ou d'Adam von Fulda (1445-1505) (Missa Seit ich dich Herzlieb leiden muss). Celui d'Arnolt Schlick (vers 1460-1521) atteignit même un réel raffinement (Maria Zart, Wer Gnad durch klaff) et on souhaiterait que les éditeurs s'intéressent davantage à son oeuvre.

Une génération plus tard, Thomas Stoltzer (1480-1526) fit preuve d'une parfaite assimilation du style "josquinien" (O Admirabile Commercium). Toutefois, le 16ème siècle fut aussi celui de la réforme luthérienne, un frein dans le développement de la science musicale : les chorals de Martin Luther et Johann Walther font certes partie du patrimoine allemand mais ils n'y occupent pas une place essentielle.

Quelques musiciens isolés ont assuré la transition vers un 17ème siècle plus rayonnant : Elias Nicolaus Ammerbach (1530-1597) fut un des premiers claviéristes de l'école allemande (Passamezzo Nova) et Hans Leo Hassler (1564-1612) s'est montré aussi à l'aise dans la musique sacrée (Missa super dixit Maria) que profane (Trois Entrées). Christoph Demantius (1567-1643) s'est situé en retrait : quoique contemporain de Monteverdi, il demeura fort imprégné de Lassus ce qui ne se faisait plus guère (Passion selon Saint Jean).

On a compté, à cette époque, plusieurs musiciens répondant au nom d'emprunt de Praetorius ("Praetor urbanus"). Organiste de formation, Hieronymus Praetorius (1560-1629) s'est illustré en important, en Allemagne du Nord, le style polychoral vénitien (Vêpres, Motets pour San Marco, deux enregistrements parus chez CPO). Son père et son fils, l'un et l'autre Jacob Praetorius, ne sont pas aussi réputés.

Michael Praetorius
Michael Praetorius
Syntagma Musicum
Syntagma Musicum

Michael Praetorius (1571-1621), de son vrai nom, Michael Schultze, fut le plus justement célèbre de tous et il est sans lien de parenté avec les précédents. Mort le jour de ses 50 ans (quelle idée !), il acquit une renommée considérable, en Allemagne, lorsque, libéré de l'obligation d'écrire pour le culte luthérien, il intégra le style festif vénitien (In Dulci Jubilo à 12, 16, & 20 cum Tubis, à découvrir !). Curieusement, c'est une oeuvre d'inspiration populaire, les Danses de Terpsichore, qui l'a révélé au public moderne, battant même des records d'enregistrements. Il s'agit d'un recueil de plus de 300 pièces, véritable compilation de tubes de la Renaissance tardive. Il mérite toute votre attention mais n'oubliez pas de comparer avant d'acheter car la qualité de l'instrumentarium utilisé est importante ! Praetorius fut également un théoricien averti éditant un Syntagma Musicum, en 3 volumes plus un appendice proposant 42 précieuses planches illustrant les instruments de l'époque.

Samuel Scheidt
Samuel Scheidt

Les années 1600 ont vu naître beaucoup de musiciens talentueux : Melchior Franck (1580-1639) (Du bist aller Dinge), Johann Hermann Schein (1586-1630), connu pour son recueil Il Banchetto musicale (mais ne passez pas à côté de Fontana d'Israel une oeuvre vocale d'excellente facture) et Samuel Scheidt (1587-1654) dont vous ne pouvez manquer ni les Cantiones Sacrae, interprétées par l'Ensemble Vox Luminis, ni les Ludi Musici, joués par les Saqueboutiers. Toutefois le musicien le plus important fut Heinrich Schütz (1585-1672), qui donna le coup d'envoi de l'essor national au retour d'un séjour décisif en Italie. Il n'est malheureusement pas si simple de trouver des enregistrements convaincants de son oeuvre (Histoire de la Nativité). En société, citez plutôt le Musikalische Exequien, sorte de requiem allemand avant la lettre. Schütz a composé le premier opéra allemand recensé, Dafne, mais l'œuvre est malheureusement perdue.

L'envol baroque

L'essor de la facture instrumentale a orienté les développements de la musique allemande. L'orgue a, à cet égard, joué un rôle essentiel, sous l'impulsion d'Arnolt Schlick (vers 1460-1521) (Da Pacem), puis d'Elias Nicolaus Ammerbach (vers 1530-1597) (Passamezzo Nova) et de la famille Praetorius (Allein Gott in der Höh sei ehr). Dietrich Buxtehude (1637-1707), musicien établi à Lübeck, a assuré un relai important (Passacaglia BuxWV 161), bientôt suivi par Johann Pachelbel (1653-1706), Vincent Lübeck (1654-1740) - un grand maître dont on n'a hélas conservé que bien peu de compositions, quelle perte ! - , Georg Böhm (1661-1733), Nicolaus Bruhns (1665-1697) (Prélude and Fugue en mi mineur, chut, c'est Helmut Walcha qui joue !) et Johann Gottfried Walther (1684-1748), jusqu'à l'aboutissement suprême que représenta l'oeuvre de Johann Sebastian Bach (1685-1750) (Passacaille & Fugue BWV 582, encore Helmut Walcha !).

Johann Jakob Froberger
Johann Jakob Froberger

Le clavecin n'a pas connu le même succès en Allemagne, loin de là. Ne passez cependant pas à côté de l'oeuvre de Johann Jakob Froberger (1616-1667) - un très grand maître ! - qui a réussi une synthèse des traditions italiennes et françaises : savourez cet enregistrement de Blandine Verlet qui joue un superbe clavecin Hans Ruckers II (1624) du Musée d'Unterlinden à Colmar. Johann Caspar Ferdinand Fischer (1656-1746) compte parmi les autres musiciens à redécouvrir en priorité : ne manquez pas sa (célèbre ?) Chaconne. Je suis personnellement moins enthousiasmé par les oeuvres de Matthias Weckmann, Dietrich Buxtehude, Johann Kuhnau, Johann Kaspar Kerll, Johann Pachelbel ou Georg Muffat, que le clavecin semble avoir moins inspirés que l'orgue.

Johann Paul von Westhoff
Johann Paul von Westhoff

Le Sud de la Bavière (singulièrement la ville de Füssen) fut un berceau de la lutherie (la famille Tieffenbruker était célèbre bien avant les Stradivarius et autres Amati), et les premiers violonistes virtuoses furent allemands. La suite Hortulus Chelicus de Johann-Jacob Walther (1650-1717) est superbe. N'oubliez pas non plus Johann Paul von Westhoff (1656-1705), un des grands violonistes de son temps, qui initia la Suite pour violon solo. Le CD que David Plantier a consacré à ses Sonates pour violon & basse continue est indispensable à tout amateur de musique baroque.

