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Galerie de portraits :
Wolfgang Rihm (1952 - ), compositeur allemand.

Wolfgang Rihm

Il était urgent d'accueillir un musicien allemand dans cette galerie contemporaine. J'aurais pu choisir Helmut Lanchenmann - l'intelligentsia musicologique aurait applaudi - mais c'eût été prendre le risque de perdre la confiance de mes lecteurs, désireux d'entendre une musique raisonnablement intelligible. J'ai donc opté pour Wolfgang Rihm, le seul choix alternatif car aujourd'hui en Allemagne, les temps sont devenus durs et les très grands musiciens se comptent désormais sur les doigts d'une main.

Alors me direz-vous pourquoi tant de retard ? C'est qu'avec Rihm, rien n'est simple c'est le moins qu'on puisse dire. Le compositeur écrit beaucoup et s'ingénie à brouiller les pistes. Les exégèses ne clarifient ajoutant même à la confusion. Voyons cela à tête reposée mais soyez prévenus, ce ne sera pas plus simple pour vous que cela ne l'a été pour moi.

Un catalogue pléthorique jamais à jour.

Le Beethoven actuel rien n'est moins sûr : Beethoven écrivait relativement peu et toujours dans un idiome volontairement accessible à tous

Une conclusion s'impose : ces commentaires ne vous seront d'aucun secours, il va falloir écouter et se faire sa propre idée.

Aucun musicien actuel n'a suscité autant de commentaires contradictoires dont certains carrément incompréhensibles, dans tous les sens du terme :

  • Au sens propre, tout d'abord : Rihm détient, bien involontairement j'imagine, le triste record des notices de CD complètement abstruses. Le label Kairos a fait très fort dans ce domaine et même en admettant que certaines approximations soient imputables à une traduction défectueuse, on devine que l'original allemand ne devait pas briller d'une grande clarté : "Dans l'oeuvre de Rihm, les modèles de protection fondés sur la pensée historico-philosophique sont substitués (sic) par la conception de la composition comme expérience faite de soi-même dans un effort labyrinthique poursuivi de manière manique". Encore plus fort : "Tout cela met en évidence un aspect essentiel de la dialectique de l'acte de composition : encapsuler en un moment synchronique l'enchaînement des moments critiques transitionnels, de sorte à faire une colligation des formes discrètes qui, dans le cadre évolutif, constituent une progression continue"! Je précise que ces notices concernent des enregistrements distincts et qu'elles ont été rédigées par des musicologues allemands différents ! Qu'est-ce qui a pu justifier de tels excès langagiers, la réponse se trouve au point 2.
  • Au sens figuré ensuite : Rihm a, dès ses débuts, créé un malaise parmi les musicologues. Son ascension a commencé, en 1972, avec une oeuvre au modernisme interpellant, Morphonie (1974). A une époque où l'Allemagne musicale participait pleinement au repentir européen consécutif aux excès de la guerre, les temps n'étaient pas au divertiseement et la seule musique contemporaine admise était volontairement ardue, cérébrale et objective, en rupture complète avec une tradition capable de draîner le public à elle. Morphonie a résonné aux oreilles de certains comme renouant avec avec une forme de tradition romantique où l'artiste se met subjectivement en scène. Il n'en fallut pas davantage pour que d'aucuns considèrent cette musique comme appartenant au courant musical dit de la "nouvelle simplicité". J'avoue ne pas comprendre. Quelques musiciens honorés par ailleurs sur ce site appartiennent clairement à cette mouvance, l'écoute de leur musique ne laissant aucun doute à ce sujet (Arvo Pärt, John Tavener, les minimalistes américains et en fait, beaucoup d'autres, ...). Mais quel rapport avec le modernisme très appuyé de Morphonie, peu susceptible de draîner les foules au concert ?
  • On pourrait en dire autant d'oeuvres ultérieures, toutes aussi ardues les unes que les autres, écoutez et ne vous découragez pas, car les choses ont changé : Dunkles Spiel, Sphäre um Sphäre, Dis-Kontur, Et Nonc II, Chiffre-Zyklus,

    Que la plume de Rihm soit capable d'écrire tout autre chose est déjà sensible dans Deus Passus, une Passion selon Saint-Luc construite sur le modèle ??? des passions de Bach. On observe une fois de plus combien les compositeurs d'aujourd'hui puisent le meilleur de leur inspiration dans l'illustration de textes religieux. La réussite de cette passion se retrouve intacte dans d'autres oeuvres sacrées, 7 Passion Motets voir plus loin> - écrite pour l'ensemble, Singer Pur, superbe ! - , ).

