Le Quatuor à cordes.

Le quatuor à cordes est le genre noble par excellence de la musique savante occidentale.  Pour tout compositeur, un quatuor réussi vaut tous les brevets de compétence musicale car avec un effectif réduit à 16 cordes, il n'est tout simplement pas possible de tricher.  C'est Joseph Haydn (1732-1809) qui en a défini les règles, encore largement respectées aujourd'hui : deux violons, un alto et un violoncelle, conversant sur un pied d'égalité, enfin autant que possible car là réside la difficulté. La formule retenue par Haydn, quatre mouvements alternant des épisodes rapides et lents, est largement demeurée en l'état, seulement bousculée par le Beethoven tardif puis, un siècle plus tard, par son tout aussi tardif alter ego moderne, Dimitri Schostakovitch.

On pourrait penser qu'en 260 ans, une formule aussi stricte, voire austère, serait inévitablement passée de mode mais il n'en est rien : on n'a jamais cessé d'écrire des quatuors.  Outre la satisfaction de réussir "son" quatuor, un compositeur actuel trouve plus facilement quatre interprètes disposés à étudier une partition nouvelle qu'un orchestre symphonique. De tels ensembles prolifèrent de fait par dizaines, constitués de jeunes musiciens ne souhaitant pas s'exposer aux risques d'une carrière hasardeuse de soliste de concert. Ils se font souvent connaître en recréant quantité d'oeuvres inédites ou en créant des oeuvres nouvelles, tout profit pour le mélomane boulimique.

Le lecteur francophone qui veut (presque) tout savoir de l'histoire du quatuor à cordes peut consulter l'ouvrage monumental de Bernard Fournier, Histoire du quatuor à cordes, paru en trois volumes chez Fayard. Evidemment, 4000 pages, c'est l'indigestion assurée d'autant qu'à ce stade, vous n'aurez pas encore entendu une seule note de musique.  Consulter en ligne le catalogue (de vente) jpc peut combler cette lacune mais, cette fois, la difficulté est d'un autre ordre : ce sont plus de 4700 entrées à (di)gérer !  C'est le but de cette modeste chronique de voler au secours de l'amateur (pas trop) pressé, en lui proposant une visite guidée aussi objective que possible. Les incontournables sont brièvement resitués dans leur contexte historique et, surtout, quelques perles rares sont extraites de gisements apparemment inépuisables. L'accent est particulièrement mis sur la situation du quatuor au 20ème siècle, qui n'a jamais cessé de produire des oeuvres intéressantes.

https://en.wikipedia.org/wiki/String_quartet

https://www.jpc.de/s/streichquartette+nr

Les origines.

Le quatuor est né, sans surprise, dans les contrées qui ont développé une facture à grande échelle des instruments à cordes, l'Italie et la Bohême. Il a pourtant fallu attendre 150 ans pour que l'idée germe de réunir, sur un même estrade, deux violonistes, un altiste et un violoncelliste (ces deux emplois encore peu fréquents à l'époque).

 - En Italie, le genre a dérivé de la Sonata a quatro (parte), débarrassée de son continuo (généralement un clavecin ponctuant le discours à la basse). On attribue les premiers essais à Alessandro Scarlatti (1660-1725), qui en a composé six dans les dernières années de sa vie (n°4). Ils lui ont valu une décoration de chevalier, octroyée en 1715 par le pape Clément XI, ce qui était plutôt flatteur car il ne s'agissait pas de chefs-d'oeuvre immortels, Scarlatti (père) n'ayant guère été aussi bon en musique instrumentale qu'en musique vocale. La formule adoptée par Giovanni Battista Sammartini (1701-1775) portait un autre nom (Concerti a Quatro) mais le principe était le même pour un résultat déjà meilleur. Le niveau monte encore avec Pietro Nardini (1722-1793) dont les 6 quatuors florentins (1767) se démarquent plaisamment du modèle (concurrent) viennois.

- En Bohême, il est apparu avec un léger retard, à l'époque préclassique (vers 1730), mais en se positionnant d'emblée de façon autonome et non plus comme un produit dérivé de la Sonata a 4. L'école de Manheim a connu un vrai rayonnement grâce, en particulier, aux talents de Franz Xaver Richter (1709-1789) (Quatuors opus 5 mais on en a dénombré 9), Ignaz Hozbauer (1711-1783), Christian Cannabich (1731-1798), Carl Stamitz (1745-1801) (Quatuor opus 14 n°3, 24 dénombrés). On tarde à enregistrer leurs oeuvres, peut-être parce que leur propension à faire la part trop belle au premier violon les a rendues stéréotypées (Je vous ai quand même trouvé un CD consacré à trois membres de la famille Stamitz, le père Johan Wenzel et ses deux fils, Carl et Anton).

Château de Weinzierl

C'est finalement en Autriche que le genre a finalement pris racine : on considère, en effet, qu'il a trouvé sa forme définitive lors des séances privées que le Baron Karl Joseph von Fürnberg organisait dans sa demeure d'été de Weinzierl, près de Vienne : deux amateurs, le Pasteur de l'endroit et le gestionnaire des domaines, Mathias Penzinger, tenaient les parties de violon, tandis que deux professionnels tenaient les parties d'alto et de violoncelle, respectivement Haydn, en personne, et un certain Albrechsberger diversement identifié par les historiens (Peut-être le célèbre contrapuntiste, Johann Georg, ou son frère, Anton). Haydn, alors engagé comme Maître de Musique, fut prié d'alimenter le groupe par quelques nouvelles partitions dès 1756 : les 6 Quatuors de l'opus 1 et les 4 de l'opus 2 (n° 2) sont nés à cette occasion mais ils ne seront publiés qu'ultérieurement, chez Breitkopf und Härtel, sous le nom de Divertimentos.

Le type concertant du quatuor haydnien s'est imposé face aux variantes virtuoses italiennes et françaises. En Italie, Luigi Boccherini (1743-1805) fut le plus prolixe - près de 100 quatuors ! - mais aussi le plus brillant, comme dans ces 6 Quatuors de l'opus 2. En comparaison, les musiciens français furent plus anodins, exagérant le rôle de l'instrumentiste principal (généralement le premier violon) clamant sa mélodie sur fond d'accompagnement des trois autres : Chevalier de Saint-Georges (1745-1799) (n° 3), François-Joseph Gossec (1734-1829) (6 Quatuors opus 15 n°6, datés de 1772), André-Modeste Grétry (1741-1813) (6 Quatuors de jeunesse opus 3 n°6), Henri-Joseph Rigel (1741-1799) (opus 10 n°6), Nicolas Dalayrac (1753-1809) (n° 5) et Pierre Vachon (1738-1803) (opus 11 n°1, 1765). Une génération plus tard, on ne saura jamais de quoi Hyacinthe Jadin (1776-1800) aurait été capable lui qui avait quand même trouvé le temps (entre 1795 et 1798) d'en écrire 12 par bouquets de 3 (opus 1 n°3). Ne le confondez pas avec son frère, Louis-Emmanuel Jadin (1768-1853), qui vécut nettement plus longtemps mais cessa de composer à partie de 1820 (Beau fa mineur, daté de 1800).

La suprématie viennoise était d'autant plus étonnante qu'elle tirait parti des idées propagées par le Siècle français des Lumières : une conversation musicale égalitaire entre comparses concevant un Nouveau Régime bien nécessaire à une époque d'absolutisme royal. Ce nouvel idéal classique a fait fortune car il offrait à la bourgeoisie naissante et pratiquante (on parle de musique !) l'occasion de se réunir pour faire la musique de l'avenir quand l'orchestre était encore l'apanage des nobles fortunés.

Haydn n'a jamais cessé d'écrire des quatuors, 68 au total (environ ...), le plus souvent par bouquets de 6 comme c'était l'usage (Les commanditaires étaient apparemment davantage intéressés par la quantité que par la "qualité" ou du moins par l'individualité des oeuvres écrites). Un choix s'impose au sein d'un catalogue aussi vaste car les oeuvres sont bien trop nombreuses pour se situer toutes au même niveau. Les 6 quatuors, opus 20, dits "Du Soleil", datent de la période Sturm und Drang (Tempête et Passion), assurément l'une des plus intéressantes vécues par le musicien, c'est également vrai dans le domaine de la symphonie. Le surnom, qui n'est vraisemblablement pas de Haydn, provient de l'impression de l'astre du jour sur la couverture de l'édition originale. Les idées rousseauistes de retour à la Nature flottaient dans l'air d'un temps où la France règnait intellectuellement sur le continent et elles ont contribué à développer une réaction bien nécessaire contre l'esprit galant ambiant. Au plan musical, on note un regain d'intérêt pour les musiques populaires comme dans cette danse tzigane qui anime le menuet de l'opus 20 n°4 (en 19:08).