En musique vocale, les confessions protestante et catholique ont diversement inspiré les musiciens de cette époque. Ecoutez pêle-mêle : Kaspar Kittel (1603-1639), un élève de Schütz (Arias & Cantates dans le style italien : Oime Amor, wie schnell hast' mich, Gleish wie zur Sommerszeit), Andreas Hammerschmidt (1611-1675) (Danket dem Herrn), Matthias Weckmann (1616-1674) (Zion spricht), Johann Rosenmüller (1617-1684) (Gloria), Johann Theile (1646-1724) (Passion selon Saint Mathieu), Johann Philipp Krieger (1649-1725) (Einsamkeit, du Qual der Hertzen ou Ich will in Friede fahren, excellent !), Johann Pachelbel (1653-1706) (Magnificat), Johann Caspar Ferdinand Fischer (1656-1746) (Litaniae Beatae Mariae Virginis), Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714) (Cantate Ich will euch wiedersehen, à découvrir), Johann Kuhnau (1660-1722) (Magnificat en ut majeur, dans une interprétation superlative de Masaaki Suzuki), Georg Böhm (1661-1733) (Mein Freund ist mein) et Nicolaus Bruhns (1665-1697) (Erstanden ist der heilige Christ, une des cantates unanimement appréciées depuis qu'elles ont été enregistrées par le Ricercar Consort).

Si la musique pour ensemble instrumentaux n'a pas immédiatement rivalisé avec ce qui se faisait à l'époque en Italie, Johann Rosenmüller (1617-1684) (Sinfonia Quinta), Giovanni Henrico Albicastro, de son vrai nom Johann Heinrich von Weissenburg (1660-1730) (12 Concerti opus 7), Johann Joseph Fux (1660-1741) (Processional Suite) et surtout Georg Muffat (1653-1704) (Concerto en Sol Majeur) ont montré le chemin vers l'émancipation.

Johann Adolph Hasse
Johann Adolph Hasse
Georg Friedrich Haendel
Georg Friedrich Haendel
Georg Philipp Telemann
Georg Philipp Telemann

Le baroque allemand a rayonné à partir de la génération suivante, apparue au cours d'une décennie prodigieuse (1670-1680), véritable condensat de berceaux pour génies : Johann Sebastian Bach (1685-1750), Georg Philipp Telemann (1681-1767), Georg Friedrich Haendel (1685-1759) et Johann Adolph Hasse (1699-1783).

Haendel ne doit évidemment plus être présenté, il était le musicien le plus admiré par Beethoven qui appréciait son inspiration mélodique inépuisable. Bien qu'il ait écrit un nombre invraisemblable d'opéras dans le style italien (plus de 40, en passe d'être tous (!) enregistrés, en particulier grâce au label Virgin) et à peine moins d'oratorios dans le goût anglais, on lui a conservé son surnom de divin Saxon.

Cleofide
Hasse : Cleofide

Hasse fut un temps le seul rival de Haendel à l'opéra. Bien moins servi par l'enregistrement, je conserve tel un trésor inestimable son Cleofide, 4 CD d'une musique incroyablement généreuse, enregistrée en son temps par William Christie.

Telemann mérite d'autant mieux qu'on s'y attarde qu'il a régulièrement été snobé au motif que son catalogue dépassait en épaisseur l'annuaire téléphonique de Magdebourg, sa ville natale. Nettement plus à l'aise en musique instrumentale qu'en musique vocale, il a déployé une imagination confondante dans le premier genre cité. Si blasés, vous êtes déjà las de ses concertos et autres suites, que dites-vous de ces 12 Fantaisies pour alto solo, dont les 6 premières nettement contrapuntiques soutiennent à distance le regard des Sonates & Partitas pour violon de Bach. Bien que davantage inégale, son oeuvre vocale comporte de très belles pages à découvrir (Kapitänsmusik, Hamburger Admiralitätsmusik).

Depuis quelques décennies, des interprètes curieux ont fouillé les oeuvres de quantité de petits maîtres, certains plus grands que d'autres, c'est une quête sans fin. Voici quelques musiciens qui peuvent retenir votre attention en priorité :

  • Johann Mattheson (1681-1764) (Recueil Der Brauchbare Virtuoso, opus 7, ou Suite n°10, pour clavecin).
  • Johann David Heinichen (1683-1729) fut un musicien inventif auquel le CD reconnaissant a pleinement rendu hommage (Ouverture en sol majeur). Sa musique la plus ambitieuse tient parfaitement la route comme en témoigne ce superbe enregistrement de Reinhard Goebel, consacré à ses Lamentations.
  • Sylvius Leopold Weiss (1686-1750), contemporain exact de Bach fut un musicien conservateur mais racé (Sonates pour luth, jouées ici, avec une rare distinction, par Robert Barto. Grâce soit rendue au label Naxos d'avoir consacré une dizaine de volumes à ce large corpus (pas moins de 90 sonates sont parvenues jusqu'à nous). Ecoutez encore la superbe Sonate n°28, Le fameux Corsaire (commencez par la Courante, après 4'57").

Les rats de médiathèques peuvent également se tourner vers les oeuvres de Reinhard Keiser (1674-1739) (Croesus, opéra à découvrir !), Melchior Hoffmann (1679-1715) (Schlage doch), Johann Christoph Graupner (1683-1760) (Magnificat), Johann Georg Pisendel (1687-1755) (Concerto pour violon), Johann Friedrich Fasch (1688-1758) (Concerto en ré pour luth, Cantate Jauchzet dem Herren alle Welt), Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) (Te Deum), Johann Melchior Molter (1696-1765) (Sonate, pour les amateurs de trompette & hautbois baroques), Johann Joachim Quantz (1697-1773) (Concerto pour flûte), Johann Ernst Eberlin (1702-1762) (Missa in contrapuncto), Carl Heinrich Graun (1703-1759) (Der Tod Jesu), Johann Ludwig Krebs (1713-1780) (Prélude & Fugue en ré majeur), etc ... , la liste pourrait être beaucoup plus longue que cela.

