Genres musicaux

Le Concerto pour piano jusqu'à nos jours

Les musiciens entretiennent une relation privilégiée avec le piano depuis que l'instrument existe. Même ceux qui ne l'ont pas connu, à l'époque baroque, Couperin, Bach, Haendel, Scarlatti, etc ..., l'ont inconsciemment anticipé, au point que quasiment personne aujourd'hui ne se déclare choqué qu'on ait recours à lui pour jouer leurs oeuvres.

A partir de l'époque classique, la plupart des compositeurs ont pratiqué le piano, y puisant éventuellement une aide à l'écriture. Si Beethoven et Wölfl ont rivalisé en improvisant dans les salons viennois, Mozart, Hummel, Moscheles, Chopin, Liszt, ..., se sont illustrés comme d'authentiques virtuoses. A leur suite, nombre d'interprètes itinérants, Thalberg, Rubinstein, Moskowski, d'Albert, ..., ont fait le chemin inverse, s'essayant à la composition et rêvant de parcourir l'Europe en défendant leurs propres œuvres. Ils le firent avec des bonheurs divers : l'art concertant demande de concilier les exigences de l'orchestre et celles du soliste et c'est là que le bât peut blesser, même chez un musicien inspiré. Les deux concertos de Chopin - notoirement pauvrement instrumentés - sont au répertoire par la grâce de leur pianisme éblouissant mais à côté de cela, combien d'oeuvres sont tombées dans l'oubli parce que rien ni personne n'est venu les sauver ?

On trouve au répertoire une cinquantaine de concertos pour piano et, à côté, une pléthore d'oeuvres de valeurs inégales. Peut-être connaissez-vous les concertos de Max Reger (1873-1916) ou de Michael Tippett (1905-1998) - en tous cas ces noms ne devraient pas vous être inconnus - mais ceux de Giovanni Sgambati (1841-1914), Willem Pijper (1894-1947), Tadeusz Szeligowski (1896-1963) ou Herman Galynin (1922-1966), pourtant également dignes d'intérêt ? Sans exagérer, la liste pourrait être 100 fois plus longue mais alors, comment opérer un tri utile au mélomane ?

Les sociétés de concert prennent rarement le risque de proposer une oeuvre ne figurant pas au grand répertoire. Trop de critiques leur emboîtent le pas (à moins que ce soit l'inverse !) en proclamant que les oeuvres non reprises sont précisément absentes parce qu'elles ne valent pas la peine qu'on s'y intéresse. Suivre sourdement les uns et les autres équivaudrait à faire preuve de la même paresse intellectuelle et tout vérifier demanderait plus de temps qu'il est raisonnable d'y consacrer. Aujourd'hui, les studios d'enregistrements volent heureusement au secours de l'amateur assoiffé de nouveautés. A défaut de prétendre être exhaustive, cette chronique tente modestement de débroussailler le terrain. Nul doute que des retouches s'avéreront nécessaires et elles seront sans fin.

L'instrument

Le piano est l'instrument concertant par excellence : le contraste sonore qu'il entretient avec l'orchestre autorise toutes les variantes, des plus mélodiques (Mozart, Chopin, Rachmaninov, …) aux plus percussives (Bartok, Prokofiev, …). Il a, on s'en doute, beaucoup évolué en trois siècles.

  • Batolommeo Cristofori (vers 1710)
    Batolommeo Cristofori (vers 1710)
    On situe la naissance du piano(-forte) en 1709 (admirez la précision !), lorsque Batolommeo Cristofori inventa le "Gravicembalo col piano e forte". Il est issu d'un croisement entre le clavecin et le clavicorde dont il retient le principe de la frappe des cordes, à la recherche d'une meilleure dynamique des attaques. L'instrument original est exposé au Metropolitan Museum de New-York avec interdiction d'y toucher. L'entendre sonner vous décevrait d'ailleurs très probablement. On sait, par ailleurs, que Bach connaissait le facteur Silbermann mais les experts débattent encore de la destination de ses oeuvres majeures pour clavier (Quel clavier ?) : l'inventaire de sa succession ne mentionnait, en tous cas, que 5 clavecins. Cela dit, beaucoup de mélomanes apprécient Bach joué sur piano moderne.
  • Andreas Stein (vers 1788)
    Andreas Stein (vers 1788)
    Les décennies suivantes n'enregistrèrent aucun progrès fulgurant mais plutôt une diffusion, à travers l'Europe, des possibilités qu'offrait l'instrument. C'est ainsi que Carl Philip Emanuel Bach (1714-1788) a mentionné sur certaines partitions "pour clavecin ou piano-forte", une invitation prise en compte dans l'intégrale BIS de ses Concertos pour clavier : le soliste, Miklós Spányi, joue certaines oeuvres au clavecin (Volume 1) et d'autres au piano à tangentes, une variante rare du piano-forte (Volume 11). Mikhail Pletnev a même tenté l'aventure du piano moderne dans un superbe CD proposant des oeuvres de CPE. Il a fallu attendre les années 1770 pour qu'Andreas Stein conçoive le mécanisme d'échappement "austro-allemand". Certes, le son demeure grêle mais les notes ne résonnent plus en échos indésirables. Ce progrès décisif provoqua l'admiration et l'adhésion de Mozart.
  • John Broadwood (vers 1820)
    John Broadwood (vers 1820)
    En déplaçant le lieu des concerts des palais princiers vers des salles publiques toujours plus vastes, en doublant en peu de temps l'effectif de l'orchestre avec lequel le piano devait lutter, le besoin s'est fait sentir d'un instrument plus sonore. La révolution beethovenienne rendit cette exigence encore plus nécessaire : outre que le compositeur démolissait régulièrement la fragile mécanique des instruments de l'époque, le 5ème Concerto "L'Empereur" - pire encore la sonate n°29 "Hammerklavier" - exigeaient un instrument beaucoup plus viril. Cet instrument que le compositeur appelait de ses voeux, il ne l'a pas connu, indépendamment du fait qu'il devenait sourd : même le superbe piano qu'il reçut, en hommage, du facteur anglais Broadwood ne remplissait pas les conditions requises par ses oeuvres hardies. Cet instrument (ci-contre) ne fait pas partie des collections de la Beethoven Hauss à Bonn : les hasards de l'histoire l'ont déménagé au musée Franz Liszt de Budapest.