    Les caractéristiques les plus attachantes de la musique de Rihm se retrouvent lorsqu'elle renoue avec le geste expressif parlant sans facilité au plus grand nombre. Voici quelques oeuvres à écouter en priorité : Schwarzer und Roter Tanz, Verwandlung 3, Lichtes Spiel écrit pour Anne-Sophie Mutter ??? , Unbenannt IV (2004), Vier Gedichte - Fassung für Singstimme und Orchester, un lointain héritage wagnérien, Tutuguri , Jagden und Formen, Schwarzer und Roter Tanz (excellent), Symphonie Nähe fern aux emprunts brahmsiens très maîtrisés que vous aurez plaisir à débusquer.

    La Symphonie n°2 (1975) vous plaira certainement davantage que la première, un essai de jeunesse rédigé dans un langage sériel très accessible. Ce CD paru chez Hanssler et comprenant quelques compléments de choix mérite toute votre considération. Concerto pour Quatuor à cordes & orchestre, Concerto pour violoncelle en un mouvement (plage 1).

    Je suis moins convaincu par la bonne douzaine de Quatuors à cordes publiés à ce jour. Ce sont des oeuvres arides au point d'être interchangeables sauf à y consacrer une attention déraisonnable (Faites cependant un effort avec le n° 13, plus récent il est vrai).

    L'oeuvre de Rihm a reçu les faveurs des éditeurs allemands, pressés d'honorer une tradition d'excellence en train de se perdre. la faiblesse de la concurrence Outre-Rhin a certainement facilité cette large diffusion. cette musique qu'on voudrait apprécier davantage rebute cependant trop souvent les oreilles non préparées d'où il ressort qu'elle n'est pas encore près de figurer au pépertoire des mélomanes même cultivés.

    Il existe une réelle difficulté d'appréhension de l'oeuvre de Rihm : Avec plus de 400 oeuvres écrites à ce jour et ce n'est pas fini, Fait rare pour un musicien d'aujourd'hui, la discographie de Rihm est abondante presque pléthorique, d'où un tri nécessaire. Les dates de composition sont importantes et de fait vous devriez être sensible à l'évolution du langage de Rihm, dès les années 1990, vers une simplification qui rend toute sa pertinence au geste musical voire à l'émotion pure. Astralis (2001), 7 Passion Motets, écrits, entre 2001 et 2006, pour l'ensemble Singer Pur, Verwandlung 3 (2008) - à découvrir - mélange hardiment des réminiscences à la fois de Brahms, Mahler et Schönberg. Pour compliquer le tout, Rihm est adepte de la composition en évolution continue : ses oeuvres ne sont pas figées dans le temps de leur composition, elles sont à tout moment susceptibles d'être sérieusement revues et corrigées au point qu'il devient nécessaire de préciser la version dont on parle quand on évoque une partition.

    Un point intrigant est l'affirmation récurrente que cette oeuvre est largement accessible. Ne vous y fiez pas et suivez plutôt le guide.