Les oeuvres tardives de Haydn sont également intéressantes en ce qu'elles annoncent le jeune Beethoven, en particulier les 6 Quatuors, opus 76 ("Erdödy" du nom du dédicataire Comte hongrois, dont ce n°5 qui vous révèle quatre artistes coréennes plus viennoises que nature), & 77 (n° 1 & 2, "Lobkowitz", du nom du dédicataire Prince de Bohême, retenez ce nom).

Si vous n'appréciez pas ces oeuvres à leur juste valeur, il est peu probable que vous vous passionnerez pour les autres, les recueils, opus 9, 17, opus 33 ("Russes"), 50 ("Prussiens"), 54 & 55 ("Tost I & II", destinés au public parisien), 64 ("Tost III", destiné au public londonien) et 71 & 74 ("Apponyi"). Pour information, le Comte Anton George Apponyi était membre de l'aristocratie viennoise et Johann Tost était second violon à la cour du Prince Esterházy, l'employeur principal de Haydn.

Si on ajoute les oeuvres isolées, opus 42, 51 (Les 7 dernières paroles du Christ en croix) et 103 (oeuvre demeurée inachevée), cela représente, en tout, 68 oeuvres, de qualités fort variables. Certaines portent des surnoms passablement fantaisistes dont la vertu principale est d'aider à les repérer dans le dédale des numéros d'opus (L'Alouette, La Grenouille, Les Plaisanteries, Le Cavalier, Les Quintes, L'Empereur, ...).

De son vivant, Haydn n'a connu que peu de rivaux parmi lesquels deux grands voyageurs tchèques, Jan Ladislav Dussek (1760-1812), dont les 3 quatuors opus 60 (n° 3) sont plutôt réussis), et l'excellent Johann Baptist Vanhal (1739-1813) qui ne pouvait manquer le rendez-vous du Quatuor (opus 1 n°3, opus 6 n°2). Un autre viennois, l'excellent Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), dont les 6 Quatuors (1789) (n°5) sont à découvrir. Le nom d'Ignaz von Beecke (1733-1803) ne vous dit sans doute rien et c'est bien normal puisqu'on commence seulement à redécouvrir ses oeuvres dont 33 symphonies et 17 quatuors (sol majeur, 1750) d'un bel équilibre. Johan Wilhelm Wilms (1772-1847)  (n°1, 1806) , Paul Wranitzky (1756-1808) (opus 16/1, 1770)

Evidemment, le seul concurrent véritable de Haydn - mais aussi son plus fervent admirateur - fut Mozart (1756-1791). Le catalogue (Ludwig von) Köchel contient 23 oeuvres, soit trois fois moins que l' illustre modèle, et seules les dix dernières sont passés à une postérité incontestable : les 6 Quatuors n° 14 à 19, (dits) dédiés à Haydn (KV 387, 421, 428, 458, 464, 465), l'isolé n°20 (KV 499), dédié à l'ami, Franz Anton Hoffmeister  (1754-1812, lui-même auteur d'un nombre élevé mais inconnu de quatuors passe-partout (n° 13)), et enfin les 3 brillants Quatuors prussiens (KV 575, 589 & 590), destinés au royal commanditaire, Friedrich Wilhelm II. N'ayant pas été payé autant que convenu, Mozart a retiré sa dédicace, juste avant de mourir. Ces trois oeuvres présentent un équilibre remarquable, en particulier grâce à l'émancipation du violoncelle qui reçoit (enfin) une partie gratifiante. Elles contituent à bien des égards les modèles parfaits du classicisme viennois que seuls les 6 Quintettes à cordes, du même Mozart, surpassent peut-être. Vous apprécierez l'interprétation proposée du Quatuor Alban Berg, un modèle du genre. La sagesse parfaitement équilibrée dont il fait preuve ne s'imposera pas avec autant d'évidence dans l'épisode suivant de notre récit, consacré au Maître "de Bonn", je devrais dire "du Quatuor".

 

L'apogée beethovenienne.

Parfaitement équilibrés, les quatuors de Haydn et de Mozart manquent cependant d'un élément qui va se révéler vital dans la création artistique, celui de l'urgence. Il appartient à Beethoven (1770-1827) d'avoir anticipé cette exigence et d'en avoir tiré les conséquences radicales. Avec Beethoven, on change non seulement de siècle et de régime, on change aussi le statut de l'artiste, bref on change tout et rien ne sera plus comme avant.

C'est peu dire que le Quatuor a connu son apogée sous le règne de ce géant : ses 16 opus ont projeté le passé dans un avenir qui n'en a pas encore épuisé les leçons. Quand les meilleures oeuvres de Haydn ou de Mozart faisaient la révérence à leur illustres commanditaires, celles de Beethoven prenaient le parti délibéré de s'adresser à l'humanité entière, dans une langue accessible au mais ne cédant jamais à la facilité. Ils se sont répartis équitablement entre trois grandes périodes créatrices du compositeur, dont les spécialistes s'ingénient à nier l'étanchéité :

- Le jeune Beethoven (30 ans quand même !) était connu, à la Cour de Vienne, pour ses postures résolument rebelles. Cependant les 6 quatuors de l'opus 18, une commande du Prince Lobkowitz (vous rappelez-vous ?), ont encore sacrifié à la mode du bouquet. Voici cet opus 18, interprété par le Quartetto Italiano, actif entre 1945 et 1980, période pendant laquelle il a fait des merveilles, dont celle-ci précisément. Ces 6 oeuvres affirment d'emblée la personnalité indépendante de leur auteur, tout y est en effet plus que charmant : annonciateur des révolutions à venir (n°6, La Malincolia, en 18:10, qui tire définitivement sa révérence au 18èmesiècle).

- Avec les 5 opus suivants, on entre en révolution romantique sans le côté réducteur que cela pourrait impliquer : disons que le compositeur s'y exprime avec force, à la première personne du singulier. Les 3 quatuors de l'opus 59 ont répondu à une commande du Comte russe Andreï Razoumovsky (Beau-frère de Lobkowitz, le monde est petit). Le Comte a été annobli, en 1815, à la faveur de sa défense des intérêts du Tsar Alexandre Ier lors du Congrès de Vienne mais c'est bien grâce à la célèbre dédicace que le nom des Razoumovsky est passé à la postérité, le triomphe de l'Art sur la politique ! Tout est nouveau dans ces trois oeuvres, à commencer par l'étonnante tirade du violoncelle qui entame aussi vigoureusement le n°7 que les violoncelles de l'orchetsre l'avait fait, deux ans auparavant, dans la Symphonie n°3 ("Héroïque"). Mais le mouvement lent du n°8 ou la fugue finale du n°9 sont d'autres moments inoubliables de ce cycle. Ont suivi deux oeuvres isolées le n° 10, opus 74 ("Les Harpes", à cause des pizzicati évocateurs qui animent le premier mouvement) et le n° 11, opus 95 ("Serioso", pour une fois un surnom d'origine), 20 minutes de musique intransigeante et compacte dont on n'entendra un écho que beaucoup plus tard, chez Bartok. Ce n'est pas un hasard si ce fut l'oeuvre choisie par Gustav Mahler pour une tentative d'orchestration pour cordes renforcées à la basse. Rien ne semble apparemment plus difficile, pour un ensemble de 4 musiciens, de réussir à entamer cette oeuvre, sans ménagement certes mais aussi sans sécheresse. Parcourez la toile à le recherche de votre version préférée et ne vous laissez paas distraire par l'éventuelle différence de qualité dans la prise de son; voici sans doute deux bonnes entrées en matière, signées des Quatuors Zemlinsky et de Cleveland, pourtant pas les plus célèbres.

