Billets d'humeur

Textes d'opinions humoristiques souvent satiriques

Un tour du monde de la musique actuelle :
Les Etats Unis d'Amérique.

Voici une chronique particulièrement en phase avec l'esprit qui anime ce site : la musique américaine appartient, en effet, essentiellement aux époques moderne et contemporaine.

La fin de l'hégémonie musicale de l'ex-URSS, au 20ème siècle, ayant pratiquement coïncidé avec l'effondrement du bloc soviétique, les USA se sont positionnés parmi les candidats les plus sérieux à une succession effectivement ouverte lors de la disparition d'Alfred Schnittke, en 1998.

Cette grande nation qui n'avait rien produit d'exceptionnel jusqu'en 1900 s'est patiemment construit un univers musical spécifique, en particulier un répertoire savant souvent métissé de composantes populaires qu'un brassage ethnique sans précédent avait rendu possible. Il n'y a, de fait, pas qu'une musique américaine, il y en a beaucoup qui se sont régulièrement influencées avec plus ou moins de bonheur. Dans ce domaine de la mixité non garantie par le Conservatoire, il y en a pour tous les goûts, chacun jugeant selon sa sensibilité :

  • Meredith Monk et ses recherches sur la voix (Dolmen Music),
  • Louis Harding ou l'art de faire de la bonne musique quand on est à peine musicien (Moondog I, commencez en 17:50),
  • Laurie Anderson ouvrant la voie au minimalisme primordial de Philip Glass (Home of the Brave, commencez en 12:20, O Superman, Big Science ou Landfall en collaboration avec le Quatuor Kronos),
  • Franck Zappa arrangé et dirgé par ... Pierre Boulez (The perfect Stranger),
  • Harold Budd (1936- ) (The White Arcades), chantre des mouvements New Age & ambiant,
  • Duke Ellington sur ses traces ancestrales (Afrique) ou tentant l'improbable mélange des genres (Black, Brown and beige),
  • Le Modern Jazz Quartet (Pyramid) à la recherche de Bach et (mé)contentant tout le monde,
  • Keith Jarrett forçant le respect lors de son mythique Köln Concert autant que dans le monumental opus 87 de Schostakovitch,
  • ... et tant d'autres mais le moment est venu de tout reprendre à zéro.
  • Les Etats-Unis d'Amérique sont le fruit de vagues d'immigrations qui se sont succédées pendant quatre siècles. Autant dire de suite que parmi les musiciens qui seront mentionnés, certains pourraient ne pas se sentir complètement américains. Tous ont cependant été suffisamment marqué par leur terre d'adoption que nous ne ferons pas cette différence qui s'imposerait éventuellement.

    Les natifs américains (améridiens) ont largement disparu sous les coups de la variole et des fusils, deux fléaux importés par les premiers colons essentiellement britanniques. De leur musique il ne sera donc pas question. Ces colons sont venus accompagnés par des centaines de milliers de Noirs déportés contre leur gré et réduits en esclavage. L'histoire de ce trafic honteux ont joué sur les mots "traite" et "esclavagisme" le plus longtemps qu'ils pouvaient afin de retarder l'échéance d'une abolition sans cesse retardée dans les faits. Jouant aussi longtemps que possible sur les mots finissant par les abolir mais les remplaçant par une ségrgégation avouée puis simplement larvée les USa n'ont jamais vraiment réglé leur compte à leurs démons intérieurs. Certes on élit un président noir mais ce faisant on ne fait que rappeler à une autre échelle que ce pays est à plusieurs vitesses et que mieux vaut y appartenir à l'élite. la musique américaine n'a jamais fait autre chose.

    De leur musique il n'est plus guère question. Ils ont été remplacés par même si les réserves ont tendance à se peupler de nouveau forment un grand pays à multiples vitesses. C'est le pays de tous les excès alimentaires, politico-financiers, sociétaux et même culturels, les seuls qui retiendront notre attention et encore dans le domaine musical. C'est aussi le pays de la diversité, conséquence de vagues d'immigrations successives pas toujours parfaitement digérées.

    Les plus pacifiques ont emporté leurs livres de psaumes ou leurs crincrins. La première école de musique de cette Nouvelle Angleterre a donc été alimentée par les chants entendus à l'office religieux. Musique importée ou (ré)inventée par quelques amateurs de qualité tel William Billings (1746-1800) (I am the rose of Sharon) auquel Paul Hillier a consacré un CD particulièrement évocateur, paru chez Harmonia Mundi (Africa). Des communautés hispaniques et françaises ont également introduit leurs répertoires d'origine (Renaissance ibérique Boston Camerata et Baroque de la Nouvelle Orléans (Manuscrit offert, en 1754, au couvent des Ursulines et reprenant des oeuvres de Lully, Desmarets, etc)).

    Anthony Philip Heinrich

    Un personnage tout à fait singulier, Anthony Philip Heinrich (1781-1861), a fait figure de précurseur dans le développement d'une musique instrumentale spécifique. Cet originaire de Bohême avait fait un héritage qui le dispensait de gagner sa vie. Ruiné par les guerres napoléonienne, en 1810, il s'est retrouvé sans le sou sur le sol américain, obligé de rentabiliser ses connaissances musicales, le violon et la direction d'orchestre. Largement autodidacte en composition, il a écrit une oeuvre aux accents nettement beethoveniens (Wildwood Spirits Chant, Toccatina capriciosa) à tel point que des commentateurs enthousiastes le baptisèrent le "Beethoven américain" ! On lui a d'ailleurs attribué l'une des premières exécutions d'une symphonie de Beethoven, sur le territoire américain (la n°1, à Lexington, Kentucky, en 1817) dans des conditions qu'on imagine précaires vu l'absence d'orchestre compétent à cette époque. De même, on lui attribue la première symphonie composée sur le sol américain (vers 1845 et aucun enregistrement disponible). Malgré quelques naïvetés, son oeuvre généreuse mérite probablement de revivre, ce qu'elle fait d'ailleurs occasionnellement Outre-Atlantique (Etonnant Columbiad : Part I, Part II, Part III).

    Anthony Heinrich, who composed in an idiosyncratic, intentionally American style and was the first American composer to write for a symphony orchestra. Many other composers, most famously William Henry Fry and George Frederick Bristow. L'exemple d'Heinrich est demeuré isolé et son successeur, William Henry Fry (1813-1864), n'a guère fait si bien que lui (Symphonies Niagara et Santa Claus) d'où on ne se lamentera pas outre mesure qu'un grand nombre de ses oeuvres aient été perdues.