    Rihm a terminé ses études vers 1970 (au cours d’été de Darmstadt) avant de compléter sa formation auprès de Karlheinz Stockhausen. La courte Symphonie n°1 date de cette époque

    Rihm's early work, combining contemporary techniques with the emotional volatility of Mahler and of Schoenberg's early expressionist period, was regarded by many as a revolt against the avant-garde generation of Boulez, Stockhausen (with whom he studied in 197273), and others, and led to a large number of commissions in the following years. In the late 1970s and early 1980s his name was associated with the movement called New Simplicity. His work still continues to plough expressionist furrows, though the influence of Luigi Nono, Helmut Lachenmann and Morton Feldman, amongst others, has affected his style significantly. Rihm is an extremely prolific composer, with hundreds of completed scores, a large portion of which are yet to be commercially recorded. He does not always regard a finished work as a last word on a subject—for example the orchestral work Ins Offene... (1990) was completely rewritten in 1992, and then used as the basis for his piano concerto Sphere (1994), before the piano part of Sphere was recast for the solo piano work Nachstudie (also 1994). (In 2002, Rihm also produced a new version of Nachstudie, Sphäre nach Studie, for harp, two double basses, piano and percussion, and also a new version of Sphere, called Sphäre um Sphäre, for two pianos and chamber ensemble.) Other important works include twelve string quartets, the operas Die Hamletmaschine (1983-1986, text by Heiner Müller) and Die Eroberung von Mexico (1987-1991, based on texts by Antonin Artaud), over twenty song-cycles, the oratorio Deus Passus (1996), the chamber orchestra piece Jagden und Formen (1995-2001) and a series of related orchestral works bearing the title Vers une symphonie fleuve. The New York Philharmonic Orchestra recently premièred Rihm's 2004 commission Two Other Movements. Rihm is Head of the Institute of Modern Music at the Karlsruhe Conservatory of Music and has been composer in residence at the festivals of Lucerne and Salzburg. He was honoured as "Officier dans lOrdre des Arts et des Lettres" by France in 2001. In-Schrift, Orchesterkomposition 1995 Gustav Mahler Jugendorchester, Claudio Abbado

    Rihm has written 'new music' 400 as it is commonly called and some of his titles have become signposts in the history of post-war music. Soloists, chamber groups and orchestras programme these works as a matter of course now, they have become an integral part of the repertoire (Jagden und Formen, Chiffre-cycle, Pol - Kolchis - Nucleus). Of similar significance are the compositions which take their cue, as it were, from music of past centuries: oratorios with Johann Sebastian Bach as a point of reference (Deus Passus), orchestral pieces of Brahmsian sound and gesture (Ernster Gesang, Das Lesen der Schrift), chamber music in the wake of Robert Schumann (Fremde Szenen). Already at the age of 25, he composed a chamber opera (Jakob Lenz) that has since proved itself as probably the most often produced piece of contemporary music theatre in Germany. Jakob Lenz has been followed by a series of large-scale operas (Die Hamletmaschine, Die Eroberung von Mexico, Das Gehege) as well as a work of experimental music theatre (Séraphin). Wolfgang Rihm is one of the foremost song composers of our times; his string quartets (of which there are far more than the twelve numbered ones) are often presented in cycles by a wide range of groups. Rihm is a composer who puts a giant question-mark over whatever he is doing. Each new work is an answer to the question raised by the previous piece; each new work poses questions which he will seek a reply to in the composition to be written next. There come about work cycles, work families which form a web with other cycles and individual pieces – a web only to be grasped by the initiated. Everything is in permanent growth, work never stops, new compositions are produced, brought into intriguing relationships with other works, revised and supplemented. If you consider that he is also a remarkable draughtsman and if you read the poem he has written for/about the trumpet concerto Marsyas, you will have to admit that Wolfgang Rihm is indeed larger than life.