C'est au 19èmesiècle que les facteurs, Erard, Bösendorfer, Pleyel, ..., imaginèrent enfin les perfectionnements menant tout droit au piano à queue moderne (pédale tonale, double échappement, clavier étendu à 88 touches, ...). Ces progrès ne furent cependant pas immédiats et Chopin jouait d'un instrument à la sonorité encore fort éloignée de celle du piano actuel, que des pianistes nostalgiques mais parfaitement sérieux - tel Andreas Staier - ressuscitent à l'occasion.

Aujourd'hui, on fabrique des pianos un peu partout dans le monde, des Steynway américains aux Yamaha japonais. On en construit même en Chine (et en Corée évidemment) mais, dans un cas comme dans l'autre, je ne garantis pas la qualité. Rien que l'usine de Guangzhou (désolé, il n'y a pas d'autre mot pour nommer une entreprise qui emploie 3000 personnes) en produit 100 000 par an ! En 2008, on estimait à 30 millions (!) le nombre des pianistes chinois - en herbe ou aguerris - , la révolution culturelle est décidément bien loin.

Dans les paragraphes qui suivent, le nom d'un compositeur en surbrillance renvoie à une illustration sonore présente sur un site externe, généralement Youtube. Il s'agit la plupart du temps d'un mouvement isolé de concerto mais avec un peu d'habileté, vous devriez pouvoir localiser les autres mouvements dans le cadre de la même recherche. Exceptionnellement, je n'ai disposé que d'une version MIDI.

Le concerto à l'ère (pré)classique (1750-1800)

J'ai déjà évoqué la cinquantaine (!) de concertos écrits par CPE Bach, magnifiquement enregistrés chez BIS. Espérons qu'ils seront bientôt rassemblés en un coffret à prix doux.

Peu de pianistes se sont penchés sur les concertos écrits par Joseph Haydn. Voici Sviatoslav Richter en public dans celui - le n°11 ! - que l'on joue habituellement. Vous comparerez avantageusement cette interprétation plutôt démodée avec celle, idéalement nerveuse, d'Andreas Staier (plages 7 à 9).

Cependant, les oeuvres de Haydn sont éclipsées, à l'horizon classique, par l'impressionnant massif des 27 concertos de Mozart. Il serait plus juste de parler des 19 concertos tant il est vrai que les œuvres de jeunesse sont fatalement moins abouties. Le premier coup de maître est, en fait, le Concerto n°9, dit Jeunehomme, du nom supposé de la demoiselle qui en fut la dédicataire. En réalité, personne n'a jamais pu identifier de pianiste portant ce patronyme et il semblerait qu'il s'agissait, en fait, de la pianiste française, Victoire Jenamy, de passage à Salzbourg en 1776. Quoi qu'il en soit, aucun musicien n'a réédité l'exploit d'écrire autant de concertos de cette valeur dont pas moins de 12 chefs-d'œuvre en l'espace de trois ans, entre 1784 et 1786. Ces concertos comptent - avec les 6 derniers opéras - parmi les plus éclatantes réussites du Maître de Salzbourg. Au CD, la version de Murray Perahia (piano & direction) devrait satisfaire les plus exigeants. Si vous la trouvez hors de prix, vous ne trouverez pas moins cher que la version Annerose Schmidt & Kurt Mazur. Je ne résiste cependant pas à la joie de vous faire entendre (et voir) la pianiste japonaise, Aimi Kobayashi, 10 ans à l'époque, dans le Concerto du Couronnement.