Beethoven ne devait pourtant pas voir ce paiement. Quatuors à cordes de Beethoven En août 1826, la banque de Galitzine lui annonça, après demande, que le prince se trouvait à Koslow, en raison de la guerre – en novembre, suivit alors une lettre d’excuses du prince annonçant sa faillite. Plusieurs tentatives de Beethoven restèrent sans succès, c’est seulement longtemps après sa mort que le fils du prince régla la dette à son neveu Karl en deux paiements (1835 et 1852). Ignaz Schuppanzigh Ignaz Schuppanzigh entreprit, après la séparation du quatuor causée par l’incendie du palais Rasumowksy (en 1816), de nombreux voyages en Allemagne, en Pologne et en Russie, participa peut-être également à des représentations de quatuors à la cour du prince Galitzine et on peut du moins imaginer que cela l’inspira pour le contrat de composition à Beethoven. De retour à Vienne, il créa en 1823 avec Karl Holz (violon), Franz Weiß (alto) et Joseph Linke (violonc

Lettre d'envoi du 2ème quatuor (opus 132)

- Enfin les 5 dernières oeuvres ont presque entièrement occupé la fin de vie du Maître de Bonn. Trois d'entre elles (dans l'ordre de composition, n°12, opus 127, n°15, opus 132 & n°13, opus 130) ont répondu à une commande émanant du Prince russe, Nikolaï Galitzine (1822), et adressée au compositeur ... en français (Les temps ont bien (?) changé !). Celui-ci lui répondit favorablement (dans un français tout aussi acceptable, signant même Louis van Beethoven) et fixant ses honoraires à 50 ducats or pour chaque oeuvre fournie (L'équivalent de 6 mois de salaire moyen d'un fonctionnaire de l'époque. Tout se serait certainement passé comme prévu si Beethoven avait fourni les oeuvres projetées dans des délais rapprochés mais - on le comprend vu la complexité des oeuvres en chantier - il n'en fut rien. En très bref (mais vous pouvez consulter quelques documents d'époque sur le site de la Beethoven Hauss, à Bonn), Galitzine a immédiatement fait transférer 50 ducats provisionnels sur le compte du compositeur qui n'expédia l'oeuvre achevée que 2 ans plus tard. Bon prince (le cas de le dire !), il ne s'opposa pas à ce que le compositeur vende les partitions à l'éditeur de son choix sans s'inquiéter des règles en vigueur qui prévoyaient de conserver au commanditaire une exclusivité pour un temps à négocier. Beethoven livra, en 1825, deux autres quatuors (opus 132 & 130) mais il ne reçut pas le paiement car le prince avait fait faillite entretemps. Malentendus et quiproquos n'ont pas manqué en cette affaire qui ne sera définitivement réglée qu'en 1852, au profit du neveu, Karl van Beethoven !

Le quatuor n°16, plus ramassé se situe déjà un niveau plus bas (Tout est relatif !) tout comme le finale de substitution que des commentateurs bien (mal) intentionnés ont suggéré au compositeur.

Note. Il n'est pas inutile de rappeler, à ce stade, ce qu'il convient d'appeler un modèle de dérive musicale. Contre toutes les règles admises mais en parfaite connaissance de cause, Beethoven a composé le Quatuor n°13 en six mouvements (Adagio ma non troppo, Allegro - Presto - Andante con moto ma non troppo, Poco scherzando - Alla danza tedesca, Allegro assai - Cavatina, Adagio molto espressivo - Grande Fugue) atteignant la durée inhabituelle de 45 minutes. L'oeuvre était incroyablement dense et pour tout dire hors de portée du public de l'époque, singulièrement la colossale fugue finale. L'éditeur Artaria eut l'audace d'insister auprès du compositeur pour que ce finale soit détaché comme oeuvre indépendante et remplacée par un nouveau mouvement plus accessible. Le compositeur n'eut pas la force de résister à cette demande inepte et il (re)composa un finale hors de propos. Toutes les analyses subséquentes (concernant en particulier l'enchaînement harmonique de la cavatine et de la fugue, cfr L'ouvrage de Yvan Mahaim) ont évidemment conforté l'intention initiale du compositeur et, de nos jours, il ne viendrait plus à l'idée d'interprètes sains d'esprit de faire autre chose que restituer l'oeuvre dans sa version originale. L'histoire de la musique a révélé d'autres exemples de ce type, aboutissant généralement à la même conclusion : les artistes véritables se trompent rarement d'intuition et le fait est que toutes les fois que des proches bien intentionnés se sont permis de leur suggérer des révisions, cela s'est mal passé. De nos jours, Boris Godounov ou les Symphonies de Bruckner exigent leurs versions primitives.

Ces oeuvres légendaires ont été analysées sous toutes leurs coutures et plutôt en vain : certes il est possible de relire les partitions mais cela n'aide guère à en percer le mystère qu'elles dégagent et ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Le sommet du genre "Quatuor" a été atteint avec le Quatuor n° 14, opus 131, qui enchaîne ses 7 mouvements sur des bases harmoniques parfaitement calculées (Yvan Mahaim, cardiologue et musicographe et musicien Beethoven : Naissance et renaissance des derniers quatuors paru en 1964). Considérée par le compositeur comme étant définitivement sa meilleure oeuvre, vous la situerez dès lors au sommet du monde de la Musique, sauf si votre religion vous a arrêté à l'Ancien Testament, auquel cas l'Art de la Fugue de Bach devrait en tenir lieu. Ce fut en tous cas l'oeuvre que Franz Schubert voulut entendre cinq jours avant de mourir, prophétisant "Que peut-on encore écrire après cela ?". Aucne réponse effective n'a jamais été apportée à cette question : Schubert (déjà plaisant mais maladroit dans ses 12 adorables quatuors de jeunesse) avait fait très bonne figure dans ses Quatuors n° 13 (un peu) et 14 & 15 (beaucoup) mais l'avenir ne pouvait venir de ce discours ancré dans le romantisme naissant, Beethoven était allé trop loin dans l'abstraction, enjambant précisément ce romantisme et le dépassant de 100 ans.

On a souvent comparé les nombreuses intégrales disponibles au disque sans jamais parvenir à un consensus (Une longue analyse est disponible sur le site du Beethoven Project mais ses conclusion vous laisseront sur votre faim : le Quatuor Busch en sort grand vainqueur, à condition de se satisfaire d'une prise de son telle qu'on pouvait les faire en 1937, cela pourrait être pire. Trente ans plus tard le Quatuor Italiano fait aussi bien la lumière en plus, Lindsay, Prazak, Talich). Quelques quatuors ont fait l'objet d'une transcription pour (orchestre à) cordes et celle de l'opus 132 est particulièrement réussie, la fugue initiale y est déclamée avec une gravité impressionnante.

 

 

Le cheminement romantique.

La disparition de Beethoven a posé de sérieux problèmes aux successeurs désireux de perpétuer le genre du quatuor sans paraître insignifiants. Personne n'a, en fait, véritablement compris le message laissé par le Maître pas même les rares élèves, Ferdinand Ries (1784-1838) (4: n°2) et Carl Czerny (1791-1857) (une vingtaine dont certains ont été enregistrés, chez Capriccio, par le Quatuor Sheridan, mi mineur). On pourrait en dire autant à ce stade les oeuvres d'Anton Reicha (1770-1836) ami de Beethoven dont les oeuvres font l'objet d'une intégrale du Quatuor Kreutzer, disponible en écoute libre, sur le site du label Toccata. Quant à Ludwig Spohr (1784-1859), il fut plus heureux en composition (opus 58) qu'en appréciation de l'oeuvre de son illustre ainé : n'a-t-il pas aggravé son cas en clamant à voix haute que les derniers quatuors de Beethoven étaient non seulement incompéhensibles mais tout simplement horribles ! Son successeur à la Cour de Gotha Andreas Romberg (1767-1821) fit plutôt bien pas mal dans n°1 contemporain de l'opus 18 de Beethoven qu'il a sans doute connu à Bonn. Joseph Wölfl (1773-1812) un temps son rival (opus 30/3, 1805).

C'est Felix Mendelsohn (1809-1847) qui a repris le flambeau de la tradition. Revenant, sagement mais avec un goût très sûr, aux fondamentaux du classicisme, il a écrit 6 oeuvres très équilibrées, saupoudrées d'élans passionnés, juste ce qu'il fallait. Les n°2, n°4 & n°6 ne sonnent-ils pas agréablement ? N'oublions pas la soeur de Félix, Fanny Mendelsohn (1805-1847), et rendons grâce au Quatuor Ebène de nous proposer son Quatuor en mi bémol majeur et tant qu'on rend hommage aux dames, Emilie Mayer (1812-1883) opus 14

Le quatuor s'est fait plus rare encore sous la plume des musiciens romantiques en vue : Robert Schumann (1810-1856), Pyotr Ilyich Tchaikovsky (1840-1893) (n°1) et Johannes Brahms (1833-1897) (n°3) ont limité leur production à 3 opus, tous parfaitement connus des amateurs. J'ai une tendresse particulière pour ceux de Schumann, en particulier le n°1 qui reproduit avec bonheur le climat des "Razoumovsky" (mouvement lent, en 12:50). Dommage qu'Hugo Wolff (1860-1903) ait été frappé par la folie, c'était un des musiciens les plus prometteurs de la génération suivante, toutes ses oeuvres achevées en attestent, dont ce bouleversant quatuor en ré mineur (Vous connaissez peut-être mieux sa Sérénade italienne ou son Intermezzo, écrit pour la même formation). Je suis bien moins enthousiaste envers les 6 quatuors passablement indigestes écrits par Max Reger (1873-1916) dont un n°3 d'une longueur inhabituelle et pas vraiment indispensable.