    Il a fallu attendre la fin de la guerre civile (1865) pour que se développe une activité musicale structurée dans deux directions :

  • Philadelphia and Baltimore
  • De grandes formations orchestrales ont progressivement vu le jour dont le Boston symphony Orchestra, fondé en 1881, et le New York Philharmonic, fondé en 1842 mais réellement professionnel vers 1909, date à lorsqu'il fut pris en main par Gustav Mahler (1909-1911). Elles étaient dirigées la plupart du temps par des chefs germaniques qui assuraient les répétitions d'oeuvres européennes en ... allemand, ce qui ne gênait pas grand monde car l'essentiel des musiciens provenaient eux-mêmes d'Europe centrale !
  • It was John Knowles Paine, however, who became the first American composer to be accepted in Europe. Paine's example inspired the composers of the Second New England School, which included such figures as Amy Beach, Edward MacDowell, and Horatio Parker.[37] Louis Moreau Gottschalk is perhaps the best-remembered American composer of the 19th century, said by music historian Richard Crawford to be known for "bringing indigenous or folk, themes and rhythms into music for the concert hall". Gottschalk's music reflected the cultural mix of his home city, New Orleans, Louisiana, which was home to a variety of Latin, Caribbean, African American, Cajun, and Creole music. He was well acknowledged as a talented pianist in his lifetime, and was also a known composer who remains admired though little performed.[38] . Au rayon composition, John Knowles Paine (1839-1906) (Symphonie n°2), Arthur Foote (1853-1937) (Quatuor n°2), George Chadwick (1854-1931) (Symphonie n°3), Edward Mac Dowell (1860-1908) (Concerto n°2, pour piano), Horatio Parker (1863-1919) (Vathek) et la grande Dame, Amy Beach (1867-1944) (Symphonie Gaélique, Concerto, pour piano) ont constitué la première génération de compositeurs professionnels, Henry Hadley (1871-1937) (Trio à clavier, en sol mineur). Toutefois, la plupart ayant parfait leur formation en Europe, ils se sont contentés de reproduire les schémas compositionnels appris. Or ce que l'Amérique attendait, c'était de vrais Maîtres, affranchis des influences du vieux continent.
  • Dans le but de trouver la voie vers une musique authentiquement américaine, le grand compositeur tchèque, Antonin Dvorak (1841-1904), fut invité à venir diriger le Conservatoire de New-York, de 1892 à 1895, et y tenir la classe de composition. Dvorak s'intéressa particulièrement à la musique noire et il montra l'exemple dans trois oeuvres devenues universellement célèbres, la Symphonie du Nouveau Monde, le Quatuor américain (Accents typiques en 1:36 !) et le Concerto pour violoncelle.

    Les recommandations de Dvorak n'ont cependant jamais vraiment été suivies d'effets et, bien au contraire, le fossé s'est creusé entre les mondes musicaux noir et blanc. Ecartés des conservatoires du fait de préjugés raciaux et de toutes façons peu enclins à réellement étudier les subtilités de l'atonalité telle qu'elle était enseignée, les musiciens noirs ont préféré cultiver l'improvisation qui convenait mieux à leur spontanéité naturelle. Tel fut le cas de Scott Joplin (1868-1917) qui a donné ses lettres de noblesse au style particulier du ragtime (Pineapple Rag). William Grant Still (1874-1954) fut l'exception dont l'oeuvre tente de concilier les points de vue opposés, parfois avec un certain bonheur comme dans les Symphonies n°1 ou n°4. Il sera suivi une génération plus tard par William Levi Dawson (1899-1990), dans un style plus folk et moins jazzy (Negro-Folk Symphony) et actuellement par Wynton Marsalis.

    A l'exception du piano, les musiciens noirs ont privilégié les instruments à vents auxquels le tout nouveau phonographe rendait tellement mieux justice qu'aux orchestres symphoniques. L'amplification électrique cultivée pour elle-même n'eut cependant pas que des effets bénéfiques laissant croire à quantité de musiciens en herbes qu'on pouvait faire de la musique sans même l'avoir sérieusement et académiquement étudiée. L'acoustique en pâtit, amplifiant et trafiquant un son qui cessa d'en être un.

    Note. La propreté du son est une notion qui semble échapper à l'entendement d'un grand nombre de nos contemporains. Il ne leur viendrait pas à l'idée de rester un seul instant assis à la table d'un restaurant qui leur dresserait une table souillée - et je ne parle pas de la qualité de la nourriture qu'on leur servirait - mais c'est ce qu'ils font avec assiduité dans tous les cas où ils écoutent sans broncher un "tube" martelé à la bas(s)e par une sorte de marteau-piqueur au rythme stéréotypé. Une nappe en papier mâché ne ferait pas non plus l'affaire sauf peut-être au "fast-food" mais la c'est l'aliment qui peine. La fréquentation musicale m'a appris la tolérance jusqu'au point où élevé au biberon de l'harmonie ramiste je m'insurge contre des pratiques qui ne se justifient que par l'indigence ou la négligence de leurs auteurs.

    Le jazz a envahi l'Europe et singulièrement la France à la faveur du débarquement de 1917 mais l'engouement parmi les musiciens savants n'a guère duré plus que quelques années, que ce soit chez Ravel (Concerto pour la main gauche, Sonate pour violon & piano), Martinu (Jazz Suite), Schulhoff (Hot Sonate) ou Stravinsky (Ragtime, Ebony Concerto). Passés ces courts instants de communication, chacun s'en est retourné dans son monde : de toutes les musiques d'inspirations populaires, le jazz est sans doute celle qui est restée la plus étrangère à la musique dite classique.

    La première action authentiquement américaine est venue d'un musicien hors du commun, Charles Ives (1874-1954), moderne avant tout le monde, tous continents confondus. L'oeuvre de Ives a été décrite dans une chronique antérieure consacrée au dénommé Groupe des Cinq : toutefois ni Carl Ruggles (1876-1971) ni John Becker (1886-1961) ni Wallingford Riegger (1885-1961) ne lui atteignirent les chevilles, seul Henry Cowell (1897-1965) lui atteignit disons la taille. Pour entendre davantage de musique de Ives (Holiday Symphony) et Cowell (Persian Set), reportez-vous à la chronique mentionnée. Un musicien très différent, Virgil Thomson (1896-1989), a tenté une approche diamétralement opposée, tellement proche de la tradition populaire qu'on la jugée naïve, à la Satie. Elle ne le fut pas tant que cela et sa musique est à écouter (en cachette) : Symphonie n°3, Symphonie sur un Hymne. Son opéra The four Saints (1928), souvent redimensionné en oratorio de concert, l'a rendu célèbre à commencer par le projet unusuel pour l'époque (1934) de le faire créer par des artistes exclusivement noirs. Thomson, attaché à sa conception de la tradition, ne fut pas à un paradoxe près étant l'instigateur d'une rencontre improbable entre le jeune Boulez et le vétéran Stravinsky, en 1952 !

    Marion Bauer (1882-1955) (Concerto pour piano, "American Youth", Sonate n°1 pourr flûte, violoncelle & piano)

    Les grands classiques ...