Note. Il paraît qu'aucune musique n'est plus structurante pour le cerveau malléable des nouveau-nés que celle de Mozart. Etant personnellement peu enclin à sous-estimer ces chers bambins au point de leur infliger à répétition la Petite Musique de Nuit ou l'air "Ah vous dirais-je Maman", je suis d'avis que les 10 derniers Concertos pour piano devraient tourner en boucle dans toutes les maternités du pays. Cet avis médical concerne également le domicile des futures mamans qui font déjà l'effort de ne pas boire ni fumer, de faire du yoga ou de l'aquagym. On se préoccupe beaucoup de ce que nos chérubins avalent et bien peu de qu'on impose à leur cerveau en pleine construction.

La fin du classicisme a été avare d'oeuvres passionnantes, ne produisant que des concertos sans grandes prétentions, tels ceux de Leopold Kozeluh (1747-1818), Antonio Salieri (1750-1825) ou, au mieux, Jan Ladislav Dussek (1760-1812). Beethoven commençait à faire beaucoup d'ombre autour de lui.

Beethoven et consorts

Beethoven (1770-1827) a écrit 5 concertos qui comptent parmi les œuvres les plus jouées au concert et enregistrées au disque. Les concertos 3, 4 et 5 sont non seulement novateurs mais ils le sont chacun d'une manière différente, une performance qu'aucun autre compositeur n'a réitérée. Le 2ème, chronologiquement le 1er, est sans doute le moins abouti : c'est une oeuvre de relative jeunesse, remaniée en plusieurs occasions. Beethoven le possédait déjà dans ses cartons lorsqu'il s'est installé à Vienne et il en a réécrit complètement le finale. Le mouvement détaché n'est pas perdu pour autant, ayant été publié hors catalogue sous l'appellation de Rondo, WoO 6. Vous le trouverez, par exemple, dans le coffret Beethoven, paru chez Brillant, en compagnie d'un Concerto WoO 4 d'extrême jeunesse - Beethoven avait 13 ans ! - dont il a fallu reconstituer la partie orchestrale. Sachez encore que le Maître a commencé, en 1816, un 6ème concerto, jamais achevé. A cette époque, Beethoven était en pleine dépression compositionnelle et la surdité galopante qui lui ôtait définitivement tout espoir de jouer l'œuvre en public, l'a sans doute découragé. Le premier mouvement - 182 mesures existantes - a été mis en forme par les musicologues, Nicholas Cook et Kelina Kwan, mais le résultat n'a, sans doute, que peu de rapport avec ce qu'il serait devenu sous la plume de Beethoven.

Parmi les successeurs immédiats de Beethoven, on épinglera tout naturellement les concertos de ses élèves, Ferdinand Ries (1784-1838) et Carl Czerny (1791-1857). Toutefois, ce sont des admirateurs ayant gravité à distance plus respectable qui se sont montrés les plus créatifs : Johann Nepomuk Hummel (1778-1837) - indispensable ! -, Ignaz Moscheles (1811-1885) - idem ! - Joseph Wölfl (1773-1812), Friedrich Wilhelm Kalkbrenner (1785-1849) et Friedrich Kuhlau (1786-1832). Ce dernier a fait très fort dans le mouvement initial de son concerto opus 7, véritable copié-collé de l'opus 15 du Maître de Bonn. Tous furent d'habiles virtuoses qui parcoururent l'Europe en jouant leurs œuvres et celles de leur idole. Ils comptèrent parmi les premiers pianistes itinérants, un métier qui allait bientôt faire fortune. Voici quelques CD recommandables :

Johann Nepomuk Hummel
Johann Nepomuk Hummel
Ignaz Moscheles
Ignaz Moscheles
Joseph Wölfl
Joseph Wölfl

La même époque ne manque pas de musiciens encore fort marqués par l'Ancien Régime tels, Muzio Clementi (1752-1832), Johann Baptist Cramer (1771-1858), Vaclav Jan Tomasek (1774-1850), João Domingos Bomtempo (1775-1842) ou Franciszek Lessel (1780-1838). Ajoutons que Franz Xaver Mozart (1791-1844) - le fils de WA - a écrit deux concertos qui auraient sans doute été mieux accueillis 30 ans plus tôt.

On regrettera amèrement que Franz Schubert (1797-1828) n'ait pas abordé le genre du concerto pour piano et on se consolera en écoutant les 3 oeuvres de son collègue, Carl Maria von Weber (1786-1826).

Les musiciens français pressés, par la société du temps, d'écrire pour la scène lyrique écrivirent fort peu de musique instrumentale. Louis-Ferdinand Hérold (1791-1833) a pourtant écrit quelques concertos, simples mais de très bon goût, enregistrés par Jean-Frederic Neuburger et Hervé Niquet (n°3, à découvrir !). De l'autre côté de la Manche, John Field (1782-1837) fut un des rares musiciens insulaires à tenir son rang : ses 7 concertos figurent sur un quadruple CD, paru chez Brillant (Mieux mais plus cher, voici les mêmes chez Chandos).