Bedřich Smetana (1824-1884) a écrit 2 oeuvres (n°1 (1876), le mieux connu, et n°2 (1883)) au parfum tchèque. Le cas d'Antonín Dvořák (1841-1904) est particulier : ses 14 quatuors (parfois étonnamment longs, le n°3 dépasse allègrement l'heure d'écoute !) devraient plaire à un large public. Celui-ci n'a pourtant pas souvent l'occasion d'en entendre la moindre note sauf le célèbre n°12 ("Américain", ainsi nommé parce que le compositeur l'a écrit lors de son séjour aux USA dans le but de montrer un chemin possible d'authentification de la musique du cru alors en pleine recherche identitaire) et dans une mesure moindre le dernier, n°14. Le côté narratif de ces oeuvres a plu à quantité de musiciens étiquetés nationaux qui y ont vu la possibilité de faire valoir la partie la plus noble de leur patrimoine folklorique, en particulier des mélodies populaires et des rythmes dansants caractéristiques. Tous ne sont pas forcément très connus donc c'est l'occasion de les (re)découvrir : David Popper (1843-1913) (opus 74, 1904)

- En Allemagne, impossible de ne pas mentionner en priorité le toujours plaisant, Franz Lachner (1803-1890) dont les 6 quatuors numérotés (plus une oeuvre de jeunesse) sont simples mais de bon goût (n°1). Ils ont été enregistrés par le Quatuor Rodin. La génération suivante réserve d'autres surprises agréables à commencer par Joachim Raff (1822-1882), qui a composé 8 oeuvres de qualité (n°1 (1855) et n°2 (1857) et n°7 (1876)). Max Bruch (1838-1920), si décrié par les puristes, démontre une fois de plus qu'il sait séduire (opus 9, 10 et posth.) etsurtout Heinrich von Herzogenberg (1843-1900) (opus 63, 1889) dont les 5 oeuvres ont été magnifiquement enregistrées par le Quatuor Minguet pour CPO. J'attire encore votre attention sur les euvres de Josef Rheinberger (1839-1901) (n°1, 1876), On redécouvre les 8 quatuors de Bernhard Molique (1802-1869)  (n°7, 1851) pas franchement innovant mais bien écrits. Friedrich Robert Volkmann (1815-1883) (n°5, 1859) le emilleur de ses 6 quatuors!!

- La France a éprouvé quelques difficultés à émerger de la période révolutionnaire. Elle a été aidée, dans un premier temps, par quelques musiciens d'origines étrangères bien implantés en France. Curieusement ils ont tous été liés à Beethoven, d'une manière ou d'une autre. Une fois installé à Paris, à l'âge de 27 ans, Luigi Cherubini (1760-1842), n'a plus quitté la capitale française y exerçant les plus hautes fonctions officielles. Beethoven tint sa musique vocale en haute estime, sans doute davantage que ses 6 Quatuors plutôt académiques. Originaire de Tchéquie, Anton Reicha (1770-1836) a pu s'honorer de l'amitié du Maître qu'il a rencontré sur les bancs de l'Université de Bonn. Il a fini par atterrir à Paris où il a suivi une carrière académique assez semblable à celle de Cherubini sauf que son domaine de prédilection fut la musique pour instruments à vents. Il a pourtant écrit une vingtaine de quatuors aujourd'hui tirés de l'oubli à l'initiative du Quatuor Kreutzer (Enregistrements en écoute libre, merci le label Toccata !). George Onslow (1784-1853) est né à Clermont-Ferrand; son père, issu de l'aristocraie anglaise, a fui l'Angleterre pour éteindre un scandale pour faits de moeurs. On l'a surnommé un peu pompeusement le "Beethoven français", sans doute à cause de ses 36 Quatuors d'excellente facture (n°25), renouant avec la grande tradition viennoise. Berlioz ne fut pas étranger à cette publicité, qui fit déposer une plaque sur la tombe d'Onslow et rédigée ainsi : "Depuis la mort de Beeethoven, il tient le sceptre de la musique instrumentale". Il n'est pas si rare qu'un excès d'enthousiasme soit suivi d'un oubli relatif. Le peintre auvergnat, Edouard Onslow (1830-1904), était le neveu du compositeur.

Le météore espagnol Juan Crisóstomo de Arriaga (1806-1826), surnommé le "Mozart espagnol" (C'était apparemment une manie !) est mort à Paris, lieu de ses études, sans avoir pu confirmer dans la durée l'excellence de ses 3 quatuors (n°1, n°2 et n°3), composés à l'age de 17 ans !

Félicien David (1810-1876) lui est authentiquement français et il a fait partie de ces rares musiciens, avec Onslow, qui ont combattu la mode envahissante du tout-puissant opéra-comique parisien. Il a écrit 4 quatuors (fa mineur (1868), la majeur (1869), ré mineur (1869), sol mineur (1869)) sans chichis mais d'une beauté sans artifice. Voici l'occasion de mentionner Benjamin Godard (1849-1895) scandaleusement réduit à la Berceuse de Jocelyn et qui montre dans ce n°3 (1892) de quel bois il se chauffait.

- En Europe centrale, les 3 quatuors du tchèque Johann Baptist Wenzel Kalliwoda (1801-1866), débordants d'énergie et de passion, sont à découvrir absolument, par exemple dans l'interprétation du Quatuor Talich, un CD (re)paru chez La Dolce Vita. On pourrait presque en dire autant des 3 oeuvres du slovaque, Johann Nepomuk Hummel (1778-1837), enregistré chez Hyperion par le Quatuor Delmé (sol majeur). Les austro-hongrois, Hugo Kauder (1888-1972) (n°4, 1927) et Carl Goldmark (1830-1915) fait plutôt bonne figure dans son opus 8, 1865. Smetana (String Quartet No. 1 in E minor, "From my Life"), George Enescu (1881-1955) (n°1 (1920) !!, n°2 (1952))? Ernő Dohnányi (1877-1960) (n°1 (1899), n°2 (1906), n°3 (1926)), Pavel Haas (1899-1944) (n°1, n°2, n°3 (1938)) , Zdeněk Fibich (n°2, 1878)

- L'estonien Rudolf Tobias (1873-1918) a écrit une oeuvre vigoureuse (n°2, 1902)!!, En Pologne, Philipp Scharwenka (1847-1917) (n°2, 1910). L'école nationale russe a pris son essor au 19ème siècle, sous l'impulsion de Mikhail Glinka (1804-1857) (ré majeur, 1824 et fa majeur, 1829) et beaucoup de mélomanes aiment leurs musiques sauf qu'il faut bienb admettre que le quatuor n'a pas été leur terrain de jeu préféré et c'est d'autant plus étonnant qu'ils prendront leur essor 50 ans plus tard. qui n'a cependant pas particulièrement brillé dans le genre). Ni Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) ne s'y est intéressé que tardivement (sol majeur, 1897) et au bilan ni Serge Taneiev (1856-1915) (9) (n°3 (1899), n°5 (1906)), Reynold Glière (1875-1956) (n°2, 1905), Alexandre Borodine (1833-1887) (n°1 (1879), n°2 (1881)), Anton Arensky (1861-1906) (n°2, 1894)! opus 35 le même qui ont apporté les contibutions leslus significatives. De Nikolai Afanasiev (1821-1898), on ne connait qu'un seul quatuor sentant bon les mélodies populaires russes (La Volga, 1860). Le biélorusso-polonais Stanisław Moniuszko (1819-1872) est largement sousestimé malgré des dons mélodiques naïfs mais évidents dont témoignent ses deux quatuors (n°1, n°2). Le rival fondateur du Conservatoire de Saint Pétersbourg, Anton Rubinstein (1829-1894) a fait mieux dans le genre passionné (n°1 (1850), n°2 (1850))

 

- En Europe du Nord, Franz Berwald (1796-1868) (3 : n°2, 1849), Edvard Grieg (1843-1907) (n°1, 1878), toujours aussi passionné sinon passionnant, Wilhelm Stenhammar (1871-1927) (6) (n°4, 1916), Niels Gade (1817-1890) fut nettement moins à l'aise que dans le genre symphonique (au moins 4, non numérotés : mi mineur, 1877), , Alexander von Zemlinsky (1871-1942) (n°2, 1915), Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) (n°1, 1924, n°2, 1937)

La fin du romantisme ...