    Tradition, Mahler once famously said, is "Schlamperei" - which means something akin to sloppiness. Mahler meant it in terms of performance practice, but it's an axiom many contemporary composers have followed to the letter, throwing out any "sloppy" vestiges of previous traditions, the tainted sentimentality of romanticism, the overblown rhetoric of expressionism, or any of the too easily imitated "isms" that have been part of the story of 20th and 21st-century music. If that's a rough axiom for many of the greats of contemporary music, if you're a German composer, it pretty well became an ideology after the second world war. All of which makes this week's composer one of the most radical figures writing today, precisely because of his superficial conservatism. To those who know his music, he's someone whose unstoppable musical creativity, whose tumult of pieces for orchestras, opera houses, string quartets, for the familiar forms of musical institutions, and for famous soloists such as Anne-Sophie Mutter, makes him one of the most approachable, engaging and profound composers writing music today. I give you Wolfgang Rihm, arguably contemporary music's most prolific composer, with more than 400 works – and counting – to his name. Born in Karlsruhe in 1952, when the generation of Stockhausen, Boulez and Nono were in their first, iconoclastic phase of maturity, Rihm had already written a symphony as a teenager (it's astonishingly good, too, a compelling essay in a wildly expressive atonal language that teems with ideas, energy, and meaning). As a young composer, he challenged the masters of ideological purity with a language that wasn't afraid to reference, to transmute and to deal with the music of the past, composing pieces that had the temerity to take on the legacy of Austro-German music rather than rejecting the achievements or the aesthetic of Berg and Schoenberg, or Schumann, Schubert or Beethoven. This was a crazy way of doing things for any self-respecting avant garde composer in the 1970s, and Rihm unwittingly found himself part of a movement misleadingly called (aren't they all?) the "New Simplicity". But before this becomes too much of a German-new-music version of the Judean People's Front v the People's Front of Judea, the point is that Rihm's gigantic musical output – one of the greatest and grandest in terms of sheer quantity of hours of music composed, of consistent quality, of massive emotional range, of variety of forces and scales – resists any attempt to reduce its reach to a few handy labels. If you listen to his Lichtes Spiel for violin soloist and strings, you might think that Rihm specialises in modern-sounding nostalgia; if you hear one of his Fetzen for string quartet and accordion, you'll have him down as a splintery modernist, all sharp elbows and crystalline energy; if you go for one of his operas such as the recent Dionysos, you might hear him as the heir to Berg's operatic canon; or if you hear his cello concerto, the Konzert in Einem Satz, you could describe him as a lyrical atonalist, picking up where Schoenberg and Karl Amadeus Hartmann left off. Listen to one of his Klavierstücke, though, and you're hearing music of blistering, unpredictable intensity. When I met Rihm a few years ago, he shamed me by giving me 30 CDs of his music, none of which I had heard, and yet I had thought I had got to grips with at least some of his music before I saw him. The first thing you need to do with Rihm is give up on any idea of coming to terms with the whole, generously proportioned effulgence of his life's work, and remember that the longest journey starts with a single step, or in this case, a single work. Begin with this one, and promise me you'll stay with it until the end: Jagden und Formen, a 50-minute, single-movement musical thrill-ride for large ensemble that embodies some of the signature qualities of Rihm's music: its addictive energy, its torrent of ideas, its massively ambitious scale, as well as its uncanny sense of drama and pacing. The title means "hunts and forms"; I prefer thinking of it as "hunting and forming", because the music is in a constant state of volatility, of change. A spirit of restless dynamism animates every bar of this music. And that's why it's important you stay with it until the end (although YouTube hasn't got an upload of the complete piece; you need Spotify for that) because when you get there, you'll experience one of the most life-enhancing jolts of musical energy in post-war music. Whatever else post-tonal music was supposed to do, it was supposed to sound like this. Jakob Lenz by Wolfgang Rihm, ENO 2012 Andrew Shore as Jakob Lenz in English National Opera's recent production of Rihm's opera. Photograph: Tristram Kenton for the Guardian You'll find a similar sense of momentum, even mania, in the movements that make up his Chiffre-Zyklus, but for a concentrated shot of Rihm at his best, go for any of his by turns monumental and delicate Piano Pieces (Klavierstücke) or any of the Fetzen, and for a elementally powerful hit of Rihm the dramatist, have a listen to the psycho-philosophical narrative of Jakob Lenz, his first and most successful opera, or try his larger-scale music-theatre pieces such as Die Erorberung von Mexico ("The Conquest of Mexico") or the experimental soundscapes of Die Hamletmaschine. Rihm's influence as a teacher at the Hochschule in his hometown of Karlsruhe, and as a writer, thinker and proselytiser, and the infectious big-heartedness of his personality, makes him one of the most positive presences in the landscape of new music. Keeping up with his ceaseless flow of creativity is a life's work in itself. So get out there and go hunting and forming in Rihm-land.