La vague romantique

Le piano a particulièrement stimulé l'imagination romantique et le 19ème siècle est, de fait, l'ère du grand concerto. Rappelons qu'il n'est pas dans l'esprit de ces chroniques d'insister sur les oeuvres célèbres du répertoire d'où il résulte que la longueur des paragraphes qui suivent n'est absolument pas proportionnelle à l'importance réelle des oeuvres évoquées :

  • Robert Schumann (1810-1856), Frédéric Chopin (1810-1849) et Franz Liszt (1811-1886) sont les monstres sacrés de la première génération de l'après Beethoven. Le célébrissime Concerto de Schumann est une réussite totale, le genre de miracle sonore qu'on ne réussit qu'une seule fois dans sa vie d'artiste. Il a été créé par Clara Wieck, l'épouse du compositeur. Celle-ci composait également et son Concerto opus 7, s'il n'atteint pas les cimes, mérite néanmoins de survivre. Chopin et Liszt ont chacun écrit deux concertos. L'orchestration sommaire des concertos de Chopin n'a jamais nui à leur succès auprès d'un public qui ne se lasse pas de la luxuriance du piano. Moins joué que le premier, le 2ème Concerto de Liszt souffre de la négligence incompréhensible qui frappe l'oeuvre symphonique de leur auteur. On complètera ce tableau d'excellence en ajoutant les noms de quelques valeurs sûres, Franz Berwald (1796-1868), Felix Mendelssohn (1809-1847) et Charles-Henri Valentin Alkan (1813-1888).
  • La génération suivante a reçu tout autant les faveurs du public, en particulier Anton Dvorak, Edvard Grieg, Johannes Brahms (2 concertos essentiels) et Pyotr Ilyich Tchaïkovsky (3 concertos : vous avez bien lu, Tchaïkovsky n'a pas écrit que le célébrissime opus 23).
  • On attirera l'attention sur les concertos de musiciens allemands nettement moins célèbres : l'étonnant Carl Loewe (1796-1869) , que l'on connaissait comme auteur de ballades et que l'on est surpris de retrouver fort à l'aise dans un genre majeur ou l'insouciant mais brillant, Ferdinand Hiller (1811-1885). On y ajoutera un bataillon de musiciens tous aussi peu connus les uns que les autres, Friedrich von Flotow (1812-1883), Adolf Henselt (1814-1869), Joachim Raff (1822-1882), Carl Reinecke (1824-1910) - à découvrir ! - , Josef Rheinberger (1839-1901) (plages 1 à 3), Hermann Goetz (1840-1876), Robert Fuchs (1847-1927), Anton Urspruch (1850-1907) - à découvrir ! -, Julius Röntgen (1855-1932), ... .
    Carl Loewe
    Carl Loewe
    Ferdinand Hiller
    Ferdinand Hiller
    Carl Reinecke
    Carl Reinecke
  • De ce côté du Rhin, Camille Saint-Saëns (1835-1921) a écrit 5 concertos trop peu joués (En référence, le finale du 2ème est joué par la ravissante pianiste allemande de 13 ans, Elisabeth Brauss, accompagnée par un orchestre de jeunes : réconfortant !). L'intégrale, parue chez Hyperion sous les doigts de Stephen Hough, a été plébiscitée par les lecteurs de la très sérieuse revue Gramophone comme CD des 3 dernières décennies mais cela se passait ... Outre-Manche, ces anglais ne font décidément rien comme tout le monde ! On déplorera, par ailleurs, que Gabriel Fauré (1845-1924), n'ait écrit, pour piano et orchestre, qu'une Ballade et une Fantaisie, d'ailleurs fréquemment jouées.
  • L'école russe naissante n'a produit que des oeuvres relativement mineures, signées Mily Balakirev (1837-1910), Eduard Nápravník (1839-1916), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Alexandre Glazunov (1855-1936) ou Anton Arensky (1861-1906). Elles ont été éclipsées par celles de la génération suivante.
  • Des concertos plus ou moins remarquables ont été écrits un peu partout ailleurs en Europe par quelques talents isolés : en Tchéquie Alexander Dreyschock (1818-1869), en Belgique, César Franck (1822-1890) et Peter Benoit (1834-1901), en France Edouard Lalo (1823-1892) - moins heureux cependant qu'avec ses célèbres concertos pour violon et violoncelle.
  • Il a fallu attendre la génération suivante pour que le mouvement paneuropéen des écoles nationales se généralise. Des musiciens talentueux mais plutôt conservateurs ont rivalisé avec des précurseurs de la modernité. Dans la première catégorie, on trouve, pêle-mêle, Giovanni Sgambati (1841-1914), un des rares italiens de cette époque à ne pas se cantonner dans l'opéra (à découvrir !), les français Alexis de Castillon (1838-1873), Jules Massenet (1842-1912), Gabriel Pierné (1863-1937) et Reynaldo Hahn (1874-1947), le danois Otto Malling (1848-1915), le norvégien Christian Sinding (1856-1941), les belges Arthur De Greef (1862-1940) et Joseph Jongen (1873-1953), l'américaine Amy Beach (1867-1944), les polonais Henryk Melcer (1869-1928) et Zygmunt Stojowski (1870-1946), les suédois Wilhelm Stenhammar (1871-1927) et Adolf Wiklund (1879-1950), l'allemand Max Reger (1873-1916), ... . Dans la deuxième catégorie, on trouve des personnalités plus accusées, telles celles d'Albert Roussel (1869-1937), Paul Hindemith (1869-1949), Hans Pfizner (1869-1949), Ottorino Respighi (1879-1936), ... .
    Albert Roussel
    Albert Roussel
    Ottorino Respighi
    Ottorino Respighi
    Hans Pfizner
    Hans Pfizner
  • Enfin, des virtuoses-compositeurs itinérants ont formé une chaîne qui ne s'est brisée qu'au 20ème siècle : Henri Herz (1803-1888), Sigismond Thalberg (1812-1871), Anton Rubinstein (1829-1894), Josef Wieniawski (1837-1912) - le frère du violoniste bien connu, Henryk Wieniawski (1835-1880) -, Xaver Scharwenka (1850-1924), Moritz Moskowski (1854-1925), Ludwig Thuille (1861-1907), Eugène d'Albert (1864-1932), Ignacy Jan Paderewski (1864-1941), Sergueï Bortkiewicz (1877-1952), ..., sans oublier Rachmaninov et Medtner dont nous reparlerons.