Sanssouci (Postdam)
Sanssouci (Postdam)

On réservera une place à part à Frédéric II de Prusse (1712-1786), monarque réputé éclairé et certifié passionné de musique. Élève de Johann Joachim Quantz, il jouait fort bien de la flûte traversière, composant même des œuvres d'une réelle qualité : des Concertos et des sonates pour flûte (plus de 100 !), quatre symphonies (Symphonie en ré majeur) et, dit-on, mais je ne suis pas certain que cela ait ajouté à sa gloire, quelques pompeuses marches destinées à célébrer ses succès militaires (Hohenfriedberger Marsch). Sans crier au génie, ses oeuvres soutiennent la comparaison avec celles de ses contemporains, elles sont d'ailleurs encore régulièrement enregistrées de nos jours. Frédéric II a transformé son palais d'été de Sanssouci - le Versailles prussien - en salon d'accueil pour les grands de ce monde (Voltaire, Euler, Kant, ...). Parmi les musiciens attachés à sa cour, on compta Johann Gottlieb Graun (1703-1771) (Sinfonia en ut majeur), l'excellent Johann Gottlieb Janitsch (1708-1763) (Sonate en ré majeur), le plaisant Franz Benda (1709-1786) (Concerto pour flûte, en mi mineur) et surtout le génial Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788). La rencontre de Frédéric II avec Jean-Sébastien Bach, en 1747, à Potsdam, fut à la source de l’Offrande musicale que le vieux maître lui fit en réponse à un thème de son invention.

L'époque (pré)classique

Cette période relativement courte dans l'histoire s'est présentée comme un creux de vague en Allemagne. Seuls CPE Bach et CW von Gluck firent contrepoids à la suprématie de la 1ère école viennoise (Haydn et Mozart). Contemporains quasiment exacts, ils ont pourtant évolué dans des univers stylistiques très différents :

Christoph Willibald Gluck
Christoph Willibald Gluck
Carl Philipp Emanuel Bach
Carl Philipp Emanuel Bach
  • Le deuxième fils (survivant) de Johann Sebastian et Maria Barbara Bach, Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), a surtout incarné le mouvement précurseur, Sturm und Drang (Tempête et Passion). J'ai suffisamment prêché, par ailleurs sur ce site, pour la chapelle de ce génie pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir : son oeuvre est tout simplement incontournable et le label Capriccio l'a bien compris, qui lui a consacré une édition spéciale. A côté des oeuvres instrumentales bien connues, n'hésitez pas à découvrir les grandes oeuvres vocales, Passions (St-Jean, St-Mathieu et St-Marc), les Oratorios (Les Israëlites au désert, La résurrection et l'Ascension de Jésus), les Cantates et l'incontournable Magnificat.
  • Christoph Willibald von Gluck (1714-1787), encore largement sous-écouté de nos jours, a initié une réforme bien nécessaire du théâtre lyrique : il a proposé une solution innovante au problème récurrent de la progression chantée de l'action, prisonnière jusque-là du moule stéréotypé du récitatif baroque. Aujourd'hui encore, Orphée demeure son opéra-fétiche, celui qui éclipse tous les autres (Pâris et Hélène). Même les chorégraphes modernes - ici Pina Bautsch - s'en sont emparé (Choeur des Esprits bienheureux).
Gottfried August Homilius
Gottfried August Homilius
Johann Heinrich Rolle
Johann Heinrich Rolle

Parmi les musiciens moins connus, je vous recommande en priorité, Christoph Schaffrath (1709-1763), Gottfried August Homilius (1714-1785) et Johann Heinrich Rolle (1716-1785). A la jointure du baroque finissant et du préclassicisme, les Cantates hautement décoratives d'Homilius se souviennent de l'art de Zelenka, un excellent modèle (Gott fähret auf mit Jauchzen, Der Herr ist Gott, der uns erleuchtet, Kantate zum ersten Adventssonntag sans oublier la Matthäus-Passion, un authentique chef-d'oeuvre ! ).

Les oeuvres vocales de Rolle (Oratorio de Noël, Thirza und Ihre Söhne et Der Tod Abel's), sont à découvrir également, cette dernière en particulier, sous la baguette de l'inlassable découvreur, Hermann Max. Quant à Schaffrath, on commence à peine à l'enregistrer, voyez ce beau CD

Leurs contemporains semblent moins essentiels (jusqu'à ce qu'une découverte majeure vienne me contredire !) : Johann Friedrich Agricola (1720-1774) (Sonate en fa), Carl Friedrich Abel (1723-1787) dont l'oeuvre instrumentale a été enregistrée chez CPO et qui fut l'un des derniers gambistes (Suite en ré mineur, joué par Paolo Pandolfo, ou Arpeggio, joué par Petr Wagner), Johann Gottlieb Goldberg (1727-1756) - souvenez-vous, l'élève de Bach, immortalisé par les variations qui portent désormais son nom et que l'on retrouve ici dans une Sonate en la mineur pour 2 violons - , Johann Wilhelm Hertel (1727-1789) (Sinfonia en ré majeur), Anton Fils (1733-1760) (Symphonie en ré mineur), Johann Ernst Altenburg (1734-1801) (Concerto pour 7 (!) trompettes), Johann Schobert (vers 1735-1767) un compositeur disparu bien trop tôt d'un empoisonnement aux champignons et dont les oeuvres ont influencé le jeune Mozart (Quatuor ne manquant ni de charme ni d'allure), William Herschel (1738-1822), plus connu comme astronome - c'est lui qui a "découvert" Uranus en 1781 - et dont vous découvrirez avec intérêt des Symphonies aux accents très personnels (Symphonie n°8), Ernst Eichner (1740-1777) (Symphonie, opus 7-4), Johann Gottlieb Naumann (1741-1801) (Missa n°18), Georg Joseph Vogler, alias l’abbé Vogler (1749-1814) (Symphonie en ut majeur), pédagogue influent et compositeur décrié par Mozart, Joseph Martin Kraus (1756-1792) (Sinfonia en ut mineur), Ludwig August Lebrun (1752-1790) (Concerto n°1 pour hautbois), Justin Heinrich Knecht (1752-1817) - que l'on redécouvre aujourd'hui, en particulier grâce à cette surprenante symphonie à programme, Le portrait musical de la Nature, qui préfigure, avec 20 ans d'avance, la Symphonie Pastorale de qui vous savez - et Peter von Winter (1754-1825) (Symphonie n°1, Symphonie en ré majeur).

Le Romantisme musical allemand

Voilà un sous-titre qui sonne presque comme un pléonasme. Les disparitions successives de Beethoven, en 1827, et de Schubert, en 1828, ont provoqué une onde de choc à Vienne qui a laissé la capitale autrichienne sans voix. Le centre de gravité de l'Europe musicale en a profité pour réintégrer l'Allemagne.