Les années 1870-1914 qui ont séparé les deux premiers conflits franco-allemands ont également témoigné de grands bouleversements musicaux où les nationalismes se sont progressivement exacerbés. C'est quasiment un tour complet d'Europe qu'il convient de faire afin de répertorier ce qui s'est écrit de mieux dans le genre. Chacun y a été de "son" quatuor (parfois deux, rarement davantage) auquel il était éventuellement de bon ton de donner un surnom destiné à frapper les imaginations :

- En Europe du Nord, on attendait le finlandais Jean Sibelius (1865-1957) mais celui-ci, peu porté sur la musique de chambre traditionnelle, n'a écrit qu'un seul quatuor (opus 56, "Voces intimae", 1909). L'oeuvre a tendance à se traîner d'où, pour cette fois, je lui préfère celles de son compatriote Erkki Melartin (n°2 (1900), n°4 (1910)) et plus encore de son alter ego danois, Carl Nielsen (1865-1931). Ce dernier est l'auteur de 4 oeuvres d'une grande beauté (s'étalant sur la période 1889-1904), que je vous recommande jouées par le Jeune Quatuor danois. C'est une émanation du fameux Quatuor Danois, dont l'identité des membres a changé tellement de fois que vous devez être vigilant. Ces deux CD (Vol I, Vol II), parus chez DaCapo sont absolument incontournables par l'enthousiasme communicatif qu'ils dégagent, un vrai remède contre la mélancolie ! Ne confondez pas Carl avec Ludolf Nielsen (1876-1939) nettement plus sage mais plaisant. Leur compatriote Louis Glass (1864-1936) est beaucoup moins connu mais son (n°4, 1907) mérite de revivre. Johan Svendsen (1840-1911) a écrit des oeuvres légères mais bien faites (opus 1, 1865)

- En France, à cette époque, on commence par deux immigrés belges, le Maître César Franck (1822-1890) (ré majeur, 1889) suivant, pour une fois, les traces de l'élève surdoué Guillaume Lekeu (1870-1894) (sol majeur, 1888). Henri Vieuxtemps (1820-1881)  (n°2, 1870?) à la bonne humeur communicative, Peu de temps après leurs disparitions, deux oeuvres typiquement françaises ont monopolisé l'attention, l'opus 10 (1893) de Claude Debussy (1862-1918) et le fa majeur (1903) de Maurice Ravel (1875-1937), le moment est venu de ratisser plus large. Gabriel Fauré (1845-1924), d'habitude si à l'aise en musique de chambre où il n'a laissé que des chefs-d'oeuvre n'a abordé le quatuor qu'un an avant sa mort, c'était trop tard pour convaincre un monde en pleine mutation d'autant qu'il n'était plus question pour lui de mettre son style en question (opus 121, 1923). Camille Saint-Saens (1835-1921) (n°1 (1891), n°2 (1897)), Vincent d'Indy (1851-1931) (n°1 (1891), n°2 (1897) et n°3 (1829)), Charles Koechlin (1867-1950) (n°1 (1913), n°2 (1915) et n°3 (1921)), Guy Ropartz (1864-1955) (n°1, 1893) hors de six quatuors à cordes (1893 à 1949) enregistrés chez Timpani par le Quatuor Stanislas, Albert Roussel (1869-1937) (opus 45, 1932), Alberic Magnard (opus 16, 1903), Alexis de Castillon (1838-1873) (n°1, 1867), à ne pas manquer. Ma préférence va cependant aux trois quatuors d'Arthur Honnegger (n°1 (1917), n°2 (1936) et n°3 (1937)), certes sans concession mais parfaitement conçus. Retour en Belgique, avec ces deux autres musiciens de valeur, Joseph Jongen (1873-1953) (n°2, 1916 et, surtout n°3, 1921) et Albert Huybrechts (1899-1938) (n°1, 1924). Théodore Gouvy (1819-1898) a été un compositeur inspiré comme dans ce n°1 dont le finale emprunte clairement sa pulsation au finale de l'opus 132 de Beethoven.

- En Italie, Ottorino Respighi (1879-1936) a écrit 6 oeuvres (non) numérotées dans le plus grand désordre (ré majeur (1907), dorien (1924) excellent), Wolf-Ferrari , Ildebrando Pizzetti (1880-1968), (n°1 (1906), n°2 (1933)) tous deux excellents, Ferruccio Busoni (n°1, 1876 et surtout n°2, 1889). Roffredo Caetani (1871-1961) fut un aristocrate à peine dilettante qui écrivit peu mais bien comme en témoigne ce (n°1, 1888), une oeuvre originale à découvrir. L'espagnol Ruperto Chapi (1851-1909) a écrit une oeuvre singulière dans le finale (n°1, 1903).

- En Europe centrale, Jan Levoslav Bella (1843-1936) fait bonne figure dans ce (n°4, 1887), Vitĕzslav Novák (1870-1949) (n°2, 1904), Franz Schmidt (1874-1939) propose un chef-d'oeuvre avec son (n°1, 1925)

- Aux USA l'émigré franco(de coeur)-allemand Charles Martin Loeffler (1861-1935) (la mineur, 1889), Samuel Barber (1910-1981) est passé à la postérité pour un adagio pour cordes qui est en fait une adaptation du mouvement lent de son Quatuor, (opus 11, 1936)., Alan Hovhaness (1911-2000) a été bien moins prolixe en quatuors (5) qu'en symphonies (67 !) et cela lui a plutôt bien réussi : son attachement aux musiques exotiques fait merveille dans cet excellent n°3 et n°4. Ils ont été enregistrés chez Delos par le Quatuor de Shanghai. Randall Thompson (1899-1984) (lumineux n°2 (1967) ), Howard Hanson (opus 23, 1927)

Bien que né en Suisse Ernest Bloch (1880-1959) a beaucoup voyagé mais l'essentiel des ses 6 quatuors datent de sa période américaine (String Quartet in G (1896) String Quartet No. 1 (1916 Geneva - New York) String Quartet No. 2 (1945 Agate Beach) String Quartet No. 3 (1952 Agate Beach) String Quartet No. 4 (1953 Agate Beach) String Quartet No. 5 (1956 Agate Beach)) Vous lui préférerez sans doute son compatriote, Othmar Schoeck (1886-1957) (n°1 (1913) et surtout le n°2 (1923), une belle surprise), voire le peu connu Volkmar Andreae (1879-1962) (n°1, 1905), Werner Wehrli (1892-1944)  n°2 (1914)

- Joaquín Turina (1882-1949) (opus 4, 1910)

- En Grande-Bretagne, Edward Elgar (1857-1934) (mi mineur, 1889) n'a guère été à la hauteur de son immense réputation : comparez les yeux fermés avec cet autre mi mineur (1902) de sa compatriote, contemporaine et largement méconnue, Ethel Smyth (1858-1944), Ralph Vaughan Williams (1872-1958) (n°1 1909 et surtout n°2 1944) et comparez. Ernest Moeran (1894-1950) excellent dans ce (n°1, 1921). Plus anecdotique, l'écossais Sir John Blackwood McEwen (1868-1948) a écrit 17 quatuors dans une veine populaire qui ma foi tiennent parfaitement la route (n°6). Donald Tovey (1875-1940) (n°1, 1909)

- En Allemagne, Né d'une mère anglaise et d'un père français, Eugen d'Albert (1864-1932) se considérait comme austro-allemand. Si vous ne deviez connaître qu'une seule de ses oeuvres, ce pourrait être ce magnifique Quatuor (n°2, 1893). Hans Pfitzner (1869-1949), Alban Berg (1885-1935) (opus 3, 1910) sa dernière oeuvre sous la tutelle de Schönberg; la Suite lyrique (1925) sera bien différente. Max von Schillings (1868-1933) (mi mineur, 1887) est d'une grande noblesse déclamatoire. Karl Weigl (1881-1949) (n°3), Felix Weingartner (1863-1942) (n°3, 1903), Richard Wetz (1875-1935) (n°1, 1916), Alexander Zemlinsky (1871-1942) (n°1, 1896) le plus avenant des quatre composés

- En Russie, deux musiciens originaires d'Europe occidentale ont parfaitement assimilé l'âme russe : Georgy Catoire (1861-1926) (opus 23, 1913) et Paul Juon (1872-1940) (n°3, 1905), Alexandre Glazounov (1865-1936) a écrit 7 quatuors formellement très au point mais regardant obstinément vers le passé (On raconte que lorsqu'il est mort, à Neuilly, en exil pour raisons de "santé", les gens croyaient qu'il était mort depuis longtemps). Ils ont été enregistrés chez MDG par le Quatuor d'Utrecht (n°7). Mieux connu pour ses oeuvres vocales religieuses, Alexander Gretchaninov (1864-1956) démontre qu'il avait d'autres cordes à son arc (n°4, 1929) !!!. Le polonais Ignatz Waghalter (1881-1949) (opus 3, 1903), Wladyslaw Zelenski (1837-1921)  (n°2, 1891)

Franz Mittler (1893-1970) autre émigré autrichien a fait une belle carrière aux USA mais ce (n°3, 1918) date d'avant l'exil. à découvrir dans le genre classique

 

... et le début de la modernité.

Quelques musiciens ont refusé de prolonger le romantisme finissant. Ils ont au contraire tenté une réaction sans doute ancrée dans leur terre d'origine mais résolument tournée vers d'autres moyens de communication. affranchis Leoš Janáček (1854-1928) n'a guère procédé autrement two string quartets, String Quartet No. 1, "Kreutzer Sonata" (1923), inspired by Leo Tolstoy's novel The Kreutzer Sonata,[16] itself named after Beethoven's Kreutzer Sonata; and his second string quartet, Intimate Letters (1928), Martinu 7

Charles Ives (1874-1954), on y revient sans cesse, a composé deux quatuors dont vous retiendrez surtout le n°2, résolument moderne.