Deux collections proposent un large panorama de ces œuvres négligées :

  • Brillant, propose - pour 30 euros ! - un album de 20 CD reprenant d'anciennes gravures VOX ayant disparu des catalogues. C'est l'occasion de retrouver le pianiste Michael Ponti qui s'est aventuré bien avant tout le monde hors des sentiers battus.
  • La série "Grands Concertos romantiques", toujours en cours chez Hyperion (plus de 50 volumes parus à ce jour !), est le complément indispensable : tout y est parfait sauf le prix. Cette fois c'est l'occasion de faire la connaissance de quelques pianistes britanniques - Howard Shelley, Stephen Hough, Stephen Coombs, Martin Roscoe, Ian Hobson, ... -, tous aussi talentueux. Albion n'a pas son pareil pour produire des musiciens authentiques n'ayant besoin d'aucune publicité tapageuse. Ce sont eux qui ont exhumé les concertos de Pierné, Massenet et Hahn, une preuve supplémentaire, s'il en fallait, que l'Angleterre a autant veillé à la survie de la culture française qu'à l'intégrité naguère menacée de son territoire.

L'aube du 20ème siècle

On sait qu'il n'existe aucune frontière nette séparant la fin du (post)romantisme et le début de l'ère moderne et quelques musiciens évoqués ci-dessus (Roussel, Hindemith, ... ) pourraient aussi bien apparaître ci-dessous. Cette frontière coïncide conventionnellement avec la guerre 14-18, parce que Nijinski a créé le Sacre du Printemps de Stravinsky en 1913, que Mahler est mort en 1914 et que Debussy l'a suivi en 1918.

Les années 1890-1914 ont vu naître des concertos moins immédiatement lyriques. Le concerto d'Alexandre Scriabine (1872-1915) - daté de 1896 - ou le colossal Concerto pour Piano (& Choeur !) de Ferruccio Busoni (1866-1924) - daté de 1904 - affichent surtout un souffle épique volontairement dépourvu de tout sentimentalisme. Deux pianistes de génie, Serge Rachmaninov (1873-1943) et Nikolaï Medtner (1880-1951), ont toutefois maintenu un lien étroit avec le romantisme finissant. Seul le premier nommé a connu un succès immédiat mais le second comble progressivement son retard, du moins chez les amateurs passionnés.

Les grands classiques du 20ème siècle

Bela Bartok (1881-1945), Serge Prokofiev (1891-1953) et Dimitri Schostakovitch (1906-1975) ont innové en exploitant, chacun à sa manière - les possibilités percussives du piano. Ils l'ont fait avec infiniment de tact, n'hésitant pas à faire machine arrière toutes les fois que cela leur semblait opportun (3ème de Bartok, 3ème de Prokofiev et 2ème de Schostakovitch). Les deux concertos de Maurice Ravel complètent le palmarès des oeuvres les plus écoutées.

On ajoutera au tableau d'excellence le peu joué concerto d'Arnold Schönberg (1874-1951), les 5 concertos de Bohuslav Martinu (1890-1959) et l'oeuvre de jeunesse de Benjamin Britten (1913-1976).

Les petits classiques du 20ème siècle

Toutes les oeuvres écrites au 20ème siècle ne sont pas forcément novatrices, en particulier, celles qui proviennent des Iles Britanniques ou d'URSS, deux nations volontiers conservatrices.