Si Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), présenté par ailleurs, et surtout Carl Maria von Weber (1786-1826) avaient très tôt attiré l'attention en créant les premiers opéras authentiquement allemands (Freischütz, Euryanthe, Obéron), la transition vers un romantisme purement instrumental s'est opérée plus lentement : Carl Friedrich Zelter (1758-1832) (Concerto pour alto), Andreas Romberg (1767-1821) (Das Lied von der Glocke) à ne pas confondre avec son cousin, Bernhard Romberg (1772-1841) (Symphonie funèbre), Friedrich Witt (1770-1836) (23 Symphonies dont la Symphonie Iena, longtemps attribuée par erreur à Beethoven), Conradin Kreutzer (1780-1849) (Septuor, toujours au répertoire), sans rapport avec Rodolphe le dédicataire de la célèbre sonate, Ferdinand Ries (1784-1838), le seul élève véritable de Beethoven dont l'oeuvre éditée par le label CPO emprunte quelques tournures au Maître (Symphonie n°1, positionnez-vous vers 3'35" et retrouvez le modèle), Ludwig Spohr (1784-1859) (Symphonie n°2), Friedrich Kalkbrenner (1785-1849) (Concerto pour piano n°1) et Friedrich Kuhlau (1786-1832) (Concerto pour piano opus 7, qui ne se gêne pas pour singer le 1er de Beethoven) sont autant d'artistes cherchant l'issue.

Felix Mendelssohn
Felix Mendelssohn
Robert Schumann
Robert Schumann
Johannes Brahms
Johannes Brahms

Il fallut attendre la génération suivante pour que l'Allemagne du Nord-Est, avec Leipzig comme foyer, reprenne le flambeau, essentiellement à l'écoute de la deuxième manière du Maître de Bonn (La troisième n'était nulle part digérée à cette époque). Felix Mendelssohn (1809-1847), bientôt rejoint par Robert Schumann (1810-1856), fut à la base du mouvement romantique "classique" qui ne s'achèvera qu'avec l'oeuvre de Johannes Brahms (1833-1897). Ces trois musiciens sont parfaitement connus des amateurs et ce n'est pas la vocation de ce site de s'étendre à leur sujet, sauf peut-être sur un point : les musiques de chambre de Mendelssohn et Schumann encore trop peu jouées au concert.

Richard Wagner
Richard Wagner

Leipzig fut aussi la ville natale de Richard Wagner (1813-1883) qui sous l'influence de Liszt infléchit la trajectoire de la musique allemande dans une toute autre direction, contribuant à l'émancipation progressive de la tonalité et ouvrant la voie, avec quelques décennies d'avance, au modernisme de la seconde école de ... Vienne.

Le 19ème siècle a ainsi vu se succéder trois générations de musiciens se partageant très inégalement entre deux tendances, la mouvance classique l'emportant largement sur la progressiste mais en quantité seulement.

Vincenz Lachner
Vincenz Lachner

Je recommande l'oeuvre des frères Lachner aux amateurs de musique romantique : Franz Lachner (1803-1890) a été le plus prolifique avec notamment, 8 Symphonies (n°1, n°5 - une heure (!) de très belle musique - et n°8), 7 Suites orchestrales (n°7), 6 Quatuors à cordes et un Quintette à cordes, opus 121). Ignaz Lachner (1807-1895) (6 Trios à clavier opus 37) et Vincenz Lachner (1811-1893), (Quatuors à cordes 1 & 2, adorables !) se sont surtout consacrés à la musique de chambre.

La génération suivante a vu l'éclosion de talents appréciés des plus grands, Mendelssohn, Schumann et Brahms. Même s'ils n'ont jamais rivalisé d'égal à égal avec ces Maîtres, reconnaissons que les musiques écrites par, Carl Reinecke (1824-1910), Felix Draeseke (1835-1913), Joseph Rheinberger (1839-1901) (Stabat Mater, remarquable d'aisance sous la conduite du toujours apprécié Frieder Bernius) et Heinrich von Herzogenberg (1843-1900) (Symphonie n°2, Quintette à clavier, méritant toute notre estime). Le cas de Max Bruch (1838-1920) est particulier : mal aimé des critiques (L'illustre pédagogue, Nadia Boulanger, d'habitude si ouverte et tolérante, jugeait sa musique avec sévérité) il a été reçu 5/5 par le grand public et par quelques interprètes fameux (Jascha Heifetz ou David Oïstrakh ont mis le célèbre Concerto pour violon à leur répertoire et la violoncelliste Jacqueline Dupré a fait pareil avec Kol Nidrei). Sachez que Bruch a écrit bien d'autres choses et essayez, pour changer, ses Symphonies n°1,n°2 et surtout n°3).

Toutefois, le romantisme allemand c'est aussi l'expression d'une sensibilité "Empfindlichkeit" partagée par un grand nombre de musiciens inégalement doués et souvent négligés, sauf par quelques éditeurs courageux. La perspective d'entendre un jour leurs oeuvres au concert étant proche de zéro, on appréciera d'autant mieux les enregistrements existants. Notez que la situation des tableaux peints à la même époque n'est pas fondamentalement différente sauf qu'il ne faut que quelques décimètres carrés de cimaise pour les révéler au public, alors que les musiques sollicitent interprètes et auditeurs dans la durée. Voici quelques pistes à explorer à votre aise :