Les classiques du 20ème siècle.

Loin de précipiter le Quatuor dans les oubliettes de l'histoire de la musique, le 20ème siècle lui a assuré une deuxième jeunesse, en particulier au travers de cycles non dénués d'ambitions. Deux oeuvres phares, dues à Arnold Schönberg (1874-1951) et Béla Bartók (1881-1945), ouvrent le siècle nouveau et, curieusement, toutes deux portent le n°1, opus 7. Ce sont des oeuvres accomplies quoique de relative jeunesse : Schönberg n'y a pas encore rompu avec la tonalité (ce ne sera chose faite qu'avec le n°2, opus 10) mais Bartok y est déjà entièrement présent. Un troisième musicien, Dimitri Schostakovitch, complète le podium du 20ème siècle, tout cela vaut un complément d'explications :

- Arnold Schönberg (1874-1951) a publié 5 quatuors tous différents. Le premier qu'on note habituellement n°0 (1897) est encore un exercice d'école comme seuls les génies sont capables d'en produire (supervisé par son professeur et futur beau-frère, Alexander Zemlinsky (1871-1942)). Certes, rien de révolutionnaire dans cette oeuvre mais une assurance qui démontre la maîtrise du compositeur dans le déploiement de ses idées musicales. Développement et contrepoint denses se disputent le quatuor n°1, opus 7. On entre manifestement dans une ère nouvelle et encore ce n'est que le début, l'oeuvre affiche encore une tonalité principale de ré mineur ! Le quatuor n°2, opus 10 (1908), en fa dièse mineur, est moins chargé formellement mais il gagne en intensité expressive d'autant que le compositeur a inséré une voix de soprano dans les deux derniers mouvements (Mouvement IV), ce sera sa seule tentative du genre. Les n°3 et n°4 a été écrit en pleine période dodécaphonique et cependant il montre les libertés que le compositeur aimait prendre avec sa théorie. Ecoutez et réécoutez (surtout) le formidable n°4 (Part I, II, III, IV), le plus libre de tous bien que ses quatre mouvements soient construits sur une même série dodécaphonique (exercez-vous à la repérer au début de chacun). Surtout, ne vous découragez pas, cette oeuvre n'est pas aussi difficile qu'il y paraît et elle est essentielle au 20ème siècle.

- Les 6 quatuors de Bela Bartok (1881-1945), s'étalant sur une période de 30 ans (1909-1939), ont incarné pendant un quart de siècle la "vraie" modernité. Cela reste vrai mais en partage. Cet ensemble a été enregistré un nombre incalculable de fois, sans doute un record en matière de musique moderne. Faire son choix parmi toutes les versions discographiques existantes (Takacs, Tokyo, Emerson, Vegh, ...). ;Une bonne idée consiste peut-être à tester le n°4, sans doute le plus radical. Le voici interprété par le Quatuor Takacs, qui propose un bon équilibre entre douceur et rugosité.

- On a longtemps considéré que le siècle de la modernité était dominé par la radicalité des oeuvres précédentes jusqu'à ce qu'un musicien soviétique démontre qu tout n'avait pas été dit. Dimitri Schostakovitch (1906-1975) a renouvelé le parcours beethovenien consistant à rassembler les auditoires les plus divers en 15 symphonies aujourd'hui devenues classiques et autant de quatuors à peine réservés aux initiés de bonne volonté. Ici aussi trois périodes créatrices regroupant respectivement les n° 1 à 6 (Insouciant n° 3 ou rageur n° 5), puis les quatuors de la période médiane, n° 7 à 10, tour à tour pessimistes, ironiques et détachés enfin les cinq derniers, qui expriment de plus en plus fort la résignation d'un homme qui se sait condamné par la maladie et qui devine qu'il ne terminera pas le cycle des 24 oeuvres projetées, une dans chaque tonalité majeure et mineure. Ces cinq "derniers quatuors" rompent comme chez Beethoven avec la tradiiton des 4 mouvements : ils en comportent de un à sept (6 mouvements lents dans le n°15 !), y insérant des séries de 12 sons dans un cadre globalement tonal. le n° 13 est particulièrement sombre avec son reours à des séries dodécaphoniques énoncées dans un registre pseudo-tonal. Ils ont été enregistrés un assez grand nombre de fois ce qui est remarquable pour un ensemble de cette dimension. Le grand interprète classique est le Quatuor Borodine, ici en concert dans le tube célèbre, n°8. Toutes ces intégrales étant évidemment disponibles en CD vous aurez bien besoin d'une journée pour dégotter la meilleure offre marchande. Voici un début de piste permettant une écoute comparative mais limitée mais elle ne mène pas partout (Je suis en particulier surpris de ne plus trouver trace de l'interprétation très lumineuse du Quatuor Rubio, parue chez Globe, reparue chez Brillant et ... disparue ?). Les quatuors de Schostakovitch comptent parmi les plus joués de par le monde, ils interpellent plus qu'ils ne plaisent ce qui est bien normal, le compositeur ne cherchait pas l'adhésion.

 

On fait de belles découvertes à l'ombre de ces géants; si vous aimez le quatuor à cordes vous trouverez forcément votre bonheur dans l'énumération brièvement commentée qui suit : les compositeurs sont présentés dans l'ordre de leur année de naissance et vous noterez que cela n'implique rien quant a modernisme expérimental de leur production

- Nikolai Miaskovsky (1881-1950) a été un professeur influent au Conservatoire de Moscou, Khachaturian, Kabalevsky, Shebalin, Shchedrin, Lokshin, Tchaikovsky (Boris !) comptèrent parmi ses élèves seul Schostakovitch manque à l'appel resté fidèle à Saint-Petersbourg. Comme compositeur il a été critiqué de l'intérieur pour cause de formalisme pessimiste. A l'extérieur on lui reproche plutôt ses excès 27 symphonies et 13 quatuors (n°7 (1941), n°13 (1950)).

- Gian Francesco Malipiero (1882-1973) a écrit 8 quatuors

- Heitor Villa-Lobos (1887-1959) n'a jamais joui d'une réputation flatteuse auprès des puristes. Stravinsky qui n'était tendre avec personne l'a été moins encore avec lui, allant jusqu'à confesser "Comment se fait-il que chaque fois que j'entends une musique qui ne me plaît pas, il s'avère qu'elle est de Villa-Lobos ?". Sa musique est pourtant sincère et généreuse mais elle sait être ennuyeuse comme dans ce n°10. Le compositeur a en fait trop écrit, imaginant écrire un nouveau quatuor chaque année à partir du n°7 (1942), un rythme qu'il ne respecta pas exactement. Reconnaissons que les choses s'améliorent l'année suivante (n°11) ! Le Quatuor Latinoamericano a enregistré les 17 opus chez Dorian.

- Ernst Toch (1887-1964) a composé 13 quatuors mais les 5 premiers sont perdus (n°6 (1905) dont le premier mouvement est d'une éloquence extraordinaire, n°8 (1909), n°11 (1924), n°12 (1946), n°13 (1953)). Ils ont été enregistrés pour CPO par les Quatuors Verdi et Buchberger et c'est une grande et agréable surprise, à ne pas manquer !

- Darius Milhaud (1892-1974) est à rapprocher de Villa-Lobos à plus d'un titre. Tous deux ont beaucoup écrit et les 18 oeuvres de Milhaud présentent les mêmes avantages d'agrémentaffectés des mêmes inconvénients d'ennui. Le Quatuor Parisii les a enregistrés pour Auvidis (n°1, n°6, n°7). Notez que les quatuors 14 et 15 sont prévus pour être joués ensemble sous la forme d'un octuor à cordes (ici le Quatuor Manfred a rejoint les Parisii) !

- Rued Langgaard (1893-1952) est un de mes compositeurs danois préférés, soyez prévenus, je ne serai sans doute pas objectif ! L'intégrale du Quatuor Nigthingale est disponible chez Da Capo (Vol. 1), elle est supérieure à celle du confidentiel Strygekvartetter (n°4).

- Aloïs Haba (1893-1973) s'est taillé une réputation dans l'exploration des micro tons. Les effets sonores concommittants passent cependant mieux au quatuor qu'il ne pourrait le faire sur un piano nécessairement trafiqué : les violonistes sont habitués depuis toujours à tirer le son variable vers le point souhaité. Haba a écrit 16 quatuors plus (n°4, en quarts de tons, n°16, en cinquièmes de tons) ou moins (n°1) aventureux en tous cas déstabilisants pour l'oreille. Le Quatuor Stamitz s'est investi dans l'enregistrement (chez Baya) de ces oeuvres mais il existe un concurrent direct, précisément le Quatuor Haba (chez Neos), on reste entre compatriotes.