  1. L'école anglo-saxonne

    L'Angleterre, qui n'avait encore guère brillé jusque-là, a mis les bouchées doubles pour combler son retard sans trop se soucier de sacrifier à la mode continentale de la modernité. Elle a, au contraire, volontiers cultivé un romantisme rétro : Alexander Campbell Mackenzie (1847-1935), Charles Villier Stanford (1852-1924), Frederick Delius (1862-1934), Ralph Vaughan Williams (1872-1958), Joseph Charles Holbrooke (1878-1958), Hamilton Harty (1879-1941), Cyril Scott (1879-1970), Arnold Bax (1883-1953), Arthur Bliss (1891-1975) - à découvrir - , Herbert Howells (1892-1983), York Bowen (1884-1961), Alan Rawsthorne (1905-1971), William Alwyn (1905-1985) - un musicien injustement occulté par Britten et Tippett - , Michael Tippett (1905-1998), Doreen Mary Carwithen (1922-2003) également connue sous le nom de Mary Alwyn car elle fut la seconde épouse de William Alwyn, Ronald Stevenson (1928- ), ... . On regrettera de ne pas trouver le nom d'Edward Elgar (1857-1934) dans la liste mais il n'a écrit que deux concertos, l'un pour violon et l'autre pour violoncelle. C'est grand dommage et je pourrais en dire autant d'un autre compositeur britannique particulièrement attachant, Gérald Finzi (1901-1956) : il n'a jamais achevé le concerto qu'il avait commencé. Vous en trouverez cependant de précieux échos dans les très "bachiens" Eclogue et Grand Fantasia and Toccata, publiés après sa mort sur base de matériaux existants.

    Arthur Bliss
    Arthur Bliss
    William Alwyn
    William Alwyn
    Michael Tippett
    Michael Tippett

    La firme Naxos démarre actuellement une série consacrée à des concertos britanniques. Elle n'en est encore qu'à ses tout débuts.

    Depuis Charles Ives (1874-1954), les Etats-Unis font partie du concert mondial et les concertos ne manquent pas toutes tendances stylistiques confondues. Elles se partagent entre un néoclassicisme ou un postromantisme hérités du Royaume-Uni, Howard Hanson (1896-1981), Henry Cowell (1897–1965), Vittorio Giannini (1903-1966), William Schuman (1910-1992), ..., et un modernisme plus continental, Aaron Copland (1900-1990), Georges Antheil (1900-1959), .... . Les points de suspension sont très nécessaires dans ce cas car l'association américaine des compositeurs de musique compte plus de 2000 membres !

  2. L'école russe

    L'école russe a formé beaucoup de pianistes virtuoses d'exception mais elle a également alimenté le répertoire par quelques purs produits du terroir. Aux côtés des oeuvres cultes de Schostakovitch et Prokofiev, beaucoup d'autres concertos sont à l'affiche de l'autre côté de l'ex-rideau de fer, même ceux qui n'ont pas révolutionné le genre. Tels sont les concertos de Samuel Feinberg (1890-1962) - absolument essentiels ! - , Alexandre Tansman (1897-1986), Alexander Tscherepnin (1899-1977) - à découvrir !- , Alexander Mossolov (1900-1973), Aram Khatchatourian (1903-1978), Dimitri Kabalevski (1904-1987), Tikkhon Khrennikov (1913-2007), Herman Galynin (1922-1966), ... .

  3. Les "isolés"

    Isaac Albéniz (1860-1909), Vítězslav Novák (1870-1949), Ernst von Dohnanyi (1877-1960), Jean Cras (1879-1932), Adolf Wiklund (1879-1950), Joseph Marx (1882-1964), Gian Francesco Malipiero (1882-1974) - à découvrir - , Heitor Villa-Lobos (1887-1959), Kurt Atterberg (1887-1974), Frank Martin (1890-1974), Darius Milhaud (1892-1974), Aare Merikanto (1893-1958), Willem Pijper (1894-1947), Erwin Schulhoff (1894-1942), Richard Flury (1896-1967) - à découvrir !- , Roberto Gerhard (1896-1970), Tadeusz Szeligowski (1896-1963), Henry Cowell (1897-196), George Gershwin (1898-1937), Pantcho Vladigerov (1899-1978) - un des rares compositeurs bulgares à avoir acquis une notoriété internationale- , Colin McPhee (1900-1964), Francis Poulenc (1899-1963), Joaquin Rodrigo (1901-1999) - devrait vous plaire si vous aimez le Concerto d'Aranjuez ! - , Boris Blacher (1903-1975) - un musicien essentiel dans une Allemagne en perte de vitesse ! -, Erich Zeisl (1905-1959), Kees van Baaren (1906-1970), Klaus Egge (1906-1979), Miklos Rozsa (1907-1995), Geirr Tveitt (1908-1981) - un norvégien d'excellente humeur - , Hans-Georg Goerner (1908-1984), Kurt Schwaen (1909-2007), Samuel Barber (1910-1981), Carlos Surinach (1915-1997), ... .