    Trois compositeurs, Harris, Copland et Barber, ont incarné le classicisme américain qui avait tant fait défaut au siècle précédent :

  • Roy Harris (1898-1979), d'origine anglo-gallo-écossaise !, a écrit 13 symphonies particulièrement dignes d'intérêt (n°4, n°8, n°11). Aucune autre symphonie américaine n'a été davantage jouée que la n°3.
  • Aaron Copland (1900-1990), d'origine lithuanienne, est sans doute le mieux connu de tous. Il a fait fortune avec quelques oeuvres pourtant mineures qui ont tôt fait le tour du monde en évoquant les plaines du Far-West (Rodeo, Billy the Kid, Appalachian Spring). Copland a cependant écrit beaucoup d'oeuvres ambitieuses (Symphonie n°3, Symphonie avec orgue) voire nettement plus difficiles, en particulier pour piano solo (Fantaisie, Sonate). On le réduit souvent à quelques ballets à grand succès mais c'est oublier un pan entier de son oeuvre nettement plus radical (Inscape, Connotations).
  • Samuel Barber (1910-1981) fut plus conservateur et peut-être à cause de cela le mieux apprécié de la critique locale. Rappelez-vous qu'il n'a évidemment pas écrit que le fameux Adagio pour (Quatuor à) cordes qu'on se croit obligé de jouer à chaque enterrement officiel et écoutez au moins une fois dans votre vie le Quatuor complet ! Passez ensuite aux Symphonies (n°1, et surtout n°2) mais personnellement, je préfère les Trois Essais pour orchestre (n°1, n°2, n°3).
  • Si ces trois artistes ont connu l'honneur de la vitrine principale, la musique américaine (surtout symphonique) a proposé beaucoup d'autres oeuvres de valeur en magasin. La plupart ont écrit comme si Ives n'avait jamais existé, en particulier des symphonies en pagaille non dénuées d'intérêt pour autant. Parmi ces symphonistes made in USA, épinglons : Walter Piston (1894-1976) (8 opus : n°3, n°4, n°6), Robert Russell Bennett (1894-1981) (8 : n°7) (à ne pas confondre avec le nettement plus sérieux Richard Rodney Bennett, compositeur britannique (1936 -2012)), Howard Hanson (1896-1981) (7 : n°1, n°3), Roger Sessions (1896-1985) (9 : n°3, n°4, n°8), William Schumann (1910-1992) (10 : n°3, n°8, n°10), David Diamond (1915-2005) (11 : n°3, n°5, n°8), le record étant détenu par Allan Hovhaness (1911-2000) (67 ! : n°2, n°48, n°53, n°63 et beaucoup d'autres à découvrir sur la Toile, du moins si vous êtes collectionneur car sans réelle surprise toutes ces oeuvres en mode apaisé se ressemblent).

    A l'exception notable de Barber, un grand nombre de ces musiciens sont passés par l'enseignement de Nadia Boulanger, au Conservatoire américain de Fontainebleau (1921-1979), une tradition qui restera d'actualité lors des études de Philip Glass, en 1966 !

    Quelques immigrés célèbres.

    D'abord terre d'immigration, l'Amérique du Nord s'est transformée en terre d'asile pour toutes sortes de communautés dont deux vagues d'immigrations juives en provenance d'Europe centrale (Allemagne, Autriche, Hongrie) et de l'Est (Pologne, Russie) qui feront sa fortune (et la leur).

    Edgar Varèse (1883-1965) fut un cas isolé : ingénieur de formation, ce français chercha toute sa vie (et tous azimuts) la reconnaissance de ses dons de musiciens d'avant-garde. Il la trouva aux USA (à partir de 1915) lui rendant hommage dans une de ses oeuvres fétiches, Amériques (1921), un écho évident au Sacre de Stravinsky.

    Ernest Bloch (1880-1959) est habituellement considéré comme musicien suisse a franchi l'Atlantique en 1916. Ce qui ne devait être que provisoire a duré malgré une décennie européenne pendant les années 1930. Lui aussi y est allé d'un hommage vibrant, la Rhapsodie America (1921).

    La génération suivante s'est partagée entre quelques nouveaux immigrés Leo Ornstein (1893-2002), Ernst Toch (1887-1964) : ses 7 symphonies datent toutes de sa période américaine, la plus connue étant la 3ème qui remporta le Prix Pullitzer, en 1956.

    Stefan Wolpe (1902-1972) dont on a souvent américanisé le prénom en Stephen est né à Berlin mais sont statut de juif communiste militant ne lui laissait guère de chance d'y survivre. Il débarqua à New-York en 1938 au terme d'un périple qui l'avait fait transiter par la Palestine où son enseignement atonal ne fut guère apprécié. On découvre cependant de belles oeuvres dans son catalogue (Sonate, pour violon & piano, Passacaglia, d'un modernisme de bon aloi). Attention cependant le compositeur fut versatile et toute oeuvre choisie au hasard risque de vous déconcerter, toujours un handicap en musique !

    Kurt Weill (1900-1950) lui aussi juif communiste possédait une formation très complète qu'il n'a pas systémùatiquement cherché à exploiter se laissant régulièrement tenter par le théâtre de rue. Ses dernières oeuvres Street Scenes et Lost in the Stars tentent l'improbable réconciliation entre Broadway et l'opéra. Elles font regretter la période allemande du compositeur (Concerto, pour violon et orchestre d'harmonie).

    Légèreté.

    Ferde Grofé (1892-1972) (Grand Canyon, Metropolis), Morton Gould (1913-1996) (Spirituals), Paul Schoenfield (1947- ) allie musique populaire (d'inspiration Klezmer) (Vaudeville, Cafe Music) débouchant sur ce Trio pour clarinette, violon & piano, Leroy Anderson

    Exotiques.

    J'ai regroupé ici quelques musiciens ayant éprouvé le besoin de se frotter à une culture différente de la leur, le cas échéant en émigrant dans le pays de leur choix. Conlon Nancarrow (1912-1997) (Pièce n°2, pour petit orchestre Quatuor n°3) a passé l'essentiel de son existence au Mexique. Lou Harrisson (1917-2003) ne fut pas un grand génie de la musique mais il a toujours été aimable avec ses auditeurs, les faisant voyager dans le temps (6 Sonates pour clavecin) ou dans l'espace (javanais) (Trio varié, Suite, pour violon & gamelan américain, Concerto, pour pipa et cordes).

    Broadway.