  • Heinrich Marschner (1795-1861) (Der Goldschmied von Ulm), Carl Loewe (1796-1869), que l'on a trop souvent tendance à cantonner dans l'harmonisation de ballades populaires (Die Uhr) alors qu'il s'est aussi essayé à des formes plus importantes comme dans cette belle Symphonie en ré mineur ou ce Concerto pour piano n°2, Carl Gottlieb Reissiger (1798-1859) (Trio à clavier n°7), Norbert Burgmüller (1810-1836) (Symphonie n°1, Symphonie n°2), Otto Nicolaï (1810-1849) (Symphonie n°2 et non, il n'a pas écrit que les Joyeuses Commères de Windsor !), Ferdinand David (1810-1873) (Concerto pour trombone, vous avez bien lu !), Ferdinand Hiller (1811-1885) (Concerto pour piano, opus 69), Friedrich von Flotow (1812-1883) (Concerto pour piano n°2, à découvrir), Robert Volkmann (1815-1883) (Concerto, pour violoncelle, opus 33), Gustav Nottebohm (1817-1882), Eduard Franck (1817-1893) (Symphonie, opus 47, à découvrir !), Friedrich Kiel (1821-1885) (Missa Solemnis), Joseph Joachim Raff (1822-1882) (Symphonie n°7) et Hugo Staehle (1826-1848), un élève de Spohr. Albert Hermann Dietrich (1829-1908) ne fut longtemps connu que pour sa participation à la Sonate, dite FAE ("Frei aber einsam=Libre mais solitaire", la devise du violoniste dédicataire, Joachim), écrite en collaboration avec Schumann et Brahms (chacun écrivant un mouvement) mais sa Symphonie en ré mineur n'est pas moins plaisante.
  • Julius Reubke (1834-1858) (Sonate en si bémol majeur), Hans Sommer (1837-1922) (Cycles de mélodies), Friedrich Gernsheim (1839-1916) (Belles Symphonies n°1, n°2, n°3), Hermann Goetz (1840-1876) (Concerto n°2 pour piano), August Klughardt (1847-1902) dont je suis prêt à parier que vous apprécierez les oeuvres généreuses que sont le Concerto pour violoncelle, opus 59, ou les Symphonies n°3 et n°5, Robert Fuchs (1847-1927) (Symphonie n°2), Philipp Scharwenka (1847-1917) (Quintette à clavier opus 118), Xaver Scharwenka (1850-1924) (Concerto pour piano n°3), Hans von Koessler (1853-1926) (Sextuor à cordes), Engelbert Humperdinck (1854-1921) dont le succès remporté par sa féérie, Hansel und Gretel, a étouffé le reste de sa production, (Dornröschen, Königskinder ou sa musique de chambre), Felix Woyrsch (1860-1944) (Symphonie n°1), Emil von Sauer (1862-1942) (Concerto pour piano n°1, excellent !), Eugen d'Albert (1864-1932) (Symphonie en fa majeur, Concerto pour piano n°2), Gustav Jenner (1865-1920) (3 Sonates pour piano & violon), Ewald Strässer (1867-1933) (Symphonie n°2), Hans Pfitzner (1869-1949), musicien important présenté par ailleurs sur ce site, Oskar Fried (1871-1941) chef fameux qui a composé quelques oeuvres dignes de votre intérêt (certaines enregistrées chez Capriccio), Paul Graener (1872-1944) (Aus dem Reiche des Pan, opus 61, à découvrir), Richard Wetz (1875-1935) (Symphonie n°1, nettement héritée de Bruckner).
  • Wagner, père et fils
    Wagner, père & fils
    C'est à dessein que j'ai détaché de cette liste le nom de Siegfried Wagner (1869-1930), le fils de Richard, au double motif qu'il n'est déjà pas si simple de s'assumer comme musicien quand on a un père aussi impressionnant et que son oeuvre, certes en retrait, est bien instrumentée et pleine de générosité (Prélude de l'opéra Sonnenflammen, Symphonie en ut, Concerto pour violon). Son oeuvre symphonique a été intégralement enregistrée chez CPO (7 CD pour un prix dérisoire, 30 euros) et même quelques opéras (Der Schmied von Marienburg).
  • Max Reger
    Max Reger
    On réservera une place à part à Max Reger (1873-1916), musicien considérable et cependant fort mal-aimé malgré une science musicale réelle sinon harmonieuse. Les auditeurs latins ont toujours eu d'énormes difficultés à digérer ce qu'ils assimilent un peu vite à un équivalent musical des boules de Berlin. Son écriture a pourtant su se faire légère en de nombreuses occasions, en particulier en musique de chambre. Ecoutez, par exemple, ces superbes Suites pour violoncelle seul qui rendent clairement hommage à J-S Bach. Il existe un ensemble équivalent de Suites pour alto solo. Rayon symphonique, le Concerto pour violon devrait plaire aux amateurs mais son oeuvre est beaucoup plus vaste que cela et d'ailleurs elle est largement enregistrée.

Le modernisme musical allemand ou l'histoire d'un déclin programmé

1. Avant 1945

Autant le mélomane lambda connaît et vénère ses classiques allemands du 19ème siècle, autant il ignore la production de ceux qui ont suivi, entre 1900 et 1945 (après n'en parlons pas, enfin pas tout de suite). Certes, à cette époque, l'Allemagne n'incarnait plus le "progrès" musical, la Russie lui ayant damé le pion. Pourtant on trouve encore d'excellents musiciens outre-Rhin, à cette époque. S'ils sont encore aussi largement méconnus, surtout dans les pays latins, c'est qu'ils continuent de subir un double opprobre :

  • Après la défaite de 1918, la tentation fut grande, singulièrement en France, d'extrapoler, dans le domaine des arts, l'ensemble des mesures répressives du Traité de Versailles. L'ascension du 3ème Reich ne fit que durcir le mouvement.
  • Etonnamment la musique allemande a également souffert "de l'intérieur", lors de la chute de la République de Weimar. En chassant les musiciens juifs (Weill, ...) ou non (Hindemith, ...) et en ne voulant rien comprendre à la modernité qui s'installait pourtant un peu partout en Europe, le 3èmeReich a accéléré le déclin de son art national, un comble pour une idéologie qui devait durer mille ans !

Au bilan, ni les vainqueurs ni les vaincus n'ont dressé un inventaire objectif de l'oeuvre souterraine des survivants de cet holocauste musical.

Richard Strauss
Richard Strauss

Un seul musicien de génie, Richard Strauss (1864-1949), a traversé imperturbablement cette période troublée : en 1914, son statut artistique le rendait déjà intouchable et la tendance générale imprimée à son oeuvre de quitter l'expressionisme furieux des premiers opéras, Salomé et Elektra, pour rejoindre l'intemporalité de l'art viennois, le mit définitivement à l'abri de toute espèce de tracasserie. Strauss a brillé dans la plupart des genres musicaux mais c'est assurément sa maîtrise absolue de la voix - singulièrement féminine - qui lui a valu l'immortalité : tout amateur doit non seulement connaître par coeur les grands finale des opéras Der Rosenkavalier, Ariane à Naxos, Die Frau ohne Schatten, Arabella, ... , mais encore ses grands lieder orchestraux et pas seulement les célébrissimes 4 derniers (Frühling, September, Beim Schlafengehen, Im Abendrot : Divine Renée Fleming, au sommet de son art mais n'oubliez pas l'auteur !). La complaisance passive de Strauss à l'égard du régime national-socialiste ne lui a guère été reprochée en procédure de dénazification (A ce propos, saviez-vous que Strauss a écrit l'Hymne olympique pour les jeux de Berlin en 1936 ?). Strauss fut un artiste isolé, possédant assez de moyens propres pour imposer un style à l'écart des modes. Quelques (jeunes) collègues contemporains ne possédaient pas les mêmes ressources et cependant ils méritent également votre attention :