    Richard Flury
    Richard Flury
    Boris Blacher
    Boris Blacher
    Gian Francesco Malipiero
    Gian Francesco Malipiero

L'époque contemporaine

Il est sans doute trop tôt pour recenser, sans erreur, les oeuvres incontournables écrites depuis les années 1950. Commençons par celles issues des pôles principaux, russe, scandinave et anglo-saxon :

  • L'école russe se taille, sans surprise, la part du lion : les concertos d'Alfred Schnittke (1937-1998) sont particulièrement recommandables. Le CD mentionné qui les rassemble tous est même carrément indispensable. Galina Ustvolskaya (1919-2007), Rodion Shchedrin (1932- ) (plages 8 à 10), Boris Tchaikowsky (1925-1996) et, beaucoup plus près de nous, Igor Shcherbakov (1955- ), complètent un palmarès des plus convaincants.
  • Les pays nordiques constituent un deuxième pôle d'intérêt pour la musique de notre temps et les concertos finlandais comptent, de fait, parmi les meilleurs, d'Einojuhani Rautavaara (1928- ) à Magnus Lindberg (1958- ) en passant par Esa-Pekka Salonen (1953- ) et en espérant que Kaija Saarihao (1952- ) les rejoigne bientôt. Matti Rautio (1922-1986) et Uuno Klami (1900-1961), finlandais eux aussi, le suédois Einar Englund (1916-1999) et l'estonien Lepo Sumera (1950-2000) , complètent un tableau à peine ébauché tant les nordiques écrivent de la (bonne) musique.
    Magnus Lindberg
    Magnus Lindberg
    Esa-Pekka Salonen
    Esa-Pekka Salonen
    Einojuhani Rautavaara
    Einojuhani Rautavaara
  • Le Royaume Uni démontre, une fois de plus, son éclectisme en proposant des compositions aussi diverses que celles de l'austère Sir Peter Maxwell-Davies (1934- ), du facile Howard Blake (1938- ), des jeunes loups James MacMillan (1959- ) et Thomas Adès (1971- ) ou du poète minimaliste, Gavin Bryars (1943- ) .
  • Les Etats-Unis, en pleine expansion, s'illustrent à nouveau dans toutes les tendances, des plus modernes, Elliott Carter (1908- ) ou Milton Babbitt (1916-2011) - notez l'extrême longévité des compositeurs d'avant-garde, à creuser ! -, aux plus postmodernes, Lou Harrison (1917-2003), en passant par tous les stades intermédiaires, Lukas Foss (1922- ), Ned Rorem (1923- ), William Bolcom (1938- ), John Corigliano (1938- ), York Höller (1944- ), Peter Lieberson (1946- ), John Adams (1947- ), Lowell Liebermann (1961- ) - à découvrir ! -, ... .

Mondialisation oblige, on écrit désormais des concertos sous toutes les longitudes. En voici à la pelle, de France et d'ailleurs, en Turquie, au Liban, jusqu'au Japon : Ahmed Adnan Saygun (1907-1991), Sandor Veress (1907-1992) - excellent - , Miklos Rozsa (1907-1995), Jean Françaix (1912-1997), Witold Lutoslawski (1913-1994) - essentiel - , Johann Cilensek (1913-1998), Marcel Landowski (1915-1999), Alberto Ginastera (1916-1983), Lou Harrison (1917-2003), György Ligeti (1923-2006), Luigi Nono (1924-1990), Luciano Berio (1925-2003), Charles Chaynes (1925- ), Tadeusz Baird (1928-1981), Akio Yashiro (1929-1976), Peter Sculthorpe (1929- ), Frédéric De Vreese (1929- ) dont voici le finale du Concerto n°3 , Charles Camilleri (1931-2009), Krzysztof Penderecki (1933- ) - à ne pas manquer - , Anton Garcia Abril (1933- ), Leonardo Balada (1933- ), Philippe Boesmans (1936- ), Charles Wuorinen (1938- ), Zygmunt Krauze (1938- ) - encore un compositeur polonais intéressant mais dont les enregistrements sont peu diffusés à l'Ouest - , Horatio Radulescu (1942-2008), Waclaw Kisielewski (1943-1986), Tristan Keuris (1946-1996) - un musicien essentiel décrit par ailleurs -, Peter Lieberson (1946- ), Philippe Hersant (1948- ), Poul Ruders (1949- ), Ivan Fedele (1953- ), Takashi Yoshimatsu (1953- ), Snorri Sigfus Birgisson (1954- ), Carl Vine (1954- ) - facile certes mais de bon goût - , Bechara El Khoury (1957- ), Esa-Pekka Salonen (1958- ) - positionnez-vous en 27 min 40 sec : brillantissime ! - , Fabian Müller (1964- ), ... .

Peter Sculthorpe
Peter Sculthorpe
Tadeusz Baird
Tadeusz Baird
Takashi Yoshimatsu
Takashi Yoshimatsu

Enfin cette chronique serait incomplète si je ne mentionnais pas quelques oeuvres significatives que l'on doit à des musiciens de la nouvelle génération : Thierry Pecou (1965- ), Robin de Raaf (1968- ), Fazil Say (1970- ), Carter Pann (1972- ) ou Giel Vleggaar (1974- ). Nul doute que la liste pourrait être plus longue et, qu'en tous cas, elle s'allongera avec le temps.

