Tiré de l'oubli : Anton Urspruch.

Difficile d'être plus fidèle à l'esprit de ces chroniques qu'en évoquant la vie et l'oeuvre d'Anton Urspruch (1850-1907), pianiste virtuose, compositeur et pédagogue, tombé dans un oubli étonnant jusqu'à un passé récent.

Sauf quelques infidélités pendant les années de perfectionnement, la vie d'Urspruch s'est largement passée à Francfort, sa ville natale : c'est là qu'il a suivi les leçons d'Ignaz Lachner (1807-1895), alors chef en titre de l'orchestre de cette ville. Après avoir pris des leçons de piano, à Wiesbaden, auprès de Joachim Raff (1822-1882) puis, sur recommandation de ce dernier, auprès du grand Liszt, à Weimar, il revint au bercail à l'invitation du même Raff, nommé Directeur du Conservatoire de Francfort, en 1877. Il invita Urspruch à y intégrer le corps professoral, non seulement dans la classe de piano mais aussi dans celle de composition, c'est dire les espoirs fondés sur lui.

Deux oeuvres majeures, une (la) symphonie et un (le) concerto pour piano, datent de cette époque, toutes deux dédiées à Raff et d'ailleurs imprégnées de son style. Vous avez de la chance, elles sont disponibles à l'écoute :

- La Symphonie, opus 14, dure 50 minutes, ce qui paraîtra beaucoup à certains. C'est pourtant une oeuvre généreuse dans son développement mélodique qui, certes, ne dit rien qu'on ne savait déjà mais qui le (re)dit bien. Ecoutez la sombre et belle introduction et vous saurez d'emblée si vous voulez poursuivre l'écoute.

- Le Concerto (Allegro ma non troppo, Andante, Allegro), opus 9, aux proportions plus raisonnables (41 min tout de même), est de la même veine, avec une longue introduction orchestrale qui entretient l'attente du piano.

Ces deux oeuvres seront sous peu reprises au catalogue cpo, pour le plus grand plaisir des amateurs de (bonne) musique romantique. Dans l'attente, vous pouvez vous procurer son oeuvre pour piano, en cours d'enregistrement chez Genuin, et quelques lieder (opus 6 , 8, 23 & 25), parus chez MDG.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La carrière professorale d'Urspruch bifurqua, à la mort de Raff, lorsque le nouveau directeur, Bernhard Scholz (1835-1916), ardent défenseur de Brahms, congédia les sympathisants de l'école de Weimar (Liszt-Wagner) dont (Raff et) Urspruch faisai(en)t partie. Personne aujourd'hui ne peut comprendre l'objet de ces dissensions d'autant que la musique d'Urspruch (comme celle de Raff d'ailleurs) regardait clairement dans la direction opposée à celle pour laquelle il militait dans son engagement pour une musique de l'avenir ! Quoi qu'il en soit, Urspruch et ses coreligionnaires rejoignirent le tout nouveau et rival Conservatoire Raff, ouvert à Francfort en 1883. Urspruch y acheva sa relativement courte vie, écrivant de plus en plus de musique vocale dont une Messe inachevée ("Lux et Origo") dont quelques extraits furent joués lors de l'inauguration du mémorial Raff érigé au cimetière de Francfort.

Les studios d'enregistrements commencent à peine à s'intéresser à la production d'Urspruch d'ailleurs pas si abondante que cela. Tout ce qu'on demande, c'est qu'on publie :

- Les oeuvres de chambre : les deux Sonates, pour violon (& piano), opus 28, et pour violoncelle (& piano), opus 29, le Trio à clavier, opus 12, et le Quintette à clavier, opus 21, et

- Les oeuvres pour choeur & orchestre, l'Ave Maris Stella, opus 24, Frühlingsfeier, opus 26, et Menschenloos, opus 30.

Parmi deux opéras (curieusement sans numéro d'opus), seul Das Unmöglichste von allem a été édité et d'ailleurs enregistré, chez Naxos, une surprise d'autant plus inattendue que ce n'était pas la priorité absolue.

Quant à Der Sturm, il continue de dormir dans les rayonnages de la bibliothèque de Francfort.

Pour le reste, le peu que nous connaissons de Die heilige Cäcilie, une action en 5 actes, ne nous rend guère impatients d'en entendre davantage.