    "Broadway" est un nom générique désignant, depuis plus d'un siècle, un ensemble de théâtres musicaux situés dans le district de Manhattan. Broadway a célébré l'opérette avant qu'apparaisse le genre plus commercial de la comédie musicale. Deux artistes ont particulièrement incarné cette transition :

  • L'Irlandais de naissance (mais formé en Allemagne) Victor Herbert (1859-1924) était parti pour une carrière fulgurante de violoncelliste-compositeur (Concerto n°2). On ne peut que regretter que dès son arrivée aux USA, à l'âge de 27 ans, il se soit cantonné dans le genre mineur de l'opérette. Le remarquable poème symphonique Hero and Leander, daté de 1901, témoigne qu'il aurait pu nourri de plus grandes ambitions. Herbert a contribué à la fondation de l'American Society of Composers, Authors, and Publishers (ASCAP).
  • La comédie musicale fut un apport à une culture parallèle à laquelle Jérôme Kern (1885-1945) donna ses première lettres de noblesse, dans Show Boat, l'une des premières comédies musicales (1927), d'une durée à peine croyable (30 numéros, dont un tube universel, Ol'Man River, répartis initialement sur 4h30min mais, rassurez-vous, actuellement on coupe !). Le genre connut d'autres heures de gloire sous l'ère de Georges Gershwin (1898-1937) (Girl Crazy) et s'est largement internationalisé, ouvrant ses portes à l'anglais Andrew Lloyd Webber (Cats, Evita, ...). Gershwin était incontestablement doué pour écrire des oeuvres autrement ambitieuses que Porgy and Bess (Concerto en Fa et, pour changer, une Rhapsodie qui n'est pas "In Blue") mais il comprit vite qu'il y avait plus à gagner à Broadway qu'au Metropolitan Opera ou au Carnegie Hall.
  • Parmi tous les compositeurs qui ont alimenté la scène de Broadway, il en est un qui ne lui a pas vendu son âme. Leonard Bernstein a pourtant été régulièrement à l'affiche : A quiet Place, Trouble in Tahiti, l'emblématique West Side Sory (ici au Festival de Salzbourg !) et surtout l'incontournable Candide auraient suffi pour le combler d'honneurs. Pas tout à fait un grand opéra malgré l'ambition du sujet, directement emprunté à Voltaire, mais bien davantage qu'une simple opérette, Candide a réussi l'exploit de captiver tous les auditoires sans jamais frimer ni lasser.

    Mais à côté de ces réussites médiatiques, Bernstein a cultivé bien d'autres genres avec un succès égal : compositeur sérieux dans ses 3 symphonies (n°1, n°2, n°3) ou sa célèbre Sérénade pour violon & orchestre, chef parfois cabotin mais essentiel dans Mahler comme dans Sibelius et pédagogue hors-pair, l'homme Bernstein (originaire d'Ukraine !) s'est imposé comme l'un des musiciens les plus essentiels du 20ème siècle. Parmi la centaine d'enregistrements qu'il a effectués, je garde une préférence particulière pour celui qui regroupe trois oeuvres aussi précieuses que rares, Tattoo de David Del Tredici, le Concerto pour violon de Ned Rorem et Jubilee Games, son propre Concerto pour orchestre, si rarement joué. Mass (commence en 8:25), une commande pour l'inauguration du Kennedy Center de New-York, est une oeuvre magistrale à vivre au concert (c'est hélas trop rare !); elle parcourt tous les registres de l'émotion, du recueillement à l'explosion d'une joie simplement populaire (en 55:00).

    Le Groupe de Boston.

    Bernstein a fait partie du Groupe de Boston constitué sous la protection de Serge Koussevitzky, un personnage particulièrement actif dans le monde musical de l'époque. En faisaient également partie trois musiciens de grande valeur que je recommande chaudement, Irving Fine (1914-1962), Harold Shapero (1920-2013) et Lukas Foss (1922-2009) :

  • Fine a commencé par écrire sa musique dans la mouvance stravinskienne (Toccata concertante) avant de glisser vers davantage de complexité à la faveur de la découverte de l'univers schönbergien. Sa Symphonie en trois mouvements promettait énormément pour l'avenir hélas elle ne fut qu'un aboutissement parfait mais sans lendemain : disparu prématurément, Fine a laissé inachevés un opéra et un concerto pour violon.
  • Shapero a bâti sa réputation sur une oeuvre d'ailleurs somptueuse, la Symphonie pour orchestre classique (comprenez, l'orchestre en vigueur vers 1800). Le reste de sa production n'est cependant pas moins intéressante (Sonate n°3, Sonate en Fa, pour piano) au point que ce musicien figure parmi ceux que je préfère Outre-Atlantique, une forte dose de néo-classicisme, certes, mais de haute tenue.
  • La famille Fuchs a quitté l'Allemagne en 1937 pour s'installer à Philadelphie, y prenant le nom de Foss. Foss a écrit dans tous les styles du plus traditionnel (Three American Pieces, Capriccio) au plus hardi (Quatuor n°3, Geod). L'amateur désorienté par ce musicien versatile a intérêt à commencer par quelques pièces évoquant un passé plus ou moins lointain mais dans un style modernisé (Baroque Variations, Concerto Renaissance, pour flûte, Troubadour, pour guitare). Les fans de John Lennon seront sans doute heureux d'apprendre que Foss a commémoré sa mémoire dans Nigth Music. Foss n'est malheureusement pas suffisamment pris au sérieux d'où la difficulté de trouver des enregistrements récents respectueux des exigences acoustiques actuelles.
  • Hollywood.

    Significant American composers of film music include Erich Wolfgang Korngold, Bernard Herrmann, James Horner, James Newton Howard, Randy Newman, Michael Giacchino, Danny Elfman, Alan Silvestri, Jerry Goldsmith, and John Williams

    Les studios d'Hollywood ont constitué un autre lieu d'attraction pour beaucoup de musiciens démunis, chassés d'Europe par des régimes répressifs. Wolfgang Erich Korngold (1897-1957) (Robin des Bois, ne souriez pas, amusez-vous plutôt à retrouver les clins d'yeux à Mahler et consorts) et Bernard Hermann (1911-1975) (Vertigo, superbe !) furent parmi les meilleurs, à une époque où il était encore envisageable pour un musicien d'imposer ses normes d'excellence au montage avant que ce soit définitivement l'inverse. De ce point de vue, l'un et l'autre ont fait de l'excellent travail sans compromettre la qualité de leurs compositions non destinées au cinéma. Que le public et surtout la critique européenne ne les aient pas suivis dans cette deuxième voie ne change rien à l'affaire qu'ils furent l'un et l'autre grands musiciens en-dehors de toute modernité, ce qu'on leur a reproché. D'autres musiciens de moindre importance n'ont pas moins bien réussi à l'écran : Ernst Toch (1887-1964), Karol Rathaus (1895-1954), Miklos Rozsa (1907-1995) (Ben-Hur c'est lui, enfin la musique est de lui !), Franz Waxman (1906-1967) et Scott Bradley (1891-1977) (Tom et Jerry, c'est lui, saviez-vous que certaines bandes-sons des années 1945 sont dodécaphoniques ?). Il est clair que le domaine de la musique de film est un genre à part d'où je me réserve de le passer en revue dans une chronique ultérieure consacrée aux couples célèbres Réalisateurs/Compositeurs. Deux stars seront simplement évoquées :