Les concertos pour la main gauche

Quelques pianistes, Otakar Hollmann, Gary Graffman, Paul Wittgenstein, ayant perdu l'usage de leur main droite ont souhaité surmonter leur handicap en commandant des oeuvres exclusivement pour la main gauche. Paul Wittgenstein fut l'un d'entre eux qui en reçut 17, dont le célèbre concerto de Ravel. Les autres sont beaucoup moins connus (Korngold, Strauss, Britten, Hindemith, ..., quand même) et ils forment un monde à part, détaillé dans cette chronique.

Les concertos pour deux pianos

Cette formule onéreuse est peu présente au répertoire bien qu'elle ait été expérimentée par quelques grands compositeurs. Mentionnons dans l'ordre chronologique : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Jan Ladislav Dusík (1760-1812), Felix Mendelssohn (1809-1847), Max Bruch (1838-1920), Bohuslav Martinu (1890-1959) - superbe concerto, mon préféré mais cela n'engage que moi - , Darius Milhaud (1892-1974), sans oublier Francis Poulenc (1899-1963), Igor Stravinsky (1882-1971) et l'exotique Alan Hovhaness (1911-2000). Plus près de nous, découvrez le léger et pétillant concerto (à 3 mains !) de Sir Malcolm Arnold (1921-2006), celui déjà plus aride de Luciano Berio (1925-2003) ou celui, extravagant, du lituanien Antanas Rekašius (1928-2003).

Il existe aussi quelques concertos pour piano à 4 mains signés, Carl Czerny (1791-1857), Leopold Kozeluh (1748-1818), Malcolm Arnold, Jan Novak (1921-1984), Jan Rääts (1932- ), Vittorio Giannini (1903-1966), mais la difficulté est réelle de se procurer un enregistrement. Le plus intéressant est dû à Alfred Schnittke (1934-1998) et il figure sur le CD déjà renseigné comme essentiel à votre collection.

Mozart a également écrit un concerto pour 3 pianos, suivant en cela les pas de Bach père qui avait déjà écrit pour plusieurs claviers, des clavecins à l'époque.

Les concertos "promenades"

Le répertoire alternatif fait état d'oeuvres mineures écrites par des musiciens qui se sont consacrés à la musique de film sans en sortir à temps (Michel Legrand, Richard Addinsell, Howard Blake, ...). Certains pianistes se laissent prendre au jeu, tel Lang Lang, qui a enregistré le Concerto de Nigel Hess, une commande à la mémoire de Queen Mumm, certes une oeuvre pas plus intellectuelle que le Concerto de Varsovie d'Addinsell (plage 1), mais qui se laisse écouter entre deux allées de supermarché.

Le mouvement néo tonal a conçu quelques oeuvres légères, cinématographiques ou tout simplement pétries de nouvelle simplicité : Fumio Hayasaka (1914-1955) - un japonais occidentalisé, qui n'a pas écrit que des musiques pour les films de Kurosawa, une agréable découverte ! - , Wojciech Kilar (1932- ), Henryk Mikołaj Górecki (1933-2010), Philip Glass (1937- ), Michael Nyman (1944- ) - Concerto recomposant la musique du film, The Piano lesson - , Georgs Pelecis (1947- ) , Elena Kats-Chernin (1957- ), Douwe Eisenga (1961- ), Geert Van Hoorick (1968- ).

On mentionnera encore l'art clairement hérité du jazz du russe Nikolaï Kapustin (1937- ) et de l'américain Chick Corea (1941- ), ce dernier plus proche de la tradition classique.

Les concertos "travestis"

Signalons encore que bien des pièces écrites pour piano & orchestre ne portent pas le nom de concerto, leur auteur ayant considéré que le soliste était trop intégré à l'orchestre : la Symphonie Cévenole de Vincent d'Indy (1851-1931), la 5ème de Niels Gade (1817-1890), la 2ème de Leonard Bernstein (1918-1990), "The Age of Anxiety", ou la 4ème de Karol Szymanowski (1882-1937), le Concerto symphonique d'Ernest Bloch (1880-1959), la Symphonie concertante de William Walton (1902-1983) - à écouter sans faute - sont autant de symphonies déguisées avec accompagnement de piano. Même la Symphonie Turangalila d'Olivier Messiaen comporte une partie de piano importante. Plus près de nous, Metamusik de Valentin Silvestrov (1937- ) offre le pendant pianistique à Dedication, consacrée au violon. On pourrait en dire autant d'une multitude d'oeuvres aux dimensions plus modestes, telles les célèbres Variations Symphoniques de César Franck (1822-1890), la Ballade de Gabriel Fauré (1845-1924) ou Dynamic Tryptisch de John Foulds (1880-1939), la liste est beaucoup trop longue pour la détailler ici.

Note finale. J'espère que l'avalanche qui précède ne vous a pas donné le tournis. Je précise que les pochettes illustrées ne renvoient pas nécessairement aux oeuvres les plus fortes mais qu'elles souhaitent attirer l'attention sur des enregistrements qui, noyés dans la masse, ont toutes les chances de ne pas attirer votre bienveillante attention.