Walter Braunfels
Walter Braunfels
Die Harmonie der Welt
Paul Hindemith

Bien qu'il fasse partie du cercle fermé des grands classiques du 20ème siècle, Paul Hindemith (1895-1963) se trouve rarement à l'affiche des concerts sauf occasionnellement, par la grâce de quelques belles oeuvres, toujours les mêmes, Nobilissima Visionen (avez-vous identifié les échos brucknériens ?), Métamorphoses (avez-vous identifié les thèmes de Weber ?) ou les Symphonies Mathis der Maler ou Die Harmonie der Welt, d'après les opéras éponymes. Je recommande que l'on s'attarde sur d'autres oeuvres de ce musicien souvent exigeant : Kammermusiken 1 à 7, Concerto pour violon, Symphonia Serena. En ce qui concerne ses opéras, commencez par les trois oeuvres de jeunesse, en un acte, Mörder, Hoffnung der Frauen opus 12, Das Nusch-Nuschi opus 20 et Sancta Susanna opus 21, avant d'aborder Cardillac, Mathis der Maler, Die Harmonie der Welt et Das lange Weihnachtsmahl. Enfin comment ignorer cette étonnante Hérodiade, récitation en musique sur des poèmes de Stéphane Mallarmé ?

Carl Orff
Carl Orff

Carl Orff (1895-1982) a payé assez cher un - je n'ai pas dit "son" - manque de clarté dans son positionnement au sein du 3ème Reich et tout autant le succès facile et planétaire de Carmina Burana. La plupart de ses admirateurs ignorent que cette oeuvre-fétiche fait partie d'un triptyque (avec Catulli Carmina et Trionfo di Afrodite) et ils seraient bien en peine de citer d'autres oeuvres. Elles existent cependant et ne manquent pas d'intérêt. Les opéras-fantaisie, Der Mond, Die Kluge ou Die Bernauerin sont des oeuvres pleines de candeur naïve mais sincère. Les oeuvres scéniques plus ambitieuses ont, par ailleurs, bénéficié du concours de très grands chefs : Antigone (Leitner), Prometheus (Leitner), Oedipus Der Tyrann (Kubelik) et le chef-d'oeuvre ultime (en grec ancien !) De Temporum Fine Comoedia (Karajan) en sont des exemples. Les jeunes allemands ont un temps pu étudier la musique selon une méthode d'approche globale que l'auteur a condensée dans une vaste Musica poetica ne manquant pas de fraîcheur.

Bien que j'aie accordé une priorité aux musiciens cités, il ne faudrait pas oublier pour autant la cohorte des autres qu'un souci de concision m'oblige à citer en vrac, une illustration à l'appui : Heinrich Kaminski (1886-1946) (Oeuvres pour orchestre à cordes), Rudi Stephan (1887-1915) trop tôt disparu (Musik für Orchester in einem Satz), Heinz Tiessen (1887-1971) (Symphonie n°2) qui enseigna un temps la composition à Sergiu Celibidache, Max Butting (1888-1976) (Symphonie n°10), Rudolf Mauersberger (1889-1971) (Requiem), Manfred Gurlitt (1890-1973), Philipp Jarnach (1892-1982) (Sonate n°2 pour piano), Hanns Eisler (1898-1962) (Kleine Sinfonie opus 29), Leo Spies 1899-1965) (Symphonie n°2), Kurt Weill (1900-1950) divers mais inégal (Four Walt Withman Songs, Les 7 péchés capitaux, Symphonie n°1 et l'adorable Zaubernacht perdu puis miraculeusement retrouvé, en 2005, enfin enregistré chez CPO), Rudolf Hindemith (1900-1974), le frère de Paul, redécouvert récemment et publié sous le label DreyerGaido, Hermann Reutter (1900-1985) (Pièces concertantes), ... .

2. Après 1945, entre tradition et expérimentation, ...

L'après 1945 a vu un éclatement en plusieurs tendances:

A l'Est, en RDA, les artistes furent soumis à l'influence soviétique et uniformément reprogrammés en conservateurs.

2.1 Si vous suivez ces chroniques, vous avez pris part à une excursion organisée en RDA, ayant particulièrement attiré votre attention sur les oeuvres de quelques musiciens intéressants à défaut d'être géniaux, pour rappel : Paul Dessau (1894-1979) (Bach (CPE) Variations, Musique pour 15 cordes), Ottmar Gerster (1897-1969) (Symphonie n°2), Leo Spies (1899-1965) (Symphonie n°2, Quatuor à cordes n°2), Viktor Bruns (1904-1996) (Concerto pour violon, Concerto n°3 pour basson, à écouter), Ernst Hermann Ludimar Meyer (1905-1988) (Symphonie en si bémol), Wilhelm Neef (1916-1990) (Le Diable boiteux part 1 & part 2, Concerto pour violon, Concertos n°1 & n°2 pour piano, à ne manquer sous aucun prétexte), Fritz Geissler (1921-1984) (Symphonies n°2, n°5, n°6, n°7), Siegfried Köhler (1927-1984) (Symphonie n°3, Concerto pour piano, opus 46), Günter Kochan (1930-2009) (Symphonies n°3, n°4, n°5, Concerto pour piano, opus 16), Gerhard Rosenfeld (1931-2003) (Concerto pour violoncelle), etc.