- Paul Hindemith (1895-1963) n'est pas le mieux aimé des compositeurs et pourtant il fut un des maîtres du 20ème siècle. Ses 7 Quatuors (n°1, n°3) ont fait l'objet des plusieurs enregistrements (Quatuor Amar chez Naxos et Danois chez CPO). Ne manquez pas cette oeuvre parfois difficile mais extrêmemnt gratifiante sur le long terme.

- Ernst Krenek (1900-1991) est un peu dans le même cas que Hindemith sauf que vous serez davantage perturbés par une dose croissante d'atonalité, commencez, dès lors, par les petits numéros, en comptant de 1 à 8 (n°1, n°3, n°6). Ils ont été enregistrés par le Quatuor Sonare, chez DG, et Petersen, chez Capriccio.

- Vissarion Chebaline (1902-1963) a écrit 9 quatuors (n°5, n°6, n°7), qui inspirent le respect. Proche de Miaskovsky son écriture est cependant tout à la fois plus intellectuelle et plus claire, ce qui n'est pasplus mal. Le Quatuor Krasni a gravé une intégrale pour Olympia mais je ne promets pas que vous la touverez facilement, l'URSS a été championne de la pénurie et je ne suis pas certain que la Russie actuelle fasse nettement mieux.

- (Dame) Elizabeth (Violet) Maconchy (1907-1994) est une très grande musicienne, d'origine irlandaise. Il est parfaitement scandaleux qu'elle ne soit pas plus connue sauf peut-être précisément pour ses 13 quatuors (n°3, n°11), dont la composition s'est étalée sur un demi-siècle (1933-1984) et qui sont passés dans l'histoire comme sa marque de fabrique. Une intégrale est parue chez Regis et ils s'y sont mis à trois (Quatuors Hanson, Bingham et Mistry).

- Grażyna Bacewicz (1909-1969), autre grande dame de la musique, a écrit 7 quatuors assez fascinants et accrochez-vous : cette dame a réellement quelque chose de différent à dire. Le n°4 a remporté le premier prix au concours de quatuors de Liège en 1951, à une époque où on se souciait vraiment de quatuors dans la Cité ardente. On a longtemps été dépendant de l'enregistrement du Quatuor Amar Corde, paru chez Acte, mais l'offre se diversifie grâce au Quatuor Lutoslawski, chez Naxos.

- Vagn Holmboe (1909-1996), un danois de plus (il y en aura d'autres !), en a écrit au moins 20 (n°1) (car on s'y perd dans les oeuvres de jeunesse non comptabilisées). Le Quatuor Kontra n'a pas fait le détail en les enregistrant tous pour le label DaCapo.

- David Diamond (1915-2005) a écrit 11 quatuors que l'on prend plaisir à écouter sans se soucier d'une esthétique se fichant pas mal de modernité. Ses enregistrements du Quatuor Potomac , oarus chez Albany, ont été analysés et commentés par Steven Honigberg, le violoncelliste fondateur de l'ensemble, dans de courtes présentations (en anglais) disponibles sur Youtube (n°1 mais vous trouverez aisément les suivants). Une vraie découverte, à l'abri des modes.

- Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) a également été présenté sur ce site. Les 17 quatuors (n°1, n°4, n°8, n°10, n°13, n°16, n°17) offrent la partie de son catalogue où l'ombre de Schostakovitch plâne avec insistance, jusqu'à la caricature (Scherzo du n°5, en 11:31). Les enregistrements du Quatuor Danel, parus chez CPO, sont à présent disponibles à petit prix, à vous d'écouter.

- Robert Simpson (1921-1997), britannique de son état, a écrit 15 quatuors enregistrés chez Hyperion, par le Quatuor Delmé. Ce label faisant une chasse impitoyable aux dépôts sauvages sur le WEB, vous devrez vous contenter de miettes (n°7 & 8, n°2 & 5) et tant pis (pour Hyperion, quoi q'il en pense) si cela vous décourage d'explorer davantage, ce qui serait dommage.

- Ben Johnston (1926- ) est un autre musicien à découvrir d'autant qu'il propose 8 quatuors en intonation juste, une trouvaille de sa confection où les sons sont choisis pour leurs rapports (entre) harmoniques allant jusqu'au 13ème quand l'harmonie traditionnelle n'excède guère l'exploration du 5ème (n°2, n°3, n°5, n°9, n°10). L'effet sonore est garanti même s'il ne vous sautera pas aux oreilles que l'intonation corresponde aux attentes de vos pavillons présumés déformés par des années d'écoutes stéréotypées. Si vous êtes déroutés, commencez par le court n°4 qui part au moins d'un hymne reconnaissable, "Amazing Grace", et promettez-moi quand même d'écouter la deuxième partie (à partir de 39:00, superbe coda qui réconcilie tout le monde !). C'est le Quatuor Kepler qui fait le boulot (enregistrements New World).

- Peter Sculthorpe (1929-2014) est un excellent compositeur australien que je vous ferai découvrir lors d'un prochain voyage sur le 5ème continent. Il a composé 18 quatuors dont les 5 premiers sont perdus (Caramba, encore des quatuors perdus ! Les Tintinophiles comprendront). Ils ne sont pas faciles à trouver en tous cas aux antipodes de leur pays d'origine : seuls les n°12, 14, 16 & 18, requérant la participation d'un didgeridu (instrument national, diversement orthographié) sont aisément disponibles sur un double CD enregistré par le Quatuor Del Sol, avec Stephen Kent. Je vous ai quand même trouvé le n°8, par le Quatuor Kronos.

- Per Norgard (1932- ) est un autre compositeur danois que vous avez appris à connaître par ces chroniques. Toujours en vie, on espère que son inspiration ne se tarira pas, l'occasion peut-être d'ajouter quelques opus à un ensemble qui en comporte 10 à ce jour, tous enregistrés chez daCapo par le Quatuor Kroger (n°1, n°6, n°7, n°10 tellement beau !).

- Murray Schafer (1933- ) est une vieille connaissance pour tous ceux qui lisent ces chroniques. Je ne peux que confirmer que les quelques extraits aisément accessibles (n°3, n°10 et n°12) doivent, en principe, vous donner l'envie de découvrir l'intégrale du Quatuor Molinari pour le label ATMA, deux albums indispensables (Quand je dis intégrale, c'est une façon de parler car il semblerait qu'il existe depuis un Quatuor n°13; que fait-on dans ce cas ?

- David Matthews (1943- ) a numéroté 14 Quatuors, à ce jour, et il a omis d'en numéroter quelques autres. Bien que d'esthétique traditionnelle, ce musicien écrit de très belles choses pas faciles à trouver en écoute "libre" (Pour vous convaincre mais j'y reviendrai un de ces jours, écoutez sa Symphonie n°2). Le Quatuor Kreutzer a enregistré ses oeuvres pour le label Capriccio. Il a un frère cadet, Colin (1946- ) moins prolifique mais pas moins intéressant (Voici son dernier opus en date, portant le n°5).

- Wolfgang Rihm (1952- ) a écrit 13 oeuvres (à ce jour) et je demeure perplexe pour ne pas dire dubitatif. Le Quatuor Arditti, au répertoire systématiquement improbable, les enregistre au fur et à mesure et j'ai envie de reprendre à mon compte la phrase de Stravinsky "Comment se fait-il que chaque fois que j'entends un quatuor qui ne me plaît pas, il s'avère qu'il est joué par les Arditi ?".

- Nicolas Bacri (1961- ) 9 quatuors à ce jour (on imagine qu'il ne s'arrêtera pas là) refuse le qualificatif "néo-classique" (toujours pris dans unsens réducteur) : elle est classique tout simplement. Le Quatuor Psophos enregistre ces oeuvres à mesure qu'elles paraissent (n°4) dont ce mouvement introspectif évoque Beethoven.

Cette énumération impressionne tant par son ampleur que par la diversité des styles qui s'y expriment. Elle n'est pas complète, loin s'en faut mais outre qu'il faut bien se limiter : élève de Schönberg, Hilding Rosenberg (1892-1985) a introduit la musique moderne en Suède, opérant cependant une évolution vers plus d'humanité dans ses 12 quatuors : n°1, 1923 à n°12, 1957 , je ne peux personnellement souscrire à l'oeuvre de Peter Maxwell Davies (1934-2016) (10 opus) qui me semble ennuyeuse au-delà du raisonnable.