  • John Williams (1932- ) - ne confondez pas avec le tout aussi célèbre guitariste australien - mérite assurément une mention à part du fait de sa double casquette parfaitement portée : connu des cinéphiles pour ses nombresues bandes à succès (Jurassic Park, Star Wars), il est également appréciable pour ses oeuvres savantes dont une panoplie de concertos pour les instruments les plus divers (Concertos pour violon, violoncelle, trompette, cor, alto, flûte et même ... tuba !).
  • James Horner (1953-2015) a toujours regretté de ne pouvoir étaler ses dons évidents en salle de concert. Sa disparition prématurée ne lui a pas permis de poursuivre l'expérience menée récemment dans l'écriture d'un concerto pour violon & violoncelle (Pas de Deux, 2ème mouvement : Arabesque, qui démarre un peu trop audiblement à mon goût aux accents de la Symphonie n°3 de Gorecki).
  • Arnold Schönberg (1874-1951) et Igor Stravinsky (1882-1971), eux aussi débarqués d'Europe (en 1933 et 1940 respectivement), auraient volontiers participé àl'entreprise, d'autant qu'ils étaient amateurs de cinéma et qu'ils résidaient à Los Angeles. Cependant aucun n'a conclu de contrat avec les producteurs. Davantage que leurs exigences financières, c'est le droit de regard qu'ils comptaient exercer et les délais demandés qui ont fait capoter les négociations. Au bilan seuls les dinosaures de Fantasia ont dansé pendant quelques minutes sur le Sacre du Printemps, ce qui a quand même rapporté 6000 $ à son auteur, versés par les studios Disney !

    Electrons libres.

    Marcus Samuel Blitzstein (1905-1964) se situe à l'intersection de tous les courants, passant de l'un à l'autre avec une facilité déconcertante qui a indisposé plus d'un observateur : musicien doué mais difficilement classable, il a touché à tous les genres, la mélodie (Zypperfly), le piano moderne (Sonate, Piano percussion music), la musique de chambre (Sérénade, pour Quatuor ou Quatuor italien, à ne pas manquer !), en contraste total avec ses comédies musicales un brin débraillées (The Cradle will Rock, Juno), voire l'opéra plus ambitieux (Regina, Quatuor de la Pluie).

    George Antheil (1900-1959) fut de ceux-là, reportez-vous à la chronique dédicacée. George Crumb.

    Complexité ...

    D'autres n'ont fait que mettre en pratique l'enseignement de certaines Universités américaines où la musique s'est révélée un sujet d'études théoriques - complexité sonore, mouvement (post)-sériel, électro-acoustique - en marge de la pratique classique que l'on imagine dans les Conservatoires de types européens. Cet enseignement a formé des générations de musiciens qui l'ont digéré avec des bonheurs divers. Trois élèves disciplinés se sont particulièrement distingués :

  • Elliot Carter (1908-2012), commenté par ailleurs, fut le plus éclectique et sans doute le plus valeureux. Bien après sa Symphonie n°1, une oeuvre de jeunesse (1942) dans la mouvance de Copland et Harris, voici - 50 ans plus tard ! - son vrai visage symphonqie du moins celui qu'il a désiré afficher dans sa Symphonia "Sum fluxae pretium spei". Voici encore son Concerto pour orchestre dirigé par un admirateur de toujours, Pierre Boulez. Si vous êtes dubitatifs, passez au point suivant.
  • Mon petit doigt me dit que vous pourriez accrocher davantage à certaines oeuvres bien choisies de Milton Babbitt (1916-2011); en voici deux : Quatuor n°2 et All Set for Jazz Ensemble. Enfin Charles Wuorinen (1938- ) (Concerto n°3, pour piano) me semble à mi-chemin entre les deux précédents.
  • Ben(jamin) Johnston (1926- ) s'est spécialisé dans la musique microtonale (démultiplication des notes fractionnnant les demi-tons usuels) en intonation juste basée sur le respect d'harmoniques éloignés. l'émotion qui se dégage de cette musique extrêmement calculée est surprenante. Ses 10 Quatuors à cordes (n°4, n°6, n°10) sont déroutants mais fameux tout comme ses Suites pour piano microtonal (Blues). Johnston fait partie de ces musiciens complètement originaux qui vous changent la vie d'un mélomane blasé.
  • ... et réaction consonante.

    L'académisme universitaire américain a fini par provoquer davantage de révoltes que d'adhésions. Conscients du danger qu'il y aurait eu à se couper des musiques "ambiantes" un grand nombre de compositeurs savants ont vu l'opportunité de sauter dans un train en marche et tant pis pour le milieu académique qui les avait formés. Ces musiques populaires, au sens premier, étaient d'ordres divers et il ne leur manquait au fond qu'une rigueur compositionnelle doublée d'une culture du son propre.

    Quelques courants alternatifs (!) ont suscité l'intérêt de savants rebelles :

    Portés sur l'électronique ou les percussions Harry Partch (1901-1974) (The Bewitched, And on the Seventh Day Petals fell in Petaluma), William Kraft (1923- ), John Luther Adams (1953- ) (Dark Waves)

  • L'électro Robert Ashley, Morton Subotnik, William Basinski, Terry Riley (Persian Surgery Dervishes)
  • Le mouvement "ambiant" est issu de l'ivresse contemplative que procure la musique planante et/ou répétitive. Il en a existé beaucoup de sortes (Harold Budd) mais pour les raisons exposées dans la note ci-dessus je m'en tiendrai à celle composée par Ingram Marshall (1942- ), un artiste distingué (Fog Tropes, Gradual Requiem). John Adams a loué sa démarche et John Luther Adams (aucun rapport avec le précédent !) lui a emboîté le pas. Nature & ambiant John Luther Adams (1953- ) (Sonbirdsong)
  • Le mouvement "pop & performance" s'est mis à la recherche d'une culture populaire expérimentale, a priori en marge des circuits commerciaux. Laurie Anderson (mariée à Lou Reed) a compté parmi les leaders d'un mouvement dont les innovations à la scène ont clairement visité Philip Glass à ses débuts les plus entreprenants.
  • Le mouvement naïf qui avait connu ses premiers succès, en France, à l'époque d'Eric Satie, a resurgi avec de nouvelles ambitions entretenues à l'extrême par John Cage.
  • et il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de l'émergence d'une réaction de simplification radicale qui est née avec le mouvement minimaliste. Sous la poussée du mélange des genres inconcevable de ce côté de l'Atlantique un courant minimaliste est né en qui certains auraient vu une régression absolue mais qui dans un pays où tout est plus facilement possible a permis une rééclosion salutaire. Un grand nombre d'artistes alternatifs ("underground") ont joué un rôle utile dans cette entreprise de dépoussiérage : John Cale et Laurie Anderson. Terry Riley.

    Toutefois la vraie révolution fut celle du minimalisme, une tentative a priori improbable mais qui s'est révélée doublement profitable : pour la somme d'oeuvres intéressantes qu'il a générées et pour l'issue à une situation de blocage générée par le mouvement sériel originaire d'Europe. Plusieurs compositeurs avaient tenté isolément de sortir de l'impasse que représentait l'hyper-complexification de la musique d'après-guerre.