A l'Ouest, en RFA, deux courants ont pris naissance:

2.2.1 Un premier courant a maintenu le cap d'une certaine tradition, seulement teintée d'un modernisme modéré. Il a assez naturellement regroupé une majorité de musiciens âgés pour l'époque : Hermann Reutter (1900-1985) (Lieder), Ernst Pepping (1901-1981) (Concerto pour piano, Symphonies n°1 et n°2), Werner Egk (1901-1983) (Peer Gynt, Suite Joan von Zarissa, Chansons et Romances, à découvrir), Stefan Wolpe (1902-1972) (Quatuor n°1), Günter Raphael (1903-1960) (Sonate n°2 pour piano, Trio pour piano, clarinette & violoncelle), Boris Blacher (1903-1975) (Paganini Variations, Concerto pour violoncelle, Sonate n°2), Berthold Goldschmidt (1903-1996) (superbe Passacaille pour orchestre), Reinhard Schwarz-Schilling (1904-1985), dont la musique désuètement rétro possède un charme indéniable (Concerto pour violon et Polonaise, extraits d'enregistrements récents que le label Naxos consacre à son oeuvre symphonique), Karl Amadeus Hartmann (1905-1973), évoqué par ailleurs, Gerhard Frommel (1906-1984) (Sonates pour piano), Wolfgang Fortner (1907-1987) tantôt classique (Sinfonia) tantôt moderne (Triplum), Hugo Distler (1908-1942) à qui une foi sincère a inspiré des oeuvres simples mais belles (Die Weihnachtsgeschichte, Drei Geistliche Konzerte op. 17, Totentanz, Suite from the Dreissig Spielstücke opus 18-1) et Harald Genzmer (1909-2007), qui a connu le privilège d'être honoré par une édition discographique spéciale parue en 10 CD chez Thorofon, centenaire oblige.

De plus jeunes musiciens leur ont emboîté le pas : Johann Cilenšek (1913-1998) (Symphonie n°4, pour cordes), Dietrich Erdmann (1917- ) (Concerto pour violoncelle), Bernd Alois Zimmermann (1918-1970), Peter Jona Korn (1922-1998) (Symphonie n°3), Bertold Hummel (1925-2002) (Symphonie n°2), Giselher Klebe (1925-2009) (Concerto, pour violoncelle), Hans Werner Henze (1926-2012), Wilhelm Killmayer (1927- ) (Symphonie n°2), Frank Michael Beyer (1928- ) (Rondeau imaginaire pour violoncelle), Gerhard Rosenfeld (1931-2003) (Concerto pour piano), Aribert Reimann (1936- ) (Requiem), Friedrich Goldmann (1941-2009) (Concerto pour violon) et Nikolaus Brass (1949- ) (Ohne Titel pour quatuor à cordes).

2.2.2 Cependant, l'immense majorité des juniors (de l'époque !) a préféré prendre activement part à la vaste entreprise d'expérimentation musicale, destinée à éloigner les artistes de toute tentation hédoniste ressentie comme coupable au sortir d'une guerre d'épouvante. Au cri de "Plus jamais ça", ils se sont mis d'accord pour éradiquer la mélodie et le rythme ne privilégiant que les combinaisons de timbres instrumentaux les plus improbables.

Tierkreis
Stockhausen : Tierkreis

Il y a peu de chance que je puisse convaincre une majorité de lecteurs de découvrir l'oeuvre largement expérimentale de Karlheinz Stockhausen (1928-2007). Quelques partitions, généralement postérieures à 1970, démontrent cependant que le musicien était très supérieur à l'expérimentateur : Tierkreis, qui existe en plusieurs versions, est à écouter, tout comme Stimmung (Exigez la version de Copenhague, par l'Ensemble vocal de Paul Hillier) ou le 4ème acte de Samstag aus Licht (Luzifers Abschied).

Si Stockhausen passe pour le maître à penser de cette tendance, c'est qu'il fut parmi les plus radicaux faisant nombre d'émules plus ou moins inspirés au sein de sa génération. Sachez au moins que son disciple le plus illustre est Helmut Lachenmann (1935- ) : adulé par les critiques, je me demande sérieusement qui peut assister sans broncher à un concert de ses oeuvres (Quatuor n°3). Je suis davantage intéressé par celles de Dieter Schnebel (1930- ) (Deuteronomium 31,6 ou Schubert-Phantasie), et Johannes Fritsch (1941-2010) (Modulation I) mais cet avis personnel vous sera de peu d'utilité si vous avez été d'emblée découragé par la difficulté des oeuvres proposées.

3. ... jusqu'à ce jour, entre nouvelle simplicité et nouvelle complexité.

3.1 Nouvelle simplicité ... : ce mouvement, s'inscrivant en réaction nécessaire contre l'expérimentation abusive, s'est propagé un peu partout dans le monde au départ des Etats-Unis mais il n'a guère trouvé de chemins viables en Allemagne sauf sous les rares pas de Peter Michael Hamel (1947- ) (Organum), Walter Zimmermann (1949- ) (Danses françaises pour quatuor à cordes, Die Spanische Reise des Oswald von Wolkenstein) et Detlev Müller-Siemens (1957- ) (Under Neonlight II).

Wolfgang Rihm
Wolfgang Rihm

Ceux qui prétendent que Wolfgang Rihm - sans doute le musicien allemand actuel le mieux apprécié dans le monde - incarne cette réaction n'ont pas tout à fait raison (ni tort). Certes il s'est révélé relativement accessible dans pas mal d'oeuvres (Symphonie n°2, Lichtes Spiel) mais à côté de cela, quantité d'autres partitions participent encore clairement de la néo-complexité de ses jeunes années (Symphonie n°1). Soyez donc vigilants, on n'achète pas une paire de chaussures sans l'essayer !

Hans Zender
Hans Zender

Le mouvement postmoderne d'intégration des styles noble et populaire a cependant connu quelques succès sous la plume de musiciens aussi différents que :Hans Zender (1936- ) (Hölderlin lesen, Schumann-Phantasie et surtout l'incontournable Voyage d'Hiver, d'après Schubert), Harald Weiss (1949- ) (Requiem new age), Heiner Goebbels (1952- ) (Chaconne, Surrogate Cities), Moritz Eggert (1965- ) (ravissant Zyklus Hämmerklavier, Quintette pour piano & vents (plage 4), Concerto pour contrebasse & orchestre, à découvrir et Linkerhand), et Max Richter (1966- ) (Sunlight, November, au climat cinématographique s'inspirant clairement des minimalistes américains (Philip Glass en particulier).