- Alfred Schnittke (4) - Benjamin Britten (3) - Michael Tippett (1905-1998) (5 : n°1 (1934), n°3, 1946), Bax, William Walton  (1902-1983) (n°2, brillant !)- Akira Nishimura (1953- ), Yuri Falik (1936-2009)

 

Occasionnels : Bohuslav Martinu (1890-1959), pourtant un musicien que j'apprécie, ne m'a jamais convaincu avec ses 7 Quatuors auxquels il manque cette fantaisie légère et débridée qui marque ses meilleures oeuvres (n°5). Vous n'êtes nullement obligés d'être d'accord. Zoltán Kodály (1882-1967) (n°1 (1909) et n°2 (1918)). Serge Prokofiev (1891-1953) fut égal à lui-même dans ses deux quatuors (n°1 (1930) et n°2 (1941)).

Charles Ives (n°1 et n°2) two string quartets, No. 1 (1896) but more importantly the complex No. 2 (1911–13) • Igor Stravinsky's Three Pieces for String Quartet , Leo Brouwer, Leo Spies (1899-1965), Erwin Schulhoff (1894-1942) (n°1), Karol Szymanowski (n°2, nettement plus audacieux), Lukas Foss (1922-2009):(n°3), Leo Brouwer (1939- ) (4), Krenek (n°1), Alberto Ginastera (1916-1983) ((n°1 (1948) qui part à l'abordage et n°2 (1958))String Quartet No.1, Op. 20 (1948), Dimitri Kabalevski (1904-1987), (opus 8 (1928) ! et opus 44 (1945), les modernistes Nikolai Roslavets (1881-1944) (n°1 (1913)) et Alexander Mosolov (1900-1973) encore dans sa période futuriste avant de rentrer opportunément dans les rangs stalinistes (n°1 (1926)).

D'autres cycles de moindre importance ont survécu souvent grâce au concours de jeunes ensembles à la recherche d'un répertoire peu fréquenté, l'occasion pour eux de se faire une place sans avoir à se mesurer aux vedettes. Le CD propose quelques intégrales que vous devez impéraivement écouter avant d'acheter sous peine d'être déçu :

 

Egon Wellesz (1885-1974) Quatuor Artis chez Nimbus, Erwin Schulhoff (1894-1942) (n°1 (1924) et n°2 (1925)), Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) (n°1 (1933) et n°2 (1946), tous deux excellents),

Quelques oeuvres à découvrir Benjamin Frankel (1906-1973) (5 : n°4 (1949)), Boris Blacher (1903-1975) (5 : n°5 (1967)), magistrale !

Marc Blitzstein (1905-1964) (Quatuor Italien (1930)), William Schumann (5), Edmund Rubbra (4), Gloria Coates, Leo Ornstein, Roy Harris (1898-1979) (n°3, 1948), Ian Parrott (1916-2012)??, Robert Starer (1924-2001) (n°3 (1996) démontre qu'il est parfaitement possible d'écrire comme on l'a souvent fait, le quatuor classique n'a pas d'âge.

 

Les isolés : Charles Ives (n°2, pas facile malgré ses collages que vous vous exercerez à identifier mais incontournable !), Kodaly, Sergei Prokofiev (2), Henri Dutilleux's string quartet Ainsi la nuit (1973–76); György Ligeti's two string quartets, especially his Second String Quartet; Ernest Bloch (1880-1959) (n°1, une heure de musique !), Witold Lutoslawki, String Quartet (1965, semi aléatoire), Othmar Schoeck (1886-1957): (n°1, n°1), Boris Tishchenko (1939-2010), 6 (n°3, 1970), Milton Babbitt (n°2) à ranger parmi les sériels (meilleur)

Difficiles voire impropres à la consommation : Alban Berg's String Quartet, Op. 3 and Lyric Suite, later adapted for string orchestra[16] • Anton Webern's 6 Bagatelles for string quartet Op. 9 and his String Quartet Op. 28 •• Elliott Carter's five string quartets • Milton Babbitt's string quartets nos. 2–6 •John Cage's String Quartet in Four Parts • • • • • Helmut Lachenmann (3), Gran Torso (1971/76/88), Reigen seliger Geister (1989) and Grido (2001) • Lorenzo Ferrero's set of twelve string quartets entitled Tempi di quartetto (1996–98); Five Aztec Gods (2005) • • Salvatore Sciarrino (9) , Krzysztof Meyer • • • , Kagel, Witold Lutoslawki, String Quartet (1965, semi aléatoire), Arnold Rosner (194-2013) (n°4, 1972),

Il existe encore un ensemble d'oeuvres que je prends le risque de censurer au risque de mécontenter une très petite fraction d'un ensemble d'auditeurs potentiels qui n'est déjà pas très grand. Brian Ferneyhough (6) Elliott Carter, Ferneyhough, Morton Feldman's String Quartet No. 2 (1983), exceptionally long quartet (four and a half to over five hours depending on performance, although in some performances the audience is not expected to stay for its entirety)[19], Karlheinz Stockhausen's Helikopter-Streichquartett (1992–93), to be played by the four musicians in four helicopters[20] • as well as Grave and Quartettstudie, Livre pour quatuor de Pierre Boulez, Conlon Nancarrow. Passez en revue la discographue du Quatuor Arditi et vous serez fixés, ils les ont fait tous. Webern opus 5, Salvatore Sciarrino 9

Un inconnu qui ne devrait pas l'être : Bernard van Dieren (1887-1936) (n°6), Barbara Heller (geb. 1936)

Les contemporains. , Olivier Greif, Colin Matthews, Kevin Volans, Krzysztof Penderecki, Finissy, John Adams a écrit deux quatuors (n°1 (2008), n°2 (2014)), précédés par une oeuvre préparatoire (respectant la formation mais pas la forme) John's Book of Alleged Dances (1994). Thomas Adès (Arcadiana (1994), The four Quarters (2010)), James MacMillan, Gorecki, Silvestrov

 

Les quatuors improbables.

De tous temps des compositeurs se sont essayés à un genre qui ne leur convenait guère soit qu'il ne faisait pas partie de leur domaine de compétence soit qu'il ne convenait pas à leur esthétique. Gaetano Donizetti (1797-1848) avait très tôt ouvert la voie qui est surtout connu pour avoir écrit la bagatelle de 71 opéras a aussi écrit 18 Quatuors (n° 7 à 18)

Verdi et Charles Gounod (1818-1893) (n°3), Ambroise-Thomas (opus 1, 1833)

Mahler et Bruckner

Le courant minimaliste s'est peu frotté au quatuor, son esthétique étant quasiment en contradiction avec la complexité du genre. C'est particulièrement le cas des 5 quatuors de Michael Nyman qui fourmillent d'idées intéressantes quoique pas toujours très maîtrisées (n°2, 1988). Des 7 oeuvres de Philip Glass, 5 ont été enregistrées, par le célèbre Quatuor Kronos, un album d'où émerge de façon incontestable le n°5 (1991; en 2013 et 2014 sont parues deux nouvelles oeuvres actuellement indisponibles). John Tavener (1944-2013) a fait un sans faute avec ses 3 quatuors planants (haut) : "The last Sleep of the Virgin" , avec clochettes ajoutées, et "The Hidden Treasure" (Tous deux interprétés de magistrale façon par le Quatuor Chilingirian, un enregistrement Virgin). Toutefois il appartient à Terry Riley d'avoir écrit les oeuvres les plus originales (G Song (1980), Cadenza On the Night Plain (1984) et surtout, Salome Dances for Peace (1989, en 23 parties !). Ce sont encore les Kronos qui s'y sont collés avec succès.

Les interprètes.

Il existe une autre histoire du Quatuor à cordes et elle concerne L'appellation "Quatuor à cordes" concerne autant les oeuvres que leurs interprètes. On nomme habituellement ceux-ci du nom du membre fondateur du groupe, souvent - mais pas toujours - le premier Violon. Les 19ème et 20ème siècle ont connus quelques ensembles célèbres

Quatuor Busch, 1942 (Sony)8'9 Quatuor Hongrois, 1953 (EMI)10 Quatuor Italiano, 1965 (ICA Classics)11'12 Quatuor Italiano, 1968 (Philips)13'14 Quatuor Végh, 1974 (Auvidis-Valois)15 Quatuor Lindsay, 1983 (ASV)16 Quatuor Alban Berg, 1979 (EMI)17,18 Quatuor Talich, 1980 (Calliope)19 Quatuor Takács, 2005 (Decca)20 Quatuor de Tokyo, 2010 (Harmonia Mundi)21 Quatuor Artemis, 2011 (Virgin Classics)22 Quatuor Terpsycordes, 2013 (Ambronay)23

Au terme d'un péripme qui aura (provisoirement) duré 250 ans, il ne vous aura pas échappé que si le quatuor à vordes a connu sa naissance, son apogés sans doute insurpassble chez Beethoven, elle a perduré jusqu'à nos jours proposant même une variété de style inconnue à ses débuts, n'est-ce pas plutôt bon signe ? C'est en tous cas une i,nvitation de plus à ne pas négliger les musiques e notre temps.