    Un raccourci de l'histoire du mouvement minimaliste a été présenté par ailleurs. Rappelons que si Terry Riley a fait figure de précurseur le mouvement a vraiment pris de l'ampleur grâce à Steve Reich et Philip Glass. Les actes fondateurs du mouvement pourraient bien être Music for 18 musicians, de Reich, et peut-être surtout l'extraordinaire Music in 12 Parts, de Glass (C'est long, vous êtes perdu alors commencez par la Partie VI, en 1:31:14). Le mouvement s'est progressivement "humanisé" surtout dans le chef de Glass et d'autres musiciens de moindre importance ont sauté dans le train en marche dont Robert Moeran et

    réaction au sérialisme :

    L'âge d'or retrouvé, le temps d'une génération.

    Alors que l'Europe sortait épuisée de la guerre bien décidée à complexifier le langage musicale afin d'être certain que plus personne n'y prendrait le moindre plaisir, l'Amérique a choisi de forger davantage le classicisme qu'elle venait à peine de découvrir. Cette génération a conféré toute sa crédibilité à ce qu'on pourrait justement la musique classique américaine. George Rochberg (1918-2005), présenté par ailleurs, en fut l'incontestable chef de file. Leon Kirchner (1919-2009) (Concerto n°1, pour piano), Ned Rorem (1923- ) (Concerto, pour violon), Dominick Argento (born 1927), André Previn (born 1929), John Corigliano (born 1938), William Bolcom (1938- ) est l'exemple parfait du compositeur capable de brouiller les pistes (Concerto, pour violon, The Garden of Eden, pour deux pianos (Part 3 : The Serpent's Kiss)), Joseph Schwantner (born 1943) (Aftertones of Infinity) atmosphérique, Christopher Rouse (born 1949) (Symphonie n°4), Steven Stucky (1949-2016) (Symphonie), Thobias Picker (1954- ) (Symphonie n°1), George Tsontakis (born 1951), Aaron Jay Kernis (born 1960), Edgar Meyer (born 1960)

    Del Tredici, Rzewski, Searle, Corigliano, Adamo, Rouse, Tower, Harbison, Lieberson, Adams

    Nouvelle simplicité.

    Le mouvement minimaliste a donné naissance au courant de la nouvelle simplicité inondant autant le vieux que le nouveau continent. Il a charrié le meilleur et le moins bon, fut une bénédiction pour toutes sortes de musiciens qui n'étaient pas dépourvus d'inspiration mais qui ne voulaient pas (ou ne pouvaient pas) la parer d'un langage complexe. Comme cela s'est passé en Europe la composante religieuse n'est pas absente. Robert Moeran David Lang, Richard Einhorn Voices of Light, Robert Kyr (1952- )

    Cette nouvelle simplicité made in USA a emprunté plusieurs chemins de traverse : Un bel enregistrement paru chez Harmonia Mundi a couronné l'oeuvre de David Lang (1957- ) : le Theatre of Voices de Paul Hillier joint à l'Ars Nova de Copenhagen ont enregistré The little match Girl Passion, un mixage du conte d'Andersen avec des textes issus de la Passion (St Mathieu). La beauté des voix sauve cette oeuvre de la monotonie que d'aucuns jugeraient inhérente au genre.

    L'industrie phonographique a connu ses premiers développements aux USA, y créant quelques ravages pas précisément ceux redoutés d'emblée. Comme à chaque fois que la technique invente un procédé de diffusion inédit on agite le spectre de la fin du monde musical, de la pratique instrumentale ou de l'indistrie du concert. Bien entendu rien de tout cela ne s'est jamais produit l'enregistrement ne pouvant favoriser que le band populaire mais fort peu le grand orchestre symphonique.

  • L'immigration primordiale
  • Le 20ème siècle fut le témoin d'une déferlante consécutive aux désordres qui ont secoué la vieielle Europe. a déferlante des juifs russophones consécutive à la première révolution de 1905. Copland, Rochberg, Gershwin, Bernstein et Glass eurent beau être nés sur le sol américain ils n'en furent pas moins les descendants directs d'exilés en provenance de Russie. On ne peut manquer de faire remarquer ce que la grandeur de l'Amérique doit aux ressortissants russes qu'ils assimileront bientôt aux suppôts du Diable.
  • Les immigrés tardifs (1920-1945) ont fui la deuxième révolution russe (1917) ou l'avènement du national-socialisme (1933). Cette vague impressionnante portant des artistes aussi différents que pouvaient l'être Rachmaninov, Prokofiev, Ornstein, Korngold, Varèse, Stravinsky, Bartok, Milhaud, Hindemith, Krenek, Schönberg, Eisler, etc, a amusé les américains qui avaient jusque là supporté d'entendre que leur grand pays était un désert musical régenté par les pouvoirs du dollar.
  • Une chose est certaine cependant, la plupart sinon tous ont transité par le Conservatoire américain de Fontainebleau fondé après la première guerre mondiale dans la foulée de l'occupation américaine. Avec ses 1200 élèves, la liste des compositeurs américains qui sont passés par l'enseignement de Mademoiselle Nadia Boulanger est substantiellle (Elliott Carter, Aaron Copland, Virgil Thomson, Roy Harris, Marc Blitzstein, George Gershwin, Philip Glass, Walter Piston, ...).

    Les côtes Est et Ouest ont donné naissance aux écoles de New-York et de Los Angeles.

    Son paradoxe est de mêler le meilleur au pire en étant certain de toujours bien faire.

    A la recherche d'une tradition.

    Les USA sont un grand pays, par la taille, par le nombre et surtout la diversité culturelle de ses habitants. Une immigration volontaire (des irlandais fuyant la misère) ou imposée (des esclaves) l'a alimenté pendant plusieurs siècles, aux dépens des populations indigènes.

    Beaucoup d'immigrants ont emporté leur instrument de musique favori du luth africain (le futur banjo) au fiddle irlandais (violon). Les musiques populaires ont joué un rôle important dans la construction de la musique savante américaine. Elles furent de provenance multiples quoique peu tributrices de la culture indienne :

  • La musique irlandaise a naturellement fait partie des bagages des quelques 100000??? immigrants de la première heure. La Grande Bretagne regroupe traditionnellement 4 nations, l'Angleterre; l'Irlande du Nord, le Pays de Galle et l'Ecosse. La gaélique et catholique Irlande (du Sud) n'en fait plus partie depuis 1921, ce qui n'a pas empêché des discordes violentes jusqu'à un passé récent. Elle ne sera pas évoquée ici : la musique populaire irlandaise est fameuse mais c'est essentiellement aux Etats-Unis, terre d'accueil de tant d'irlandais désespérés, qu'elle s'est construite un avenir savant donc c'est là que nous la rejoindrons, lors d'un prochain voyage au pays de l'Oncle Sam.
  • Les esclaves noirs ont fait de même. L'univers du jazz est différent du domaine classique et les ponts ont été rares entre les deux. La différence essentielle tient en deux points qui tournent autour du rapport entre l'écriture et l'interpétaztion. Le jazz privilégie clairement l'interprète lui accordant une liberté d'expression jusque dans l'improvisation que le classique lui refuse au motif d'une fidélité absolue à la partition écrite. L'illustration la plus marquante du fossé créé est que le contingent des musiciens blancs s'aventurant en terrain du jazz n'a jamais été compensé par l'inverse.
  • Toutefois l'influence décisive est venue d'ailleurs, d'un courant alternatif (sans jeu de mots !) spécifiquement américain, incarné par quelques artistes certes doués mais abusés par le mirage qu'il serait possible de faire de la musique au plus haut niveau sans jamais en avoir étudié les bases harmonqiues et contrapuntiques. qui n'eurent pour seul défaut de ne pas emmegasiner le bagage que des études sérieuses leur aurait apporté. Ils ne sont pas entièrement responsables de ce fait : les conservatoires américians étaient trop
  • Chick Corea

    John Knowles Paine (1839-1906) a été le premier musicien natif américain de quelque renom. Formé en Allemagne pendant trois ans, il est revenu au pays fondant l'école de Boston la première à avoir déployé une activité musicale autonome digne de ce nom proposant en particulier des séries de concert dévouées à la musique ... européenne où Beethoven occupait une position de monarque.