3.2 ... et nouvelle complexité : en Allemagne plus que partout ailleurs, la complexité expérimentale a conservé droit de cité alors que partout ailleurs cette mode a cédé le pas. Un tri s'impose donc et voici quelques pistes :

Michael Denhoff
Michael Denhoff

York Höller (1944- ) (Ex Tempore), Jens-Peter Ostendorf (1944- ) (Quatuor à cordes n°2), Ulrich Leyendecker (1946- ) (Quatuor à cordes n°1), Peter Ruzicka (1948- ) (Feed Back pour grand ensemble, Clouds et Symphonie Celan), Manfred Trojahn (1949- ) (Architectura Caelestis, Symphonie n°3), Gerd Kühr (1952- ) (Musica pura), Georg Friedrich Haas (1953- ) (Concerto pour accordéon & alto), Hans-Jürgen von Bose (1953- ) (Variations pour orchestre), Michael Denhoff (1955- ) (Credo, Desastres de la Guerra, à découvrir, Quatuor à cordes n°4), Herbert Willi (1956- ) (Klavierstück n°3), Bernd Franke (1959- ) (Significatio, 5 madrigaux d'après Gesualdo 1) Luci serene e chiare, 2) Dolcissima mia vita, superbe !), Steffen Schleiermacher (1960- ) (Xenias Kissen), Thomas Buchholz (1961- ) (Kammersymphonien).

Charlotte Seither
Charlotte Seither

Deux dames se distinguent parmi la nouvelle génération, Isabel Mundry (1963- ) (Dufay-Bearbeitungen, d'après Guillaume Dufay, et Traces des Moments) et Charlotte Seither (1965- ) (Corps croisés, à découvrir) mais les messieurs restent bien présents : Wolfram Schurig (1967- ) (Hoquetus), Arnulf Herrmann (1968- ) (Direkt entrückt), Enno Poppe (1969- ) (Öl, Cuneiform, pas si facile mais on s'y fait !), Matthias Pintscher (1971- ) (Chute d'étoiles) et Jörg Widmann (1973- ) (Con Brio). On l'entend, la musique expérimentale demeure curieusement prospère en Allemagne, oreilles sensibles ... .

Quelques expatriés

Deux musiciens allemands, Jakob Liebmann Meyer Beer, alias Giacomo Meyerbeer (1791-1864) et Jakob Eberst, alias Jacques Offenbach (1819-1880), ont chacun dans leur domaine de prédilection fait don à la France d'un style qui lui faisait défaut :

  • Meyerbeer fut l'initiateur du grand opéra romantique à la française, un genre qui allait faire fortune, au 19ème siècle. Meyerbeer s'est non seulement inventé un langage musical mais encore une dramaturgie que d'aucuns ont jugée grandiloquente voire pompière. Il fut pourtant un chaînon utile entre Weber et Wagner et jouées avec mesure, ses tirades et autres grands ensembles ont conservé un réel pouvoir d'élocution. Toujours prêt à défendre la veuve et l'orphelin, ce site vous suggère de prêter une oreille favorable à quelques air fameux extraits des Huguenots ou de Robert le Diable.
  • Quant à Offenbach, on ne le présente plus, lui qui a donné ses lettre de noblesse à l'opérette française : écouter Dame Felicity Lott dans le rôle de la Grande Duchesse de Gerolstein fait partie des plaisirs de l'existence (Dites-lui, Ah que j'aime les militaires !).
  • Quelques musiciens de valeur sont nés allemands mais ont fait l'essentiel de leur carrière à l'étranger. Parmi ces exilés de la première heure, on compte Fredrik Pacius (1809-1991), célèbre en Finlande, Julius Röntgen (1855-1932), en Hollande et Johann Peter Salomon (1745-1815), en Angleterre. Excellent violoniste, ce dernier fut davantage connu comme impresario : c'est lui qui fit venir Joseph Haydn à Londres, à deux reprises, et qui invita Beethoven mais cette fois sans succès. Pour la petite histoire, Salomon est né au 515 de la Bonngasse, là où Beethoven naîtra 28 ans plus tard !

Vie musicale allemande

Das Bayreuther Festspielhaus
Das Bayreuther Festspielhaus

Il est illusoire de prétendre répertorier les institutions musicales allemandes tant elles sont nombreuses et de qualité (Le sacro-saint Théâtre de Bayreuth, le Bayerische Staatsoper de Munich, le Gewandhaus de Leipzig et les Philharmonies de Dresde et de Berlin).

Rayon interprètes, l'inventaire est carrément impossible à dresser. On s'en tiendra donc aux artistes les plus fameux, quitte à en vexer plus d'un. Le ténor Fritz Wunderlich, que j'ai découvert il y a bien longtemps dans La belle Meunière de Franz Schubert demeure le plus cher à mon coeur même si Dietrich Fischer-Dieskau fut sans doute le plus grand (il mesurait d'ailleurs près de 2 mètres !), lui qui a cultivé le lied et l'opéra allemand comme nul autre. Chez les dames, Elisabeth Schwarzkopf et Gundula Janowitz demeurent irremplaçables, la première par la di(stin)ction de son chant et la seconde par la luminosité de son timbre. Du côté de l'estrade, ce sont les pianistes (Walter Gieseking, Wilhelm Kempff, Wilhelm Backhaus) et les chefs d'orchestre (Hans von Bülow, Wilhelm Furtwängler, Eugen Jochum, Otto Klemperer, Bruno Walter sans oublier Herbert von Karajan) qui se sont taillé la part du lion.

Bien que personnellement peu attiré par le répertoire d'orgue, je voue un culte indéfectible à Helmut Walcha (1907-1991). Ce que l'on sait moins c'est que cet organiste a consacré les années de guerre à l'écriture d'un grand nombre de Préludes-Chorals de coupe baroque. Le label Naxos a eu l'excellente idée de les faire enregistrer par Wolfgang Rübsam. Quatre volumes sont prévus dont deux sont parus, à ce jour. Voici le premier (O Heiland, reiss die Himmel auf).

On sait combien l'Allemagne détruite, en 1945, fut prompte à se reconstruire. La musique a emboîté le pas, encouragée par le Ministère de la Culture et soutenue par le mécénat de la firme Siemens. Le label RCA a gravé un lot d'archives sous le sigle "Musik in Deutschland 1950-2000" : l'ensemble est colossal (122 CD !) et pas vraiment facile à trouver mais il constitue le plus court chemin d'accès à un répertoire autrement inaccessible.

Si le label DGG (fondé en 1898 !) incarne toujours la musique classique pour nombre de mélomanes (plus très jeunes, j'en conviens), il ne faudrait pas oublier tout le bien que CPO ne cesse de faire au répertoire négligé. Quant aux labels Wergo, Neos (Série Donaueschinger Musiktage) et Thorofon, ils se sont essentiellement mis au service de la musique allemande récente : vous trouverez, dans le catalogue Wergo, la confirmation de ce que l'essentiel de cette production est largement demeurée expérimentale au sens où on l'entendait il y a 50 ans, d'où l'utilité de relire cette chronique, vous voilà prévenu.