    La génération suivante également de Boston proposait George Chadwick (1854-1931), Victor Herbert (1859-1924), Horatio Parker (1866-1919), Arthur Foote (1853-1937), Edward MacDowell (1860-1908) et Amy Beach (1867-1944) mais le discours demeurait largement européen. D'ailleurs les orchestres les répétitions se déroulaient en allemand !

    Le plus grand titre de gloire d'Horatio Parker a sans doute ét d'avoir formé le plus grand compositeur américain, Charles Ives (1874-1954). De sa première (grande) oeuvre The celestial Country (Part 3) à la monumentale Symphonie n°4, en passant par les géniales Three Places in New England, Ives s'est promené en modernité, empruntant par ci et par là et rendant tout avec un intérêt qu'on n'a plus connu avant l'affaire Madhoff, l'escroquerie en moins. Pour en découvrir davantage à son sujet reportez-vous à la chronique ad'hoc. Ives fonda avec Carl Ruggles (1876-1971) musicien aussi radical qu'irascible la Guilde internationale des compositeurs.

    Deux musiciens représentatifs d'une certaine Amérique sont souvent associés alors qu'ils sont fondamentalement différents : Virgil Thomson (1896-1989) fut un vrai naïf au contraire d'Aaron Copland (1900-1990), qui savait brouiller les cartes quand il le fallait. Thomson ne s'est jamais démarqué de son attachement à la tonalité pure et dure au point d'avoir inspiré le courant néotonal des années 1980. Il est d'autant plus étonnant de penser qu'il fut l'instigateur d'une rencontre mémorable entre Igor Stravinsky et Pierre Boulez en 1952 ! Copland fut beaucoup plus versatile qu'on ne le pense généralement. On le réduit souvent à quelques ballets à grand succès mais c'est oublier un pan entier de son oeuvre nettement plus radical (Inscape, Connotations).

    Michael Torke et Nico Muhly (Gait)

    L'avènement du phonographe ne rendait pas justice au son des orchestres mais bien davantage à celui des bands populaires.

    Aucune société ne se prive de musique et lorsque des immigrants mi-idéalistes mi-aventuriers quittèrent l'Europe natale et singulièrement les iles britanniques pour franchir l'Atlantique Nord, ils emportèrent leurs instruments populaires, non pour en faire de la musique savante mais pour adoucir les rigueurs de l'exil. La richesse de leur fond de commerce ancestral joint aux traditions indiennes fabriqua un son américain que l'on identifie particulièrement dans les œuvres populaires d'Aaron Copland. Toutefois ce fut une autre vague d'immigrants forcés ceux-là qui allaient déterminer plus sûrement le son américain : la musique développée par les descendants des esclaves noirs a introduit un germe nouveau fait de dynamisme de pulsation rythmique. Aussi dramatique que put être la destinée des premières générations noires, force est de reconnaître qu'elle le fut moins que celle des véritables autochtones pour laquelle il n'y a d'autre nom que celui de génocide. parallèlement à l'exploitation du patrimoine, un grand nombre de musiciens américains firent le voyage européen singulièrement chez Nadia Boulanger, ce fut l'ère (post)sérielle. Toutefois la véritable originalité de la musique américaine de cette époqiue trouva sa voie dans un mouvement de réaction qui partant d'un courant minimaliste qui appela bientôt une réaction. William Billings (1746-1800) est considéré comme le père de la musique (chorale) américaine. Son œuvre non protégée à l'époque par les droits d'auteur s'est trouvée diffusée dans les paroisses où chantée par tous un peu n'importe comment elle s'abâtardit rapidement jusqu'à ce qu'une édition fidèle et moderne vienne lui rendre un certain lustre. Mal chantée, en particulier par des ensembles beaucoup trop imposant cette musique demeure difficilement supportable pour une oreille à peine exigeante. Cinquante ans plus tard, une musique instrumentale digne de ce nom a fait son apparition : malgré une inféodation fréquente à la musique européenne, elle

    A , George Frederick Bristow (1825-1898) (Symphonie n°4), Louis Moreau Gottschalk (1829-1869), Patrick Gilmore (1829-1892), John Knowles Paine (1839-1906), Dudley Buck (1839-1909), Paul Stanley (1847-1909), William Burdine Blake, Sr. (1852-1938), Arthur Foote (1853-1937), George Whitefield Chadwick (1854-1931), Humphrey John Stewart (1856-1932), Edward MacDowell (1860-1908), Charles Martin Loeffler (1861-1935), Amy Beach (1867-1944), Scott Joplin (1868-1917), Victor Harris (1869-1943), Howard Brockway (1870-1951), Clarence Dickinson (1873-1969), Percy Grainger (1882-1961), Marion Bauer (1882-1955), Charles Griffes (1884-1920) l'impressionniste maison (3 Tone-Pictures, opus 5), Jerome Kern (1885-1945), , Frederick Jacobi (1891-1952), , Douglas Moore (1893-1969) : In Memoriam, for orchestra (1943),

    Romantisme tardif.

    Soyons élégants ne parlons pas de romantisme attardé. Vittorio Giannini (1903-1966) (Concerto, pour piano), Nicolas Flagello (1928-1994) (Concerto n°2, pour piano) fut l'élève de Giannini, Vincent Persichetti (1915-1987) (9 : Symphonie n°3)

    Les modernes élitistes.

    Roger Sessions, Paul Creston (1906-1985), Paul Bowles (1910-1999), William Schuman (1910-1992)

    Jerome Moross (1913-1983), Paul Manz (1919-2009), Peter Mennin (1923-1983), , Henry Mancini (1924-1994), Benjamin Lees (1924-2010), Gunther Schuller (born 1925), Norman Dello Joio (1913-2008)

    Ruth Crawford Seeger (1901-1953), Harry Partch (1901-1974), Stefan Wolpe (1902-1972), Meredith Wilson (1902-1984) (Symphonie n°2) , Wayne Barlow (1912-1996), , George Barati (1913-1996), Norman Dello Joio (1913-2008), Henry Brant (1913-2008), Vincent Persichetti (1915-1987), David Diamond (1915-2005), George Perle (1915-2009),

    Earl Kim (1920-1998), , Karel Husa (born 1921), Charles Mingus (1922-1979), Elmer Bernstein (1922-2004), Peter Mennin (1923-1983) (Quatuor n°2), Frank Lewin (1925-2008), Stephen Foster (1826-1864),, Earle Brown (1926-2002), , Samuel Adler (born 1928), Jacob Druckman (1928-1996),

    Robert Ashley (born 1930), Larry Austin (born 1930), Alvin Lucier (born 1931), H. Leslie Adams (born 1932), , Easley Blackwood, Jr. (born 1933), Leonardo Balada (born 1933), Richard Wernick (born 1934), Conrad Susa (born 1935), Samuel Jones (1935- ) (Symphonie n°3) !!!, David Del Tredici (born 1937) (Tattoo), Philip Glass (born 1937), Robert Moran (born 1937), , Charles Wuorinen (born 1938), Joan Tower (born 1938), David Borden (born 1938), John Harbison (born 1938) (Symphonie n°2), Gloria Coates (born 1938) a rassemblé un certains nombre d'hommages fort bien troussés dans ses 16 symphonies (Purcell : n°4, Mozart : n°15), Alvin Curran (born 1938), Ellen Taaffe Zwilich (born 1939)

    David Ruffin (1941-1991), Stephen Albert (1941-1992), David Maslanka (born 1943), Anthony Iannaccone (born 1943), J'hésite à citer Morten Lauridsen (1943- ) parmi les compositeurs américains bien qu'il y soit né et qu'il y ait mené toute sa carrière. C'est que son ascendance danoise imprègne son oeuvre essentiellement vocale : hyper-tonales quelques-unes de ses oeuvres sacrées ont fait le tour du monde (Lux Aeterna), , Stephen Scott (born 1944) (piano trafiqué par plusieurs intervenants) , ,Arnold Rosner (born 1945) (Quatuor n°4, des formes anciennes - ouverture, motet, passacaille - revisitées), Peter Lieberson (1946-2011) (Six Realms, pour violoncelle & orchestre, beau moderne !!!), John Adams (born 1947), Jack Gallagher (born 1947), Conrad Cummings (born 1948),

    Roy Whelden (geb. 1950) neo-baroque, Alan Silvestri (born 1950), Paul Dresher (born 1951), Craig Russell (born 1951), , Stephen Hartke (born 1952), Robert Kyr (born 1952), John Luther Adams (born 1953), Roberto Sierra (born 1953), Chen Yi (born 1953), John Zorn (born 1953), Robert Beaser (born 1954), Stephen Jaffe (born 1954), Michael Daugherty (born 1954), Kenneth Fuchs (born 1956), Richard Danielpour (born 1956), Michael Gandolfi (born 1956), David Lang (born 1957), Melinda Wagner (born 1957) , Paul Moravec (born 1957), , Frank Ticheli (born 1958), Sebastian Currier (born 1959), Lawrence Dillon (born 1959),

    , Michael Torke (born 1961), Lowell Liebermann (born 1961), Mark Adamo (born 1962), Alex Shapiro (born 1962), Jennifer Higdon (born 1962), Bradley Joseph (born 1965), Christopher Theofanidis (born 1967)

    Valerie Coleman (born 1970), Steve Jablonsky (born 1970), Mika Pohjola (born 1971), Carter Pann (born 1972)

    Nico Muhly (born 1981), Carson Cooman (born 1982), Mohammed Fairouz (born 1985)

    Jay Greenberg (born 1991)

    grands espaces Samuel Jones (Symphony 3)

    L'opéra américain.

    L'opéra est florissant aux USA, c'est l'une des réponses élitistes de l'intelligentsia américaine en résistance à la toute puissance de la comédie musicale. On trouve des salles d'opéra (et donc des troupes) dans des villes d'importances secondaires et tant pis si l'affluence ne règne pas et que le niveau vocal n'y atteint pas les sommets, l'important n'est-il pas d'exister ? La composition suit avec une régularité étonnante, plus vivante que partout ailleurs dans le monde (sauf peut-être en Finlande) et tant pis si la qualité est inconstante. Ne vous méprenez pas sur le sens de ces réservres : les déchets ne sont nombreux que parce que la production est abondante et le bilan est bien plus positif qu'il ne l'est en Europe de l'Ouest, qui a sérieusement tendance à oublier qu'on chante une action à l'opéra et que si on ne le fait pas on manque son but. Voici quelques créations valeureuses, parues au cours des 100 dernières années, prouvant l'étonnante diversité de cette création opératique : George Gershwin (Blue Monday (1922)), Samuel Barber (Antoine et Cléopatre (1966)), Georg Antheil (The Brothers 1954), Carlisle Floyd (Susannah (1955), procurez-vous d'urgence le double CD dirigé par Kent Nagano avec Samuel Ramey dans le rôle de Finch), John Adams (Mythique Nixon in China (1987)), Dominick Argento (The Aspern Papers (1988), commence en 1:40), André Prévin (A Streetcar Named Desire (1995), qui a dit qu'on écrivait plus pour la voix et qu'importe si cela sonne comme du Korngold qu'on disait dépassé ?), Philip Glass (Grande trilogie des portraits illustres Einstein on the Beach (1976), Satyagraha (1980), Akhnaten (1983), suivie ultérieurement par une kyrielle d'opéras de valeurs inégales. L'autre trilogie de Glass, en hommage à Cocteau, vaut surtout par l'étonnant opéra de chambre Les Enfants terribles (1996), pour 4 voix et 3 pianos !, sinon The Voyage), Mark Adamo (Little Women), JohnCorigliano (Ghosts of Versailles), Tobias Picker (Emmeline (1996), commence en 1:30, An American Tragedy (2005))

    Les américains aiment l'opéra en tous cas il lui consacre une énergie et des dépenses qu'on n'imagine pas en Europe. Même des villes provinciales y sacrifient pour un public qui ne suit pas toujours.

    Les droits d'auteurs Créée en 1914, l'ASCAP (American Society of Composers, Authors, and Publishers), société à but non lucratif, a eu durant 25 années le quasi-monopolenote 1 de la collecte des droits d'auteurs de musique aux États-Unis, jusqu'à la création en 1939 d'une société concurrente, Broadcast Music Incorporated (BMI). Aujourd'hui, ces deux compagnies se partagent le marché à peu près par moitié. American Society of Composers

    Les interprètes

    L'immigration ne s'est pas limitée aux compositeurs et nombre d'interprètes ont suivi dont l'illustre Toscanini ,,,. La plupart ont été priés (par les sponsors) de sacrifier aux goûts américains pour le répertoire de base qu'on limiterait sans doute à une cinquantaine d'oeuvres toujours les mêmes. Deux chefs ont vaillamment résisté, Serge Koussewitzky et Leopold Stokowski, qui a à eux deux ont fait davantage pour la musique moderne que tous les autres réunis.